‹ uvres choisies de Descartes [microform]Chapitre 72 sur 90 · RÈGLE VU · texte numérisé non relu

RÈGLE VU

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L-observaUon de cette règle est nécessaire pour admettre conune certaines ces vérités qui, comme nous l avons d.t plus haut, ne se déduisent pas immédiatement des principes que 1 on connolt par eux-mêmes. Quelquefois, en eflet, on y arrive par un. « longue suite de conséquences que diflicilement on s., rappelle Te chemin qu'on a fait; c'est pour cela que nous recommaudon. Ïe uppléer à la foiblesse de la mémoire par un mouvement t:S de la pensée. Si donc, par exemple, je trouve par i- «rses opérations, premièrement quel est e -PPO't -tre K grandeurs A et B, ensuite quel est le rapport enUe B et C pu^ Sre C et D, et enfin entre A et E, Je ne vois pas pour cela ^ i q« eàste entre A et E,^ je ne puis le déterminer avec p.é-

eislon d'après les rapports connue, si je ne ine les rappelle tous. C'est pourquoi je les parcourrai de temps en temps par un moufeinent continu de l'imagination, en sorte qu'à la fois elle en voie un et passe à un autre, jusqu'à e*» que j'aie appris à passer du premier au dernier assez rapidement pour paroltre, presque sans le secours de la mémoire, les saisir tous d'un coup d'œil. Cette noéthode, tout en aidant la mémoire, corrige en outre la lenteur de l'esprit et en étend pour ainsi dire la capacité.

J'ajout* que ce mouvement ne doit pas être interrompu; souvent, en effet, ceux qui trop vite et de principes éloignés veulent tirer une conséquence, ne parcourent pas toute la chaîne des conclusions intermédiairei avec Unt de soin qu'ils n'en passent un grand nombre inconsidérément. Et certes, dès qu'on en omet une, fût-elle la moindre de toutes, la chaîne est aussitôt rompue, et toute la certitude de la conclnsion disparoU.

Je dis, en outre, que l'énumération est nécessaire an complément de la science; en effet, les autres règles sont utiles pour la solution d'un grand nombre de questions, mais il n'y a que rénumération qui puisse faire que nous portions un jugement sûr et certain sur tous les objets auxquels nous nous appliquons, et conséquemment que rien ne nous échappe entièrement, mais que nous paroissions avoir quelques lumières sur toutes choses.

L'énumération ou rindoction est donc la recherche de tout ce qui se rattache à une question donnée, et cette recherche doit être si diligentt et si soignée que l'on puisse en conclure avec évidence et certitude que nous n'avons rien omis par notre faute; en sorte que si, malgré l'emploi que nous en aurons fait, la chose cherchée nous échappe, neus soyons du moins plus savants, en ce que nous saurons fermement que pas une des voies à nous connues ne pourroit nous conduire à la découverte de cette cboM, et que si, par aventure, comme il arrive souvent, nous avons pu parcourir toutes les voies qui y conduisent, nous puifliions affirmer hardiment que It connoissauce en est audessus de l'intalligenot humaiott.

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Notons en outre que, par énuinération suffisante on iiuiuction, nous entendons seulement le moyen qui sert à découvrir la vérité avec plus de certitude que ne pourroit le faire tout au Ire genre de preuves, excepté la simple intuition, et que toutes les fois qu'on ne peut ramener à l'intuition une connoissaiice quelconque, il faut rejeter les liens du syllogisme, et n'avoir foi que dans l'induction, seul recours qui nous reste; car toutes les propositions que nous déduisons immédiatement Tune de l'autre, çourvu que la déduction soit évidente, sont dès lors ramenées à one véritable intuition. Mais si nous inférons une conséquence de propositions nombreuses et disjointes, souvent la capacité de notre intelligence n'est pas assez grande pour pouvoir les embrasser toutes d une seule intuition ; auquel cas l'incertitude de cette opération doit nous suffire. De même nous ne pouvons pas d'un seul coup d'œil distinguer tous les anneaux d'une chaîne trop longue; mais néanmoins, si nous avons vu l'union de chaque aimeau avec celui qui le précède et avec celui qui^ le suit, cela nous suffira même pour dire que nous avons vu comment le dernier se rattache au premier.

