‹ uvres choisies de Descartes [microform]Chapitre 44 sur 90 · VI · texte numérisé non relu

VI

toi LU rASBIOMS DB L*AM1

impossible qu'elle les sente sans qu^elles soient TéiitablemeDl telles qu'elle les sent. Ainsi souvent lorsqu'on dort^ et même quelquefois étant éveillé^ on imagine si fortement certaines choses qiTon pense les voir devant soi ou les sentir en son corps^ bien qu*eiies n'y soient aucunement ; mais, encore qu'un soit endormi et qu'on rêve, on ne sauroit se sentir triste ou ému de quelque autre passion, qu'il ne soit très- vrai que l'âme a en soi cette passion.

▲av. t1. Là déllnition dat pusions dt râm«.

Après avoir considéré en quoi les passions de l'âme diflèrent de toutes ses autres pensées, il me semble qu'on peut généralement les défmir des perceptions, ou des sentiments, ou des émotions de l'âme, qu'on rapporte particulièrement à elle, et qui sont causées, et entretenues, et fortifiées par quelque mouvement des esprits.

Aat. il £iplic«Uon d« la premitot parti* dt oatto déSaition.

On les peut nommer des perceptions lorsqu'on se sert généralement de ce mot pour signifier toutes les pensées qoi ne sont point des actions de l'âme ou des volontés^ mais non point lorsqu'on ne s'en sert que pour signifier des connoissances évidentes ; car l'expérience fait voir que ceux qui sont le plus agités par leurs passions ne sont pas ceux qui les connoissent le mieux, et qu'elles sont du nombre des perceptions que l'étroite alliance qui est entre l'âme et le corps rend confuses et obscures. On les peut aussi nommer des sentiments, â cause qu'elles sont ceçues en l'âme en même façon que les objets des sens extérieurs, et ne sont pas autrement connues par elle; mais on peut encore mieux les nommer des émotions de l'âme, non-seulement à cause que ce nom peut être attribué à tous les changements qui arrivent en elle, c'est-à* dire à toutes les diverses pensées qui lui viennent, mtii pariculièrement pour ce ([ue, de toutes

PRBlilfiRE PARTIS iW

les sortes de pensées qu'elle peut avoir, il n'y en point d*autrer i}ui l'agitent et l'ébranlent si fort que font ces passions.

Art. h. Explication de loii autre partit.

J'ajoute qu'elles se rapportent particulièrement à rame, pour (es distinguer des autres sentiments qu'on rapporte, les uns aux objets extérieurs, comme les odeurs, les sons, les couleurs; les autres à notre corps, comme la faim, la soif, la douleur. J'ajoute aussi qu'elles sont causées, entretenues et fortifiées par quelque mouvement des esprits, afin de les distinguer de nos volontés, qu'on peut nommer des émotions de l'âme qui se rapportent â elle, mais qui sont causées par elle-même, et aussi afin d'expliquer leur dernière et plus prochaine cause qui les distingue derechef des autres sentiments.

Ait. 10. Qtt riaa ait uia à toataa laa partial di eorpi ao^JointamaftL

Mais pour entendre plus parfaitement toutes ces choses, il est besoin de savoir que l'âme est véritablement jointe à tout le corps, et qu'on ne peut pas proprement dire qu'elle soit en quelqu'une de ses parties à Texclusion des autres, à cause qu'il est un et en quelque façon indivisible, à raison de la disposition df Ms organes qui se rapportent tellement tous Tun à l'autre que^ lorsque quelqu'un d'eux est 6té, cela rend tout le corps défectueux; et à cause qu'elle est d'une nature qui n'a aucun rapport I l'étendue ni aux dimensions ou aux propriétés de la matière dont le corps est composé, mais seulement à tout l'assemblage de ses organes, conmie il parolt de ce qu'on ne sauroit aucunement concevoir la moitié ou le tiers d'ane âme ni quelle étendue elle occupe, et qu'elle ne devient point plus petite de ce qu'on retranche quelque partie du corps, mais qu*elle s^ sépare entièrement lorsqu'on diaiout Pasiemblage de sei organes.

if

ido

Art. tl. Oo'U y a one petite fUode dîne le eerrean ea laquelle lime exerce iM fonctions plus particulièrement qae dans les antres partiea.

