‹ uvres choisies de Descartes [microform]Chapitre 40 sur 90 · SEPTIÈMES OBJECTIONS · texte numérisé non relu

SEPTIÈMES OBJECTIONS

00 DISSERTATION TOUCHANT U PfilLOSOPHIK PRBMltRl

Première quistiou. S^il faut tenir les choses douteuses pour fausset et comment. De la doctrine de Descartes il résulte : 1 * que nous pouvons douter de teutei choses, même des plus clairet, jusqu'à ce que nous soyons assurés que Dieu existe; 2* que réputer une chose douteuse, c'est la réputer fausse ou en assurer le contraire; 3* que si le contraire de la chose dont on doate est également incertain, on peut affirmer le contraire de ce contraire^ c'est-à-dire justement la chose dont oo doute.

Béponse. Si par la règle que tout ce qui a la moindre apparence de doute doit être tenu pour faux, on entend qu'il ne tant pas s'appuyer sur les choses incertaines, la règle est légitime; mais si l'on veut dire qu'il faut admettre leur contraire comme existant en eflet, et s'y appuyer pour arriver à quelque chose de certain, elle est illégitime.

Deuxième question. Si (fat une ftomie méthode de philosopher fm de faire une abdication générale de toutes leê chom doitt

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f76 ABAÉOC DES OBJECTIONS

on peut douter. Pour jugor cette méthode^ i! faut essayer ifeo

ire usage.

§ I*'. On ouvre la voie qui donne entrée à cette méthode. Vous commandez que je rejette toutes les clioses que j'ai reçues en ma créance : les esprits comme les corps, et que je suive en cela votre exemple; mais quelles raisons vous ont déterminé à ce doute? Si elles sont bonnes, jamais vous ne pourrez revenir à vos premiers jugements; si elles sont mauvaises, comment peuvent-elles inlluer maintenant sur votre esprit? Vos motifs sont les erreurs des sens, les rêves, la folie. Mais vous devez rejeter tout ce qui a quelque apparence de doute : ètei>voui assuré que les erreurs des sens ne soient pas douteuses? Êtesvous certam quMl y ait des rêves et des fous ? Si vous dites que Mii , tout n'est donc pas douteux ; si vous dites que non, comment s*appuyer sur ces opinions pour en rejeter d'autres? Avanl de faire une abdication générale de toutes choses, il faudroit donc établir une règle certaine pour reconnoltre celles qui leroieni bien ou mal rejetées.

§ 11. On prépare la voie qui donne t entrée à cette méthode. «Cette proposition, yeans^e, est, dites- vous, nécessairement vraie, toutes les fois que je la conçois en mon esprit » Que parlez-vous d'esprit? vous l'avez rejeté tout à l'heure. Pour savoir ce que TOUS êtes, pourquoi recherchez-vous vos anciennes opinions? vous les avez abandonnées comme incertaines.

§ 111. Ce que c*est que le corpe. Si vous me demandez l'opinion que je m'en étois formée autrefois, je vous répondrai qu'elle étoit conforme à la vôtre. Si vous voulez connoltre toutes le& opinions possibles sur le corps, je vous citerai celle des philosophes modernes qui enseignent que le corps est ou étendu actuel lement, ou en puissance et indivisible, susceptible d'être mû, comme la pierre lancée en l'air, et de se mouvoir, comme la pierre qui tombe; capable de sentir, comme le chieo; de penser, comme le singe, ou d'imaginer, comme le mulet

I IV. Ce que e*ett que Fàme, Vous demandez sans doute ici, Bon-aeulement l'opinion que vous vous étiez formée de l'Ame,

i-AlTES CONTBE LKH M ÉDITÂT ION S, } ; ?

mais tous les jugements qu'on en a portés autrefuis; or, quelques-uns diront que l'àme est un corps ayant les trois dimensions, etc. Puisque vous voulez prouver que l'esprit n'est pas corporel , vous devez, non pas le supposer, mais le démontrer, et répondre à toutes les objections qui peuvent vous êtie faites.

§ V. On tente Ventrée de cette méthode. Vous êtes quelqu'une des choses que vous croyiez être jadis; vous croyiez qu'il appar- Itnoit à l'esprit de penser : or, vous pensez ; vous êtes donc une chose qui pense, un esprit, un entendement, une raison. Biais ^'ai cru, moi, que la pensée appartenoit au corps : or, je pense, donc je suis une chose qui pense, une étendue, une chose divisible. Si en vous attribuant la pensée vous prétendez prouver |);tr là que l'âme de l'houime n'est pas corporelle, ne faites-voui pas une pétition de principes?

