TROISIÈME PARTIE 2C
ment nobles el fortes (ce ([ui est cause que j'ai nommé cette vertu génciosilé, suivant l'usage de notre langue, plutôt que magnanimité, suivant l'usage de l'école, où elle n'est pas fort connue), il est certain néanmoins que la borme institution sert beaucoup pour corriger les défauts de la naissance, et que si on l'occupe souvent à considérer ce que c'est que le libre arbitre, et combien sont grands les avantages qui viennent de ce qu'on a une terme résolution d'en bien user, comme aussi, d'autre côté, combien sont vains et inutiles tous les soins qui travaillent les ambitieux, on peut exciter en soi la passion et ensuite acquérir la vertu de générosité, laquelle étant comme la clef de toutes les autres vertus et un remède général contre tous les «iéréglements des passions, il me semble que cette considération mérite bien d'être remarquée.
A «T. I«2 De la v^néralion.
La vénération ou le respect est une inclination de l'âme nonseulement à estimer l'objet qu'elle révère, mais aussi à se soumettre à lui avec quelque crainte, pour tâcher de se le rendre favorable; de façon que nous n'avons do la vénération que pour les causes libres que nous jugeons capables de nous faire du bien ou du mal, sans que nous sachions lequel des deux elles feront ; car nous avons de l'amour et de la dévotion plutôt qu'une simple vénération pour celles de qui nous n'attendons que du bien, et nous avons de la haine pour celles de qui nous n'attendons que du mal; et si nous ne jugeons point que la cause de ce bien ou de ce mal soit libre, nous ne nous soumettons point à elle pour tâcher de l'avoir favorable. Ainsi, quand les païens «voient de la vénération pour des bois, des fontaines ou des montagnes, ce n'étoit pas proprement ces choses mortes qu'As révéroient, mais les divinités qu'ils pensoient y présider. Et le mouvement des esprits qui excite la vénération est composé de celui qui excite l'admiration et de celui qui excite la crainte, de Quelle je parlerai ci-apràs.
AftT. Ifl. Du dédain.
Tout de mâme, ce que je nomme le dédain est Tinclination qu*a rame à mépriser une cause libre en jugeant que, bien que de SI nature elle soit capable de faire du bien ou du mal , elle est néanmoins si fort au-dessous de nous qu'elle ne nous peut faire ni l'un ni l'autre. Et le mouvement des esprits qui l'excite est composé de ceux qui excitent l'admiration et la sécurité ou (a hardiesse.
Aat. 164. Dt rasait de ott dêui passioiu.
Et c*est la générosité et la foiblesse de l'esprit ou la bassesse qui déterminent le bon et le mauvais usage de ces deux passions : car d'autant qu'on a l'âme plus noble et plus généreuse, d'autant a-t-on plus d'inclination à rendre à chacun ce qui lui appartient; et ainsi on n'a pas seulement une très-profonde humilité au regard de Dieu^ mais aussi on rend sans répugnance tout l'honneur et le respect qui est dû aux hommes, à chacun selon le rang et l'autorité qu'il a dans le monde, et ou ne méprise rien que les vices. Au contraire, ceux qui ont l'esprit bas et foible sont sujets à pécher par excès, quelquefois en ce qu'ils révèrent et craignent des choses qui ne sont dignes que de mépris, et quelquefois en ce qu'ils dédaignent insolemment celles qui méritent le plus d'être révérées; et ils passent souvent fort promptement de l'extrême impiété k la superstition, puis de la superstition à l'impiété, en sorte qu'il n'y a aucun vice ni aucun dérèglement d*esprit dont ils ne soient capables.
AtiT. 1S6. De rtspérâooa «t dt keraintt.