Il wt besoin aussi de savoir que, bien que l'âme soit jointe à tout le corpi, il y a néanmoins en lui quelque partie en laquelle elle exerce lei fonctions plus particulièrement qu'en toutes les autres; et on croit communément que cette partie est le cerveau, ou peut-être le cœur : le cerveau, à cause que c'est à lui que se rapportent les organes des sens; et le cœur, à cause que c'est comme en lui qu'on sent les passions. Mais, en examinani la chose avec soin, il me semble avoir évidemment reconnu que la parUe du corps en laquelle Tâme exerce immédiatement ses fonctions n'est nullement le cœur, ni aussi tout le c«rveau, mais seulement la plus intérieure de ses parties, qui est une certain* glande fort petite, située dans le milieu de sa substance, et tellement suspendue au-dessus du conduit par lequel les espriu de ses caWléi antérieures ont communication avec ceux de la postérieure, que les moindres mouvemenU qui sont en elle peuvent beaucoup pour changer le cours de ces esprits, et réciproquement que les moindres changemenU qui arrivent au cours des esprits peuvent beaucoup pour changer les mouvements de cette glande.

Art. Iî. CouuMent on connoît que cette gUndo tit It pnncipal siège de l'âme.

U raison qui me persuade que l'âme ne peut avoir en tout le corps aucun autre lieu que cette glande où elle exerce immédiatement ses fonctions est que je considère que les autres parUes de notre cerveau sont toutes doubK s, comme aussi nous avons deux yeux, deux mains, deux oreiUes, et enfin tous les organes de nos sens extérieurs sont doubles; et que, d'autant que nous n'avons qu'une seule et simple pensée d'une môme chose en même temps, il faut nécessairement qu'U y ait quelque lieu où les deux images qui viennent par les deux yeux, où les deux autres impressiona qui vi«nn«»nt d'un seul objet par lej

PRBMItRI PARTI!

doublet organes des autres sens, se puissent assembler tn une avant qu'elles parviennent à Tâme, afin qu'elles ne lui représentent pas deux objets au lieu d'un; et on peut aisément concevoir que ces imagée ou autres impressions se réunissent en cette glande par l'entremise des esprits qui remplissent les cavités du cerveau , mais il n'y a aucun autre endroit dans le corps où elles puissent ainsi être unies, sinon ensuite de ue qu'elles le sont en cette glande.

Art. 3S. Que le siège des paisions n'est pes dana lo em\u.

Pour l'opinion de ceux qui pensent que l'âme reçoit ses passions dans le ccetir, elle n'est aucunement considérable, car elle n'ebt fondée que sur ce que les pas^ûons y font sentir quelque altération ; et il est aisé à remarquer que cette altération n'est sentie, comme dans le cœur, que par l'entremise d'un petit nerf qui descend du cerveau vers lui, ainsi que la douleur est sentie comme dans le pied par l'entremise des nerfs du pied, et iCs astres sont aperçus comme dans le ciel par l'entremise de «ur lumière et dw nerfs optiques : en sorte qu'il n'est pas plus nécessaire que notre âme exerce immédiatement ses fonctions dans le cœur pour y sentir ses passions qu'il est nécessaire qu'elle soit dans le ciel pour y voir les astres.

Ait. S4. Commeut finie et U corps agissent l'un centre rantn.

