III
RENÉ DESCARTES
RENÉ D18CARTE8
rapide du mouvement entre les espriu, d'un bout du mon.ie a l'antre.
« Tout était ditpoié pour une rérolotion. Déjà est né celui qui doit faire ce grrand changement. li ne reste à la nature que d'achever son ouvrage et de mûrir Descartei pour le genre humain comme elie a mûri le genro humain pour lui Je ne m'arrête point sur ion éducation. Dès qu'il .'agit det âmes extraordinaires V n'en faut point parler. Il y a une éducation pour l'homme vulgaire; il n'y en a point d'autre pour l'homme de génie que celle qu'il se donne à lui même; elle consiste presque toujours à détruire la première. Descartes, par celle qu'il reçut, jugea son siède. Déjà il voit au delà. Déjà il imagine et preswînt un noiyel ordre. TeJ, de Madrid ou de Gènes, Colomb pressentait l'Amérique.
« ... J'ai tâché de suivre Descartes dans tous ses ouvrages- j'ai parcouro presque toutes les idées de cet homme extraordinaire; J'en ai développé queiquet-unes; j'en ai indiqué d'autres. Il a été aisé de nim la marche de sa philosophie et d'en saisir l'enserabie. On l'a vu commencer par tout abattre, afin de reconstruire; on l'a vu jeter des fondements profonds, s'assurer de l'évidence eî des moyens d ' la reconnaître, descendre de son àme à tous les êtres créés; attacher à cette cause tous les principes de ses connaissances , simplifier ces principes pour leur donner plus de fécondité et d'étude, car c'est la marche du génie, comme de U nature; appliquer ensuite ces principes à la théorie des planètes, aux mouvements des deux , aux phénomènes de la terre, à la niture des éléments, aux prodiges des météores, aux efTete et à la marche de la lumière, à l'organisation des corps bruts, à la vie active des êtres animés; terminant enfin cette grande course par l'homme qui était l'objet et le but de set travaux ; développant partout les lois mécaniques qu'il a devinées le premiar, descendant toujoun des causes lui effets, enchaînant tout par des eonséqueoces nécessaires, joignant quelquefois Texpérianoa au spéooUtioBS, mais alors même maîtrisant l'expérience par le gêoia; éelairant la phy.
kique par la géométrie, la géométrie par l'algèbre, l'algèbre par la logique, la médedne par l'anatomie, l'anatomie par les mécaniques; subUme même dans ses a-> *-es, méthodique dans ses égarements, utile par ses erreurs, forçant l'admiration et le respwt, Ion même qu'il ne peut forcer à penser comme lui.
« Si l'on cherche les grands hommes modernes avec qai on peut le comparer, on en trouvera trois : Bacon, Leibniz et Newton. Bacon parcourut touta la surface des «onnaissances humaines; il jugea les siècles passés et alla au-devant des siècles à venir; mais U indiqua plus de grandes choses qu'il n'en exécuU; il conitruisit l'échafaud d'un édifice immense, et laissa à d'autres le soin de construire l'édifice. Leibniz fut tout ce qu'il voulut être; U porta dans la philosophie une grande hauteur d'intelligence; mais il ne traiu la sdence de la nature que par lambeaux, et ses systèmes métaphysiques semblent plus faiU pour étonner et accabler l'homme qua poor l'éclairer. Newton a créé une optique nouvelle et démontré les rapportt de U fraviUtioa dans lei cieux. Je ne prétends point id diminuer la gloire de ce grand homme; mais je remarque seulement tous les secoure qu'il a eus pour ces grandes découvertes. Je voii que Oalilée lui avait donné la théorie de la pesanteur; Kepler, les lois des utres dans leun révolutions ; Huyght ns, la combinaison et les rapporta des forces centrales et des foreai centrifuges; Bacon, le grand prindpe de remonter des phéaomènas vers las causes; Dtscartes, sa méthode pour la raifonaamant, son analyse pour la géométrie, une foule innombrahla de connaissances pour la physique, et, plus que cela peut-être, la destruction de tous les préjugés. La gloire de Newton a donc été de profiter de tous ces avanUge«, de rassembler toutes ces forces étrangères, d'y joindre los siennes propres, qui étaient immenses, et da les enchaîner toutes par les talculs d'une géométrie aussi sublime que profonde. Si maintenant je rapproche Descartes de ces trois hommes célèbres , j'oserai dire qu'il avait des mes aussi nouvelles et biaa plus étendues que Bacon; qu'il a eu 'éclat et l'immensité du génie de Leibniz, mais bien plus da oon- «istance et de réalité dans sa grandeur ; qu'enfin 11 a mérité d'êtrf
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mit à oâté de Newton , parce qo'H t créé ane pirtie de Newton , et qa'U n'a Mé créé que par lui-même; parce qae, ai l'an a déeoutert plus de vérités, l'antre a onTert la roate de tontea les véritéa; géomètre antii lublime, qidqn'il n'ait point fait un aussi grand usage de U géométrie; plot original par son génie, quoique je génie 1 ait toutent trompé ; pini uniTersel dans ses connais- •auces, comme dans ses ulents , quoique moins sage et moins assuré dans sa marche; ayant peut-être en étendue ee que Newton a^ait en profondeur; fait pour concevoir en grand, mais peu fait pour suiTTB les détails, tandis que Newton donnait aux plus petits détails l'empreinte du génie ; moins admirable sans doute pour la oonnaissancedescieux, mais bien plus utile pour le genre humain par sa grande inHuence sur les esprits et sur les siècles. »
Il est aisé de compter les nommes qui n'ont pensé d'après per sonne, et qui ont fait penser d'après eu le genre humain. Seuls et la tête levée, on les voit marcher sur les hauteurs; tout le reste des philosophes suit comme un troupeau. N'est-ce pas la lâcheté d'esprit qu'il faut accuser d'aveir prolongé l'enfaoee du monde et des sciences? Adorateurs stupides de l'antiquité, les philosophes ont rampé durant vingt siècles sur les tracM des premiers maîtres. La raison condamnée au silence faisait parler l'autorité : aussi rien ne s'éclaircissait dans l'univers; et l'esprit humain, après s'être traîné mille ans sur les vestiges d'Aristole, se tronvaii encore aussi loin de la vérités
ftftMÀ DESCARtEâ