L*espérance est une disposition de Tftme à se persuader que ce qu'elle désire adviendra, laquelle eat causée par un mouvement particulier des esprits, à savoir, par celui de la joie et du désir mêléi ensemble; et k ciainta «it ime autre dispoeition dt
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l'âme qui lui persuade qu'il n'adviendra pas; et il est à remar^ quer que bien que ces deux passions soient contraires, on les peut néanmoins avoir toutes deux ensemble, à savoir, lorsqu'on se représente en même temps diverses raisons dont les unes foui juger que l'accomplissement du désir est facile, les autres ie font paroitre difficile.
Am. 1«S. De la «écuritéet du désespoir.
Et jamais lune de ces passions n'accompagne le désir qu'elle ne laisse quelque place à l'autre : car, lorsque l'espérance est si forte qu'elle chasse entièrement la crainte, elle change de nature et se nomme sécurité ou assurance; et, quand on est assuré que ce qu'on désire adviendra, qu'on continue à vouloir qu'il advienne, on cesse néanmoins d'être agité de la passion du désir, qui en faisoit rechercher l'événement avec inquiétude; tout de même, lorsque la crainte est si extrême qu'elle ôte tout lieu à l'espérance, elle se convertit en désespoir; et ce désespoir, représentant la chose comme impossible, éteint entièrement ij désir, lequel ne se porte qu'aux choses possibles.
AnT.UT.DelaJaloasie.
La jalousie est une espèce de crainte qm se rapporte au désir qu'on a de se conserver la possession de quelque bien; et elle ne vient pas tant de U force des raisons qui font juger qu'on le peut perdre que de la grande esUme qu'on en fait, laquelle est cause qu'on examine jusques aux moindres sujets de soupçon, et qu'on les prend pour des raisons fort considérables.
Ait. IM. En quoi cette passion p«at être honnête
Et, pour ce qu'on doit avoir plus de soin de conserver les biens qui sont fort grands que ceux qui sont moindres, cette paillon peut être juste et honnête en quelques occasions. Ainil, par exemple^ un capitaine qui gaido une place de grande impur*
lance a droit d'en Mre jaloux, c'est-?i-dire de se défier de tons les moyens par leaiuels elle pourroit ôlre surprise ; et une honnête femme n'est pas blâmée d'être jalouse de son honneur, c'est-à-dire Je ne se garder pas seulement de mal faire, mais aussi d'éviter jus<jues aux moindres sujets de médisance.
Art. ir>9. En <{iioi elle est blAtnahle.
Mais on se moque d'un avaricieux lorsqu'il est jaloux de son trésor, c'est-à-dire lorsqu'il le couve des yeux et ne s'en veut jamais éloigner de peur quMl lui soit dérobé; car l'argent ne vaut pas la peine d'être gardé avec tant de soin : et on méprise un liuiume qui est jaloux de sa femme, pour ce que c'est un témoignage qu'il ne l'aime pas de la bonne sorte, et qu'il a mauvaise opinion de soi ou d'elle : je dis qu'il ne l'aime pas dt la bonne sorte ; car, s'il avoit une vraie amour pour elle, il n'auroit aucune inclination à s'en défier ; mais ce n*est pas proprement elle qu'il aime, c'est seulement le bien qu'il imagine consister à en avoir seul la possession ; et il ne craindroit pas de perdre ce bien s'il ne juyeoit pas qu'il en est indigne ou bien que sa femme est infidèle. Au reste, celte passion ne se rapporte qu'aux soupçons et aux défiances, car ce n'est pas proprement être jaloux que de tâcher d'éviter quelque mal lorsqu'on a juate sujet de le craindre.
Art. 170. De l'irrésolution.
LMrrésolulioii est aussi une espèce de crainte qui, retenant l'ânit comme en balance entre [ilusieurs actions qu'elle peut faire, est cause qu'elle n'en exécute aucune, et ainsi qu'elle a du temps pour choisir avant que de se déterminer, en quoi véritablement elle a quelque usage qui est bon ; mais lorsqu'elle dure plus qu'il ne faut, et qu'elle fait employer à i!éiil)érer le temps qui est requis pour agir, elle est fort mauvai:>c. Or, ja dis qu'elle est une espèce de crainte, nonobstant qu'il puisse