Concevons donc ici que l'âme a son liége principal dans la petite glande qui est au milieu du cerveau, d'où eue rayonne en tout le reste du corps par l'entremise des esprits, des nerfs et même du sang, qui, participant aux impressions des esprits, les peut porter par les artères en tous les membres; et nous souvenant de cê qui a été dit ci-dessus de la machine de notre corps, \ savoir, que les petits filets de nos nerfs sont tellement distri- ^és en toutes ses parties qu'à l'occasion des divers mouvenents qui y sont excités par les objets sensibles ils ouvrent di •

lot LIS PAtlIOllS DB L'AMB

▼eneraent les pores du cerveau , ce qui fait que les esprits soi* maux contenus en ces cavités entrent diversement dans les muscles, au moyen de quoi ils peuvent mouvoir les membres en toutes les diverses façons qu'ils sont capables d*être mu9, et aussi que toutes les autres causes qui peuvent diversement mouvoir les esprits suffisent pour les conduire en divers muscles, ajoutons ici que la petite glande qui est le principal siège de T&me est tellement suspendue entre les cavités qui contiennent ces esprits, qu'elle peut être mue par eux en autant de diverses façons qu*il y a de diversités sensibles dans les objets; juais qu'elle peut aussi être diversement mue par l'âme, laquelle est de telle nature qu'elle reçoit autant de diverses perceptions qu'il arrive de divers mouvements en cette glande; comme aussi réciproquement la machine du corps est tellement composée que, de cela seul que cette glande est diversement mue pa rime ou par telle autre cause que ce puisse être, elle pousse lei esprits qui l'environnent vers les pores du cerveau^ qui les conduisent par les nerfs dans les muscles, tu moyen de quoi elle leur fait mouvoir les membres.

^T. IS. EztmpU d« la façon qm !•■ impreisions dm objeti s'nuMtnt •n U glandt qui Mt an milieu du c«rrMn.

Ainsi, par exemple, si nous voyons quelque animal venir ven nous, la lumière réfléchie de son corps en peint deux images, une en chacun de nos yeux, et ces deux images en forment deux autres, par l'entremise des nerfs optiques, dans la sunerficie intérieure du cerveau qui regarde ses cavités ; puis, de là, par Tentremise des esprits dont ses cavités sont remplies, ces images rayonnent en telle sorte vers la petite glande que ces esprits environnent, que le mouvement qui compose chaque point de Tune des images tend vers le même point de la glande vers lequel tend le mouvement qui forme le point de l'autre image, iiquelle représente la même partie de cet animal, an moyen de quoi les deux images qni «ont daoi te cfrvetu n'en compo*

fRIMItRI PARTIB 103

lent qu'une seule sur la glande, qui, agissant immédiatement tiontre l'ftme, lui fait voir la figure de oet animal.

AsT. as. Iiimpli ûê h ftiQoa qnt Ut puiioni tont «idUtt tn râmt.

Et> outre cela, si cette figure est fort étrange et fort ef^ froyable, c'est- à-dire si elle a beaucoup de rapport avec les choses qui ont été auparavant nuisibles au corps, cela excite en l'âme la passion de la crainte, et ensuite celle de la hardiesse, ou bien celle de U peur et de l'épouvante, selon le divers tempérament du corps ou la force de l'âme , et selon qu'on s*est auparavant garanti par la défense ou par la fuite contre les choses nuisibles auxquelles l'impression présente a du rapport; car cela rend le cerveau tellement disposé en quelques hommes, que les esprits réfléchis de l'image ainsi formée sur la glande vont de là se rendre partie dans les nerfs qui servent à tourner le dos et remuer les jambes pour s'enfuir, et partie en ceux qui élargissent ou étrécissent tellement les orifices du cœur, ou bien qui agitent tellement les autres parties d'oi^ le ung lui est envoyé, que ce sang y étant raréfié d'autre façon que de coutume, il envoie des esprits au cerveau qni sont propres à entretenir et fortifier la passion de la peur, c'est-à-dire qui sont propres à tenir ouverts ou bien à ouvrir derechef les pores du cerveau qui les conduisent dans les mêmes nerfii; car de cela leul que ces espriU entrent en ces pores ils excitent un mouvement particulier en cette glande, lequel est institué de la nature pour faire sentir à l'àme cette passion ; et pour ce que ces pores se rapportent principalement aux petits ner^ qui servent à resserrer ou élargir les orifices du cosur, cela fait que l'âme la sent principalement comme dans le cour.

