PREMIÈRE PARTIE
Art. I. Om m qui tit punon «n rtgaru ^'un iigtt tst tonjoan aeUon
i ^elçM autre égard.
Il n'y a rien en quoi paroisse mieux combien les sciences que nous avons des anciens sont défectueuses qu'en ce qu'ils ont écrit des passions; car, bien que ce soit une matière dont la connoissance a toujours été fort recherchée, et qu'elle ne semble pas être des plus difficiles, à cause que chacun les sentant en soi-même on n'a point besoin d'emprunter d'ailleurs aucune observation pour en découvrir la nature, toutefois ce que les anciens en ont enseigné est si peu de chose, et pour la pluparf à peu croyable, que je ne puis avoir aucune espérance d'approcher de la vérité qu'en ra'éloignant des chemins qu'ils ont suivis. C'est pourquoi je serai obligé d'écrire ici en même façon que si je traitois d'une matière que jamais personne avant moi n'eût touchée; et pour commencer, je considère que tout ce
1 Ce traité fut <crit eo français, pour la prineesfle Éligabeth, veri i646. Plus tard l'auteur le rcTit avec eoin et l'augmenta de plus d'un tien. Il fut imprima pour la première foia à Ameterdam en 1649,
im LIS PASSIONS DK L'AMK
qui se fiit ou qui arrive de nouveau est généralement api>el^ par les philosophes une passion au regard du suiei auquel il arrive, et une action au regard de celui qui fait qu'il arrive ; en sorte que, bien que l'ajient et le patient soient souvent fort différents, l'action et la passion ne laissent pas d'ôtre toujours une même chose qui a ces deux noms, à raison des deux divera sujets auxquels on la peut rapporter.
▲st. t. Qo* pour oo&Dottre \m paaiioni <i« rim« il fint distingn«r bm fonctions
d'tTec Mlles dn corp».
Puis aussi je considère que nous ne remarquons point qu'il f ait aucun sujet qui agisse plus immédiatement contre notre àme que le corps auquel elle est jointe, et que par conséquent nous devons penser que ce qui est en elle une passion est communément en lui une action; en sorte qu'il n'y a point de meilleur chemin pour venir à la connoisaance de nos passions que d'examiner ta difTérence qui est entre Pâme et le corps, kfin de coniioUre auquel des deux on doit attribuer chacune des lonctions qui sont en nous*
4mt. s. 0"«lle regU on doit tuiYre ponr cet «ffet.
A quoi on ne trouvera pas grande diflicullé si on prend gardi^ que tout ce que nous expérimentons être en nous, et que nous voyons aussi pouvoir être en des corps tout à fait inanimés , ne doit être atti'ibué qu'à notre corps; et, au contraire, que tout ot qui est en nous, et que nous ne concevons en aucune façon pouvoir appartenir à un corps, doit être attribué à notre àme.
iRT. 4. Que la dutoor tt 1« nonTAintnt dé« mtmbrtf proc4M^ du oonw,
Its pensées ds l'âme.
Ainsi , à cause que nous ne concevons point que le corps pense en aucune façon , nous avons raison de croire que toutes sortes de pensées qui sont en nous appartiennent à Tàme } «t à
PAKMIfiRS PARTIE
cause qn^ nous ne doutons point qu'il y ait des corps inanimés qui se peuvent mouvoir en autant ou plus de diverses façons que les nôtres, et qui ont autant ou plus de chaleur (ce que Texpérience fait voir en la flamme, qui seule a beaucoup plus de chaleur et de mouvement qu'aucun de nos membres) , nous devons croire que toute la chaleur et tous les mouvements qui sont en nous, en tant qu'ils ne dépendent point de la pensée, n'appartiennent qu'au corps.
Ait. s. Que c'est trreor de crt>ire que l'âme donne le mooTement et la chsleni
au corp».
