DEUXIÈME PARTIE fi
h)it être trop petite, à cause que nous ne sommes incitas à aucune action par la haine du mal que nous ne le puissions être encore mieux par l'amour du bien, auquel il est contraire, au moins lorsque ce bien et ce mal sont assez connus; car j'avoue que la haine du mal qui n'est manifestée que par la douleur est nécessaire au regard du corps; mais je ne parle ici que de celle qui vient d'une connoissance plus claire, et je ne la rapporte qu'à l'âme. Je dis aussi qu'elle n'est jamais sans tristesse, à cause que le mal n'étant qu'une privation, il ne peut être conçu sans quelque sujet réel dans lequel il soit, et il n'y a rien de réel qui n'ait en soi quelque bonté, de feçon que la haine qui nous éloigne de quelque mal nous éloigne par même moyen du bien auquel il est joint, et la privation de ce bien, étant représentée à noUeàuie comme un défaut qui lui apparUent, excite en elle la tristesse : par exemple, la haine qui nous éloigne des mauvaises mœurs de quelqu'un nous éloigne par même moyen de sa conversation, en laquelle nous pourrions sans cela trouver quelque bien duquel nous sommes lâdiés d'être privés. El ainsi en Ulules les autrès haines on peut remarquer quelque sujet de tristesse.
Art. 141. Dn lésir, de U joie et de la trist*M«.
Pour le désir, il est évident que lorsqu'il procède d'une vraie connoissance il ne peut être mauvais, pourvu qu'il ne soit point excessif et que cette connoissance le règle. 11 est évident aussi que la joie ne peut manquer d'être bonne, ni la tristesse d'êlre mauvaise, au regard de l'âme, pour ce que c'est en la dernière (iue consiste toute l'incommodité que l'àme reçoit du mal, et en la première que consiste toute la jouissance du bien qui lui appartient; de façon que si nous n'avions point de corps, j'oserois dire que nous ne pourrions trop nous abandonner à l'amour et à la joie, ni trop éviter la haine et la tristesse; mais les mouvements corporels qui les accompagnent peuvent tous être nuisibles à la santé lorsqu'ils sont fort violents, et au contraire lui *lfc utiles lorsqu'ils ne sont que modérés.
LES PASSIONS Dl L'AME
Ait. 14«. D« U joi« tl de l'wnour, comparéM «vec U liiuUss» «t la luiu«.
Au reste, puisque la haine et la tristesse doivent être i ejelées par l'àme, lors même qu'elles procèdent d'une vraie connoissance, elles doivent l'être à plus forte raison lorsqu'elles viennent de quel(iue fausse opinion. Mais on peut douter si l'amour et la joie sont bonnes ou non lorsqu'elles sont ainsi mal fondées; et il semble que si on ne les considère précisément que ce qu'elles sont en elles-mêmes, au regard de l'âm«', on peut dire que, bien que la joie soit moins solide et l'amour moins avantageuse que lorsqu'elles ont un meilleur fondement, elles ne laissent pas d'être préférables à la tristesse et à la haine aussi mrd fondées : en sorte que, dans les rencontres de la vie où nous ne pouvons éviter le hasard d'être trompés , nous faisons toujours beaucoup mieux de pencher vors les passions qui tendent au bien que vers celles qui regardent \v- mal, encore que ce ne soit que pour l'éviter; et même souvent une fausse joie vaut mieux qu'une tristesse dont la cause est vrai«'. Mais je n'ose pas dire de même de l'amour au regard de lu haine; car, lorsque la haine est juste, elle ne nous éloigne que du sujet qui contient le mal dont il est bon d'être séparé, au lieu que Tamour qui est injuste nous joint à des choses qui peuvent nuire, ou du moins qui ne méritent pas d'être tant considérées par n(»us qu'elles sont, ce qui nous avilit et nous abaisse.
Art. 143. Pes même» pasHÏons, «o tant qu'ella» sê rapportant an désir.
Et il faut exactement remarquer que ce que je viens de dire de ces quatre passions n'a lieu que lorsqu'elles sont considérées précisément en elles-mêmes, et qu'elles ne nous portent à aucune action ; car, en tant qu't lies excitent en nous le désir, par l'entremise duquel elles règlent nos mœurs, il est certain que toutes celles dont la cause est fausse peuvent nuire, et qu'au contraire toutes celles dont la cause est juste peuvent servir, et même que, lorsqu'elles sont également mal fondées, la joie est