ÀMT. 91. Gomatiit il paroit qn'tUai mat tovtas eauiiu par qualqna

MoaTemaut das Mpnta.

Et pour ce que le semblable arrive en toutes les autres pa^ «ions, à savoir, qu'elles sont principalement causées par les e»>

204 Lit PiltftlONI DE L'AMt

priU quâ lont contenus dins les cttitéi du cerveau, in tant qu'lb prennent leur couw vers les nerfs qui servent à élargir ou étrtcir les orifices du cœur, ou à pousser diversement vers lui le sang qui est dans les autres parties, ou» en quelque autre façon que ce soit, à entretenir la même passion, on peut clairement entendre de ceci pourquoi j'ai mis ci-dessus en leur définition qu'elles sont causées par quelque mouvement particulier des esprits.

Aav. tS. Sxtmplt 4m aM«T«m«Dtf du «orpi q«i •eeompagntnt Ui ptaioM

•t M dépendent point d« l'ime.

An reste, en même façon que le cours que prennent ces esprits vers les nerfs du cœur suffit pour donner le mouvement à la glande par lequel la peur est mise dans Time, ainsi aussi, par cela seul que quelques esprits vont en même temps vers les Berfs qui servent à remuer les jambes pour fuir, ils causent un autre mouvement en la même glande par le moyen duquel l'Ime lent et aperçoit cette fiilte, laquelle peut en cette façon être excitée dans le corps par la seule disposition des organes et sans que l'àme y contribue.

▲rt. If. Comment nne même eaoïe peot exciUr diTenee puslons en diren

homme*.

L^ même iuipression que la présence d*un objet effroyable fait sur la glande, et qui cause la peur en quelques hommes, peut exciter en d'autres le courage et la hardiesse, dont la raison est que tous les cerveaux ne sont pas disposée en même façon, et que le même mouvement de la glande qui en quelques-uns excite la peur fait dans les autres que les esprits entrent dans les pores du cerveau qui les conduisent partie dans les nerfs qui servent à remuer les mains pour se défendre, et partie en ceux qui agitent et poussent le sang vers le cœur, en la façon qui est requise pour produire des espriU proproi à conliuuer cette défense et en retenir la volonté.

PREMItltE PARTIl

Ait. 4e. Qaû «et le prineipel efit dex paMi^ai.

Car il est besoin de remarquer que le principal effet de toutes les passions dans les hommes est qu'elles incitent et disposent leur ftme à vouloir les choses auxquelles elles préparent leur corps; en sorte que le sentiment de la peur l'incite à vou- .oir fuir, celui de la hardiesse à vouluir cuinbattre, et ainsi des autres.

▲kt. 41. Qnél eit le povToir de rime an regard an eorpe.

Mais la volonté est tellement libre de sa nature, qu'elle ne peut jamais être contrainte; et des deux sortes de pensées que j'ai distinguées en l'Ame, dont les unes sont ses actions, à savoir, ses volontés, les autres ses passions, en prenant ce mot en sa plus générale signification, qui comprend toutes sortes de perceptions, les premières sont absolument en son pouvoir et ne peuvent qu'indirectement être changées par le corps, comme au contraire les dernières dépendent absolument des actions qui les conduisent, et elles ne peuvent qu'indirectement être changées par Tftme, excepté lorsqu'elle ost elle-même leur cause. Et toute l'action de l'âme consiste en ce que, par cela seul qu'elle veut quelque chose, elle fait que la petite glande à qui elle est étroitement jointe se meut en la façon qui est requise pour produire l'eflet qui se rapporte a cette volonté.