Au moyen de quoi nous éviterons une erreur très-cunsidérable en laquelle plusieurs sont tombés, en sorte que j'estime qu'elle est la première cause (jui a empêché qu'on n'ait pu bien expli(]uer jusques ici les passions et les autres choses qui appartiennent à l'âme. Elle consiste en ce que , voyant que tous lei corps morts sont privés de chaleur et ensuite de mouvements, on s'est imaginé que c'étoit l'absence de Tàme qui faisoit cessm ces mouvements et cette chaleur; et ainsi on a cru sans raiso que notre chaleur naturelle et tous les mouvements de nos corps dépendent de Tàme, au lieu qu'on devoit penser au contraire que rame ne s'absente, lorsqu'on meurt, «(u'à cause que cette chaleur cesse, et que les organes qui servent à mouvoir le corps se corioiu[ient«
Art. 6. Quelle différeuce il y a entre un corps Tivant tt no corps mort.
Afin donc que nous évitions cette erreur, considérons que la mort n'arrive jamais par la faute de Tàme, mais seulement parce que quelqu'une des principales parties du corps se corrompt; et jugeons que le corps d'un homme vivant diflère autant de celui d'un homme mort que fait une montre, ou autre automate (c'est-à-dire autre machine qui se meut de soi-même). lorsqu'ellt «t montét tt qu'tUt a en toi 1« principe corporel de*
mouvements pour lesquels elle est instituée, avec tout ce qui est requis pour son action , et la même montre , ou autre machine, lorsqu'elle est rompue et que le principe de son mouvement cesse d'agir.
Art. 7. Brièv* eiplkfttioL In partits da oorpt, tt àê qatlques-ooei
d« «M fonctions.
Pour rendre cela plus intelligible, j'expliquerai ici en peu de mots toute la façon dont la machine de notre corps est composée. Il n'y a personne qui ne sache déjà qu*il y a en nous un Gceur, un cerveau, un estomac, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et choses semblables; on sait aussi que les Tiandes qu'on mange descendent dans Testomac et dana lee boyaux, d*uù leur suc, coulant dans le foie et dans toutes lei veines, se mêle avec le sang qu'elles contiennent, et par ce moyen en augmente la quantité. Ceux qui ont tant soit peu oui parler de la médecine savent, outre cela, comment le cœur est composé et comment tout le sang des veines peut facilement couler de la veine cave en son côté droit, et de là passer dans le poumon par le vaisseau qu'on nomme la veine artérieuse , puis retourner du poumon dans le côté gauche du cœur par le vaisseau nommé l'artère veineuse , et enfin passer de là dans la grande artère, dont les branches se répandent par tout le corps. Même tous ceux que l'autorité des anciens n'a point entièrement aveuglés, et qui ont voulu ouvrir les yeux pour examiner i opinion d'HervsBus touchant la circulation du sang, ne doutent point que toutes les veines et les artères du corps ne soient comme des ruisseaux par où le sang coule sans cesse fort promptementj en prenant son cours de la cavité droite du cœur par la veine artérieuse , dont les branches sont éparses à tout le poumon et jointes à celles de l'artère veineuse, par laquelle il passe du poumon dans le côté gauche du cœur; puis de là il va dans la grande artère, dont les branches, éparses par tout le reste du corps, sont jointes aux branches de la veine qui portent dera-
PRBMlfiRE PARTIE «8'/
chef le même sang en la cavité droite du cam; en sorte que ces deux cavités sont comme des écluses par chacune desquelles passe tout le sang à chaque tour qu'il fait dans le corps. De plus, on sait que tous les mouvements des membres dépendent des muscles, et que ces muscles sont opposés les uns aux autres, <;n telle sorte que, lorsque l'un d'eux s'accourcit, il tire vers soi la partie du corps à laquelle il est attaché, ce qui fait allongei lu même temps le muscle qui lui est opposé; puis s'il arrive en un autre temps que ce dernier s'accourcisse, il fait que le premier se rallonge, et il retire vers soi la partie à laquelle ils sont allacliés. Enfin on sait que tous ces mouvements des muscles, cumme aussi tous les sens, dépendent des nerfs, qui sont comme ie |)etits filets ou comme de petits tuyaux qui viennent tous du terveau , et contiennent ainsi que lui un certain air ou vent très-subtil qu'on nonune les esprits animaux.