J'ai dit que cette opération doit être suffisante, parce que souvent elle peut être défectueuse et, par conséquent, sujette à Terreur. Quelquefois, en effet, tout en parcourant par la voie d« rénumération une longue suite de propositions de la plus grande évidence, si pourtant nous en omettons une seule, fût-ce la moindre, la chaîne se rompt, et toute la certitude de la conclusion disparoît. Parfois aussi nous embrassons tout dans notre énumération, mais nous ne distinguons pas chaque proposition séparément, en sorte que nous n'avons du tout qu'une connois- ^ance confuse.

Quelquefois cette énumération doit être cornplèle, quelquefois distincte; d'autres fois enfin elle n'a besoin d'aucun de ces deux caractères ; aussi ai-je dit seulement qu'elle doit être suffisante. i:n elTet, si je veux prouver par énumération combien de sortei d'êtres sont corporels, ou de quelle manière ils tombent sous les sens, je n'affirmerai pas qu'il y en a tant, et non davantage, si

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le ne sais avec certitude que je les ai tous compris dans mon énumération et distingués les uns des autres; mais si par le même moyen je veux montrer que l'âme raisonnable n'est pas corporelle, il ne sera pas besoin que l'énumération soit complète; mais il suffira de réunir tous les corps sous quelques catégories, de manière à prouver que l'âme raisonnable ne peut se rapporter à aucune d'elles. Si enfin je veux montrer par énumération qua la surface d'un cercle est plus grande que celle de toutes les autres figures dont le périmètre est égal, il n'est pas besoin de passer en revue toutes les figures, mais il suffit de démontrer cela de quelques-unes en particulier pour conclure de même, par induction, à l'égard de toutes les autres.

J'ai ajouté que l'énuméraiion doit être méthodique, non-seulement parce qu'il n'est pas de meilleur préservatif contre les défauts déjà énoncés que de tout examiner avec ordre, mais encore parce qu'il arrive souvent que s'il fallait étudier séparément chacune des choses qui ont rapport au but que nous nous proposons, la vie d'aucun homme n'y suffiroit, soit parce qu'elles wnt trop nombreuses, soit parce que les mêmes reviendroient souvent sous nos yeux. Mais si nous disposons toutes ces, choses en bon ordre, afin que le plus souvent elles soient ramenées à des classes fixes, il suffira d'examiner exactement une seule de ces classes, ou quelque chose de toutes, ou les unes plutôt qu« les autres, et du moins nous ne parcourrons jamais deux fois la môme chose inutilement Cette méthode est d'un tel secours qu'elle nous fait parcourir sans peine et en peu de temps un grand nombre d'études qui, au premier abord, nous paroissoienl immenses.

Mais l'ordre à suivre dans l'énumération peut très-souvent varier et tlépend de la volonté de chacun; aussi, pour qu'il soit le meilleur possible, il faut se rappeler ce qui a été dit duu la cinquième proposition. Il y a de même dans les moindres sciences beaucoup de questions dont la solution dépend tout entière de l'ordre que nous prescrivons. Ainsi, veut-on faire une anagramme parfaite en transposant les lettres d'un nom quel-

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conque, il n'est pai beioin de puser des choeei let phif ftdie» aux plus difllciles, ni u« distinguer l'absolu du relatif : c« n'est point ici le lieu d'appliquer ces principes ; pour examiner lea transpositions des lettres, il suffira de se tracer un ordre tel que jamais on ne revienne sur la même, comme, par exemple, de les distribuer en classes fixes, de manière à voir aussitôt dans laquelle il y a le plus d'e.;poir «le trouver ce qu'on cherche. De li sorte, f n effet, souvent le travail ue lera pas long, il ne sert que

puéril.