§ VI, L'on eti tente derechef Ventrée. Vous vous demandez œ que vous avez cru que vous étiez autrefois. Mais autrefois a-t-il existé? J'ai fait une abiiication générale de toutes mes croyances, je ne connois plus d'autrefois. Cherchez ce que vous êtes dans ce que vous étiez, c'est admettre celle maxime : Je suis une des cliobes que j'ai cru être. Vous n'êtes pas certain d'avoir connu lout ce qui est dans le corps, et aftirmer que vous n'êtes pas le corps, parce que vous n'êtes aucune des choses que vous y connoissiez autrefois, c'est imiter l'exemple de ce paysan qui, voyant un loup pour la première fois, s'écria que ce n'étoit pas un animal, parce que ce loup ne ressembloit à aucun des animaux qu'il connoisîsoit.

§ VU. L'on tente Ventrée pour la troisième foie. Comme vous avez tout rejeté et que vous êtes, par conséquent vous n'êtes rien. Mais je nie maintenant que vous puissiez tout rejeter, car ou bien vous vous exceptez de votre proposition : t7 n'y a plut rien, et alors vous êtes nécessairement quelque chose; ou vous vous y comprend, et alors vous tombez en contradiction avec vous-même. Vous ne savez pas que vous êtes telle chose déterminée, je vous l'aooQfde^ mais vous savez que voua ètii um chose indéterminée*

Ile ABRÊQE DES OBJECTIONS

§ VIII. Von tente pour la quatrième fois Ventrée dans cette méthode, et l'on en désespère. Votre concept de la puissance est clair, dites-vous, parce que tous le connoissez certainement, et il est distinct, parce que vous ne connoissez rien autre chose ; ei si vous existez tel que vous vous connoissez, vous n'èles qu*ime chose qui pense et rien davantage. Or, 1* du connoltrp à rètre *A conséquence n'est pas bonne : la substance qui pense est ou indivisible, comme dans Platon, ou divisible, comme dans le cheval; 2* pesez bien les mots déterminément, indéterminément, distinctement, confusément; 3* ce qui conclut trop ne conclut rien. Si vous ne vous connoissez que comme une substance qui pense et rien autre chose, vous excluez de vous, nonleulement le corps, mais l'esprit.

§ IX. On fait sHtrement retraite dans l'ancienne forme. De ce principe : « Nulle chose qui est telle que je puis douter si elle existe, n'existe en efTet,» on peut tirer par syllogisme régulier cette conséquence, que je ne suis pas un corps, et aussi que je ne fuis pas un esprit. Ce principe est donc mal posé, et il faut l'abandonner.

Réponse à la seconde question : Si c*est une bonne méthode de philosopher que de faire une abdication générale de tout ce qui est douteux. Cette méthode pèche 1* par les principes, en voulant tirer le certain de l'incertain ; 2* par la Terme, en ne remplaçant le syllogisme par aucun autre procédé : et d'ailleurs quel syllogisme pourroit tenir contre le rêve, la folie et le génie trompeur dont elle est sans cesse efTrayée? 3* par la conclusion, car elle ne peut arriver à aucun but après s'être fermé tous les chemins; 4* par excès, en voulant prouver que deux et trois font cinq et que les corps existent, choses qui se passent de démonstration ; 5* par défaut, car ayant voulu embrasser trop de choses, elle n'a rien tenu, si ce n'est : Je pense, je suis, ce qui est de peu de profit ; 6* par péché général, car elle admet la non -existence des corps aussi gratuitement que les autres en admettent l'existence; 7* par péché particulier, en niant ce que lei» autres affirment; 8* par ignoran^«^ en s'appuyant 9ur oç

fAlTM CONTRE LES MÉDITATIONS, ETC. H^

principe : il n'y a pas de corps; 9» avec connoîssunce, car elle s'aveugle elle-même par une abdication volontaire; lO» par concession, lorsqu'on reprend toutes les vieilles opinions qu'elle avoit rejetées; i{- par omission, en ne démontrant pas des choses qu'elle admet pour vraies, comme les erreurs des sens, le rêve perpétuel, etc. ; 12» enfin elle pèche en ce qu'elle n'i rien de bon ou rien de nouveau, et qu'elle a beaucoup de supefw nii; car si par l'abdication générale qu'elle recommande, elle entend une abstraction métaphysique; si elle prétend qu'on peut concevoir sa pensée sans concevoir pour cela rien de l'âme de l'esprit ou du corps, de même que l'on conçoit l'animal sans concevoir celui qui hennit ou rugit, etc.; si enfin elle veut dire que la conscience de notre pensée ne peut appartenir qu'à une chose spirituelle, tout cela sera bon, mais ne sera pas nouveau • li, au contraire, par l'abdication générale, elle demande une négaUon absolue, si elle dit qu'on peut penser sans qu'il existe ni âme, ni esprit, ni corps, et que la pensée non réfléchie n'est le propre d'aucun animal, cela sera nouveau mais ne sera pas bon*

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