Ait. 4t. Comment on trouve en sa mémoire le* eboaea dont oa veot

aé son Tenir.

Ainsi, lorsque l'âme veut se souvenir de quelque chose, cette volonté fait que la glande, se penchant successivement vers divers c6tés, pousse les esprits vers divers endroits du cerveau, jusques à ce qu'ils rencontrent celui où sont les traces que l'objet dont on veut le souvenir y a laissées; car ces traces ne sont autre choae linoo que ies Doiii du cerveau, pet où les eepriti

S06 LIS fAttlOXt Dl L'AMI

ont auptriTtnt piii leur cours k cause de It présence de eel objet, ont acquis par cela une plus grande facilité que les autres à être ouverts derechef en même façon par les esprits qd Tiennent vers eux ; en sorte que ces esprits rencontrant ces pores entrent dedans plus facilement que dans les autres^ au moyen de quoi ils excitent un mouvement particulier en la glande, lequel représente à Tàme le même objet et lui fait connoltre qu*il est celui duquel elle vouloit se souvenir.

Ait. il. Gomintat Tâmt ptat imaginer, ètri atUntivt tt monroir It eorps

Ainsi, quand on veut imaginer quelque chose qu'on n'a jamais vue, cette volonté a la force de faire que la glande se meut en la façon qui est requise pour pousser lei esprits vers les pores du cerveau par l'ouverture desquels cette chose peut être représentée ; ainsi, quand on veut arrêter son attention à considérer quelque temps un même objet, cette volonté retient la glande pendant ce temps- là penchée vers un même côté ; ainsi, enfin, quand on veut marcher ou mouvoir son corps en quelque façon, cette volonté fait que la glande pousse les esprits vers les muscles qui servent à cet effet.

Akt. U. 0«« <haqu« rolonté «fi DatnreiltaitBt Joiata I qttalq«« BooTamaat da la glanda; aaia qa*t par indnatha om par babiuda, on la paot Jdadri l d'amtraa.

Toutefois ce n'est pas toujours la volonté d'exciter en nous quelque mouvement ou quelque autre effet qui peut faire qut nous l'excitons ; mais cela change selon que la nature ou l'habi tude ont diversement joint chaque mouvement de la glande à chaque pensée. Ainsi, par exemple, si on veut disposer ses yeux à regarder un objet fort éloigné, cette volonté fait que leur prunelle s'élargit; et ai on les veut disposer à regarder un objet fort proche, cette volonté fait qu'elle s'étrécit; mais si on pense seulement à élargir la prunelle, on a beau en avoir U volonté, on ne rélargit point pour cela, d'autant que la natore n't ^

flIVItlB FAITII

joint le mouTement de It glande qui sert à pousser les espritt fers le nerf optique en la façon qui est requise pour élargir ou éU^ir 11 prunelle avec la volonté de l'élargir ou étrécir, mais bien avec celle de regarder des objets éloignés ou proches. Et lorsqu'on parlant nous ne pensons qu'au sens de ce que nous voulons dire, cela fait que nous remuons la langue et les lèvres beaucoup plus promptement et beaucoup mieux que si nous pensions à les remuer en toutes les façons qui sont requises poui proférer les mêmes paroles, d'autant que l'habitude que nou£ avons acquise en apprenant à parler a fait que nous avons joint l'action de l'âme, qui, par l'entremise de la glande, peut mouvoir la langue et les lèvres, avec la signification des paroles qui Hiivent de ces mouvements plutôt qu'avec les mouvements nèmei.

Ait. 4S. Qaal att la pamToir da l'ima an regard da saa paiaioBa

Nos passions ne peuvent pas aussi directement être excitées ni ôtées par l'action de notre volonté, mais elles peuvent l'être indirectement par la représentation des choses qui ont coutume d'être jointes avec les passions que nous voulons avoir, et qui lont contraires à celles que nous voulons rejeter. Ainsi, pour exciter en soi la hardiesse et ôter la peur, il ne suffit pas d'en avoir la volonté, mais il faut s'appliquer à considérer les raisons, les objets ou les exemples qui persuadent que le péril n'est pas grand ; qu'il y a toujours plus de sûreté en la défense qu en la fuite; qu'on aura de la gloire et de la joie d'avoir vaincu, au lieu qu'on ne peut attendre que du regret et de la honte d'avoir fui, et choses semblables.

