DEUXIÈME PARTIE
d'être fort différent de celui qui naît de l'horreur; car cet agrément et cette horreur, qui véritablement sont contraires, ne sont pas le bien et le mal qui servent d'objets à ces désirs, mais seulement deux émotions de l'âme qui la disposent à rechercher deux choses fort différentes; à savoir : l'horreur est instituée de la nature pour représenter à l'âme une mort subite et inopinée, en sorte que, bien que ce ne soit quelquefois que l'attouchement d'un vermisseau, ou le bruit d'une feuille tremblante, ou son ombre, qui fait avoir de l'horreur, on sent d'abord autant d'émotion que si un péril de mort très-évident s'offroit aux sens, ce qui fait subitement naître l'agitation qui porte l'âme à employer toutes ses forces pour éviter un mal si présent; et c'est cette espèce de désir qu'on appelle communément la fuite et l'aversion.
Abt. 90. Quel est celui qni naît de Tagrémeut.
Au contraire, l'agrément est particulièrement institué de la nature pour représenter la jouissance de ce qui agrée comme le plus grand de t(tus les biens qui appartiennent à l'homme, ce qui fait qu'on désire très-ardemment cette jouissance. 11 est vrai qu'il y a diverses sortes d'agréments, et que les désirs qui en naissent ne sont pas tous également puissants; car, par exemple, la beauté des fleurs nous incite seulement à les regarder, et celle des fruits à les manger. Mais le principal est celui qui vient des perfections qu'on imagine en une personne qu'on pense pouvoir devenir un autre soi-même; car, avec la diiïcrence du sexe, que la nature a mise dans les hommes ainsi que dans les animaux sans raison, elle a mis aussi certaines impressions dans le cerveau qui font qu'en certain âge et en ceilain temps on se considère comme défectueux et comme si on n'était que la moitié d'un tout dont une personne de l'aulre sexe doit être l'autre moitié, en sorte que l'acquisition de celte moitié est confusément représentée par la nature comme le plus grand de tous les biens imaginables. Et encore qu'on voie plu-
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'i' Si
sienrs personnes de cet autre sexe, on n'en souhaite pas pour cela plusieurs en même ten.ps, d'autant que la nature ne l point imaginer qu'on ait hcsoin de plus dune mo, .é. a. Lqu'on remarque quelque el.ose en une qu. agrée . lavanta que ce qu'on remarque au même temps ans les autres termine lùme à sentir pour celle-là seule toute 1 .nclma-nm que la nature lui donne à rechercher le bien qu «"« '«• ^^P^^" sente comme le plus grand qu'on pu.sse posséder,* ceU . clinalion ou ce désir qui nait ainsi de lagrement est appelé du nom d'amonr plus ordinairement que la passion damour qma ci-dessus été décrite. Aussi a-t-il de plus étranges effets, et cest lui qui-sert de principale matière aux faiseurs de romans et au, poêles.
Am. 91. la déttnition de la joie.
La joie est une agréable émotion de l'fime, en laquelle consiste la jouissance qu'elle a du bien que les impressions du cerveau lui représentent comme sien. Je dis que c'est en celte étn^ «on que consiste la jouissance du bien; car en effet l'àme ne reçoit aucun autre fruit de tous les bicn's qu'elle possède ; el pendant qu'elle n'en a aucune joie, on peut dire qu'elle « en puit pas plus que si elle ne les possédoit point. J'ajoute aussi que c'est du bien que les impressions du cerveau lui represenlent comme sien, afin de ne pas confondre cette joie, qui est une passion, avec la joie purement intellectuelle, qui vient en Yim ■ par la seule action de l'àme, et qu'on peut dire être une agronble émotion excitée eu elle-même, en laquelle consiste la jo.iksance qu'elle a du bien que son entendement lui reprosciil' comme sien. Il est vrai que pendant que l'ftme est jointe au corp? cette joie intellectuelle ne peut guère manquer d'être accompv gnée de celle qui est une passion ; car sitôt que notre eiilend.ment s'aperçoit que nous possédons quelque bien, encore qii' ce bien puisse être si différent de tout ce qui appartient au cot< qu'il ne soit point du tout imaginable, l'imagination ne h-.^-* pas de faire incontinent quelque impression dans le cerveau, de