‹ uvres choisies de Descartes [microform]Chapitre 58 sur 90 · DEUXIÈME PARTIE 2K · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE 2K

conserver le corps ou à le rendre en quelque façon plus parfait; et en ce sens la tristesse et la joie sont les deux premières qui sont employées. Car l'âme n'est immédiatement avertie des choses qui nuisent au corps que par le sentiment qu'elle a de U douleur, lequel produit en elle premièrement la passion de la tristesse, puis ensuite la haine de ce qui cause cette douleur, ef en troisième lieu le désir de s'en délivrer; comme aussi l'âmè n'est immédiatement avertie des choses utiles au corps que par quelque sorte de chatouillement qui excite en elle de la joie, fait ensuite naître l'amour de ce qu'on croit en être la cause, et enfin le désir d'acquérir ce qui peut faire qu'on continue en cette joie ou bien qu'on jouisse encore après d'une semblable. Ce qui fait voir qu'elles sont toutes cinq très-utiles au regard du corps, et même que la tristesse est en quelque façon première et plus nécessaiie que la joie, et la haine que l'amour, à cause qu'il importe davantage de repousser les choses qui nuisent et peuvent détruire que d'acquérir celles qui ajoutent quelque perfection sans laquelle on peut subsister.

Ait. 131. De leurs défaut», et dti moyèai d« Its corriger.

Mais, encore que cet usage des passions soit le plus naturel qu'elK's puissent avoir, et que tous les animaux sans raison ne conduisent leur vie que par des mouvements corporels semblables à ceux qui ont coutume en nous de les suivre, et auxquels elles incitent notre âme à consentir, il n'est pas néanmoins toujours bon, d'autant qu'il y a plusieurs choses nuisibles au corps qui ne causent au commencement aucune tristesse ou même qui donnent de la joie, et d'autres qui lui sont utiles, bien que d'abord elles soient incommodes. Et outre cela, elles font paroi tre presque toujours, tant les biens que ies maux qu'elles représentent, beaucoup plus grands et plus importants qu'ils ne sont, en sorte qu'elles nous incitent à rechercher les uns et fuu" les autres avec plus d'ardeur et plus de soin qu'il n'est convenable, comme nous voyons aussi que les bêtes sont

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éoufent trompées par des appâts, et que pour éviter de petits iuaux elles se précipitent en de plus grands; c'est pourquoi nous devons nous servir de lexi.éritnce et de la raison pour distinguer le bien d'avec le mal et connoître leur juste valeur, alin de ne prendre pas l'un pour l'autre, et de ne nous porter à rien avec excès.

A»T. 1S9 De l'usage du mêmes passions, en tant q l'eUes appartiennent à l'âtue.

et premièreuieni de l'araonr.

Ce qui sufliroitsi nous n'avions en nous que le corps ou qu'il fût notre meilleure partie; mais, d'autant qu'il n'est que la moindre, nous devons i.rincipalement considérer les passions en Uni qu'elles appartiennent à l'àme, au regard de laquelle l'amour et la haine viennent de la connoissance et précèdent la joie et la tristesse, excepté lorsque ces deux dernières tiennent le lieu de la connoissance, dont elles sont des espèces. Et lorsque celte connoissance est vraie, c'est-à-dire que les choses qu'elle nous porte à aimer sont véritablement bonnes, et cellei qu'elle nous porte à haïr sont véritablement mauvaises, l'amour est incomparablement meilleur que la haine; elle ne sauroit être trop grande, et elle ne manque jamais de produire la joie. le dis que cette amour est extrêmement bonne, pour ce que joignant à nous de vrais biens, elle nous perfectionne d'autant' Je dis aussi qu'elle ne sauroit être trop grande, car tout ce que la plus excessive peut faire, c'est de nous joindre si parfaitement à ces biens, que l'amour que nous avons particulièrement pour nous-mêmes n'y mette aucune distinction, ce que je crois ne pouvoir jamais être mauvais : et elle est nécessairement suivie de la joie, à cause qu'elle nous représente ce que nous aimons comme un bien qui nous appartient.

Art. bJH, De U Lai&â.

La haine, au contiaiie, ne sauroit être si peUte qu'elle n? nuise; et eUe n'est jamaij» ^ns tristesse. Je dis qu'eUe ne sau-

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