àaT. 4A. Qaalla aat la iilaon qai empleha qna Tima na paifia antièrament

difpoier de sea paisions.

Il y a une raison particulière qui empêche l'âme de pouvoir promptement changer ou arrêter ses passions, laquelle m'a donné si^el de mettre ci-dessus en leur définition qu'ellts sont

20)1 Lfel PàlIlONI Dl L'AMI

nun-seulement ctuséei, mais aussi entretenues et fortifiées par qniilque mouvement particulier des esprits. Cette raison est qu*elles sont presque toutes accompagnées de quelque émotion qui se fait dans le cœur, et par conséquent aussi en tout le sang et les esprits, en sorte que, jusqu'à ce que cette émotion ail cessé, elles demeurent présentes à notre pensée en même façon que les objets sensibles y sont présents pendant qu'ils agissent contre les organes de nos sens. Et comme l'âme, en se rendant fort attentive à quelque autre chose, peut s'empêcher d'ouïr un petit bruit ou de sentir une petite douleur, mais ne peut s'empêcher en même façon d'ouïr le tonnerre ou de sentir le feu qui brûle la main, ainsi eWe peut aisémi-nt surmonter les moindres passions, mais non pas les plus violentes et les plus fortes, sinon après que l'émotion du sang et des esprits est apaisée. Le plui que la volonté puisse faire pendant que cette émotion est en sa vigueur, c'est de ne pas consentir à ses effets et de retenir pluiieun des mouvements auxquels elle dispose le corps. Par exemple, si la colère fait lever la main pour frapper, la volonté peut ordinairement la retenir; si la peur incite les gens à fuir, la volonté les peut arrêter, et ainsi des autres.

An. 41. En «r»oi consisUnt le» cômbati qa'on a eontume d'imaginer tout la parue inférienra et la anpérienre de Tâme.

Et ce n'est qu'en la répugnance qui tit entre les mouvements que le corps par ses esprits et l'àme par sa volonté tendent à esdter en même temps dans la glande, que consistent tous les combats qu'on a coutume d'imaginer entre la partie inférieure de rame qu'on nomme sensitive et la supérieure, qui eit raisonnable, ou bien entre les appétits naturels et la volonté ; car il n'y a en nous qu'une seule âme, et cette âme n'a en soi aucune diversité de parties ; la même qui est sensitive est raisonnable, et 'eus ses appétits sont des volontés. L'erreur qu'on a commise en lui faisant jouer divers personnagea qui sont ordinairement eontraires les uns aux autres ne vient (pie de ce qu'on n'a pts

fâKMIÈRE PARTIE JoD

bien distingué ses fonctions d'avec celles du corps, auquel seul on doit attribuer tout ce qui peut être remarqué en nous qui répugne à notre raiion; en sorte qu'il n'y a point en ceci d'autre combat sinon que la petite glande qui est au miUeu du cerveau pouvant être poussée d'un côté par l'âme et de l'autre par les esprits animaux, qui ne sont que des corps, ainsi que j'ai ditci-dessus, il arrive souvent que ces deux impulsions sont contraires, et que la plus forte empêche l'efTet de l'autre. Or on peut distinguer deux sortes de mouvements excités par les esprits dans la glande : les uns représentent à l'Ame les objets qui meuvent les sens, ou les impressions qui se rencontrent dans le cerveau et ne font aucun effort sur sa volonté ; les autres y font quelque effort, à savoir ceux qui causent les passions ou les mouvements du corps qui les accompagnent; et, pour les premiers, encore qu'ils empêchent souvent les actions de l'âme ou bien qu'ils soient empêchés par elles, toutefois, à causa qu Ils ne sont pas directement contraires, on n'y remarque point de combats. On en remarque seulement entre les dermers et les volontés qui leur répugnent : par exemple, entre I effort dont les esprito poussent la glande pour causer en l'âme le desir de quelque chose, et celui dont l'âme la repousse par U volonté qu'elle a de fuir la même chose; et ce qui fait principalement paraître ce combat, c'est que la volonté n'ayant paa le pouvoir d'exciter directement les passions, ainsi qu'il a déjà été dit, elle est contrainte d'user d'industrie et de s'appliquer à considérer successivement diverses choses dont, s'il arrive que l'une ait la force de changer pour un moment le cours des esprits, il peut arriver que celle qui suit ne l'a pas et qu'ils le reprennent aussitôt après, â cause que la disposition qui a précédé dans les nerfs, dans le cœm- et dans le sang n'est pas changée, ce qui fait que l'âme ae sent poussée presque en même temps à désirer et ne pas désirer une même chose : ei cest de U qu'on t pria occuion d'imaginer en elle deux puit- ■•nces qui ae combettwit Toatefoii on peut encore concevoir quelq.iP combat, en ce que souvent la môme cause qui excite

{,0 Les passions db l'ame

.„ l-àme quelque passion excite au9« certains mouvejneuU dam le corps auiquel» TUme ne contribue point, et lesqneU elle «rrète ou tâche d'arrêter sitôt qu'elle les aperçoit, comme on éprouve lorsque ce qui excite la peur fait aussi que les espnU .ntrent dan» les muscles qui servent à remuer les jambes pour fair, et que U volonté qu'on a d'être hardi les arrête.

A,t. M. Bn q«l on «">»*' >» '""* ™ ^ '°"''"" «>«• »™». *"»°*' •"

U mal dai plus (oibles.

Or c'est par le succès de ces combats que chacun peut connottre la force ou la foiblesse de son âme ; car ceux en qui naturellement la volonté peut le plus aisément vaincre les pas- «ions et arrêter les mouvemenU du corps qui les accompagnent ont sans doute les âmes lei plui fortes; mais il y en a qui ne peuvent éprouver leur force, pour ce qu'ils ne font jamais cornbattre leur volonté avec ses propres armes, mais seulement ivec celles que lui fournissent quelques passions pour résister à quelques autres. Ce que je nomme ses propres armes sont des jugements fermes el déterminés touchant la connoissance du bien et du mal, suivant lesquels elle a résolu de conduire les acUons de sa vie; et les âmes les plus foibles de toutes sont celles dont la volonté ne se détermine point ainsi à suivre certains jugements, mais se laisse continuellement emporter aui passions présentes, lesquelles, étant souvent contraires les unes tux autres, la tirent tour à tour à leur parti et, l'employant a combattre contre elle-même, mettent l'âme au plus déplorable eut iju'elle puisse être. Ainsi, lorsque la peur représente It mort comme un mal eitrôme et qui ne peut être évité que pa! la fuite, l'ambition, d'autre côté, représente l'Infamie de cette fuite comme un mal pire que la mort ; ces deux passions agitent diversement la volonté, laquelle obéissant tantôt à l'une, Untôt à l'autre, s'oppose continuellement à soi-même, et ainsi rend l'âme esclave et malheureuse.

PRBMItm fARTIl

tu

Art. 41. Qu k htm «k riuiê m gnfflt p«s mu k "^'Hiwifit d* k viriti.

Il est vrai qu'il y a fort peu d'hommes si foibles tt irrésolus qu'ils ne veulent rien que ce que leur passion leur dicte. La plupart ont des jugements déterminés, suivant lesquels ils règlent une partie de leurs actions; et, bien que souvent ces jugements soient faux, et même fondés sur quelques passions par lesquelles la volonté s'est auparavant laissé vaincre ou séduire, toutefois, à cause qu'elle continue de les suivre lorsque la passion qui les a causés est absente, on les peut considérer comme ses propres armes, et penser que les âmes sont plus fortes ou plus foibles â raison de ce qu'elles peuvent plus ou moins suivrt ces jugements et résister aux passions présentes qui leur sont contraires. Mais il y a pourtant grande différence entre les résolutions qui procèdent de quelque fausse opinion et celles qui ne sont appuyées que sur la connoissance de la vérité; d'autant que si on suit ces dernières, on est assuré de n'en avoir jamais de regret ni de repentir, au Ueu qu'on en a toujoui-s d'avoir suivi les premières lorsqu'on en découvre l'erreur.

Art. SS. Oa'il b*j a point d'âms ai foible qa'elle na poiaaa, étant bian oonduita, acquérir un pouToir absiolu sur saa pataions.

Et il est utile ici de savoir que, comme il a déjà été dit cidessus, encore que chaque mouvement de la glande semble avoir été joint par la nature â chacune de nos pensées dès le commencement de notre vie, on les peut toutefois joindre â d'autres par habitude, ainsi que l'expérience fait voir aux paroles qui excitent des mouvements en la glande, lesquels, selon l'institution de la nature, ne représentent à l'âme que leur son lorsqu'elles sont proférées de la voix, ou la figure de leurs lettres lorsqu'elles sont écrites, et qui, néanmoins, par l'habitude qu'on a acquise sn pensant à ee qu'elles signifient lorsqu'on a oui leur son ou

fi

)4| Lit tASSlOMt DB L'A«C

Meu qu'on • m leur, lettres, ont coutume de bire conoewii celle «gniBcation plutôt que la figure de leurs lettres ou bien le «n de leurs syllabes. Il est utile aussi de savoir qu'encore que tes mouvements. Unt de la glande que des espriU du cerveau ani représentent à Time certains objeU, soient naturellement Lts avec ceux qui excitent en elle certaines passions .Is peuvent toutefois par habitude en être séparés et jomts à d .utrei fort différents, et même que celte habitude peut être acquis* par une seule action et n. requiert point un long uwge. Ainsi, lorsqu'on rencontre inopinément quelque cho«j de fort sa e enmie viande qu'on mange avecappait, la surprise de celle rencontre peut tellement changer la disposition du cerveau qu'on ne pourra plu. voir par après de lelle viande qu'avec «orreur. au Ueu qu'on la mangeolt auparavant avec plaisir. Et on peut remarquer la même chose dans les bêles ; car encore qu el e. n'aient point de rMson, ni peut^lre aucune pensée, tous e. mouvements des espriU et de I. glande qui excitent en nous les passions ne laissent pas d'être en eUe. et d'y servir à entretenu et fortifier, et non pa. comme en nou., les passions, mai. e. mouvemenu des nerft et des muscles qui ont coutume de le. accompagner. Ainw, lorsqu'un chien voit une perdnx, il est nalurellement porté k courir ver. elle; et lorsquU oit tirer un fusil, ce bruit l'incite natureUement à s'enfuir; mais néanmoins on diesw ordinwrement les chiens couchants en telle wrie que It TOe d'une perdrix fait qu'ils .'arrêtent, et que le bruit qu'il» «ient aprè., lorsqu'on tire sur elle, fait qu'ils y accourent. Or ce. choses sont uUles à savoir pour donner le courage i un chacun l'étudier i regarder ses passions; car, puisqu'on peut, avec un peu d'industrie, changer les mouvements du cerveau dans le. animaux dépourvus de raison, U est évident qu'on le peut encore mieux dan. le. hommes, et que ceux même qui ont les plus foibles âmes pounuient acquérir un empire très-absolu sur toutes leurs passions, à on employât «ss« d'industrie à Im dresser et ^ les Aûiiduir«*

^lOtliKI FARÎII

SU

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