Au reste, il ne faut pas séparer ces trois dernières proposition», parce que le plus souvent on doit réfléchir à toutes à la f«is et qu'elles concourent toutes pareillement à la perfection de la méthode. Peu importoil laquelle nous enseignerions la première: et nous les expliquons ici en peu de mots parce que dans le reslf de ce traité nous n'aurons presque rien autre chose à faire, et que nous démor.treions en particulier ce que nous venons d'exposer ici en général.

RÈGLK VIII

SI dam U iiri* dii cho-«» à tximiner il »'tn r«ne<»ntr« q»»lfQ'i»i fM notr» inicUipiiCê ne pniisê »*mi bien rompr»ndr« . il lac» t'arrètor U «t n« i^ •laaintr ••Uês qni luWtnt, nuis. »'abf tenir d'un tntiU iaï>trttt.

Les trois règles précédentes prescrivent l'ordre et l'expliquent; celle-ci montre quand il est absolument néctssaire et quand il Mt seulement utile; car tout ce qui constitue un degré entier dans It série qui mène du relatif à l'absolu, oo de l'absolu au itlatif , doit nécessairement être examiné tftnt les choses qui luivent. Mais si , «omine il arrive soevcnt, beaucoup de choses appartiennent au même degré, il est toujours utile de les parcourir toutes par ordre. Cependant nous ne sommes pas forcés de suivre cette règle stricUment et rigoureusement, et le plus st>uvent, bien que nous ne connoissions pas à fond toutes cei ciiu5e>, mais seulement un petit nombre ou mlnM mê seule, BOUS pouvons néanmnins lïasser outre.

Cette règle découle nécessauxïiaeut des raisons apportées pour la seconde ; cependant il ne faut pas croire qu'elle ne contient rien de nouveau pour faire avanc<3r la science, quoiqu'elle paroisse seulement nous dissuader «l'appliquer à certaines choses rénumération méthodique et n'exposer aucune vérité, puisqu'elle n'enseigne aux étudiants qu'à ne pas perdre leurs soins, et qu'elle emploie à peu près les mêmes ndsons que la règle deuxième. Elle montre à ceux qui connoissent parfaitement les sept règles précédentes, par quel moyen ils peuvent, dans l'étude d'une science quelconque , satisfaire eux-mêmes leur esprit au point de n'avoir plus rien à désirer. Car tout homme qui dans la solution de quelque difliculté aura rigoureusement observé les premières règles, et quelque part cependant recevra de cette dernière l'ordre de s'arrêter, connaîtra alors avec certitude qu'il ne peut arriver par aucun moyen à la science qu'il cherche, et eela non par la faute de son esprit, mais parce que It nature même de It difficulté ou la condition'humaine s'y oppose. Or, cette connoissance n'est pas une science moindre que celle qui nous montre la nature même des choses, et l'on ne paroltruit pu d'un esprit sensé si Ton poussoit plus loin la curiosité.

tclaircissons tout cela par nn ou deux exemples. Si un homme qui ne s'occupe que de mathématiques cherche eette ligne qu'en dioptrique on appelle anaclastique, ligne dans laquelle les rayons parallèles se réfractent de manière que tous apr»-s h réfraction s'intersectent en un seul point, il s'apercevra Tac ilernent d'après les règles cinquième et sixième que la détermination de cette ligne dépend du rapport qui existe entre les anf^les de réfraction et les angles d'iacidence ; mais comme il ne sera pas Gtpable de faire cette recherche, qui regarde la physique et non les mathématiques, il devra s*arrèter sur le seuil, et rien ne lai servira dt demander aux philosophes ou à Texpérienœ la solution de cette difficulté; ctr il pécheroit contre la troisième lè^le. De plus, • cette propositioi est composée et relative; or, ( c n>st que sur les choses simples et absolues qu'on peut en croire l'expérience, eomoit DMs le démontrerons en son lieu. En vain enoore sup-

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poscra-t-il entre les angles dont il s'af?il quelque rapport qu'il soupçonnera être le véritable; car alors ce ne seroit plus l'anaclastique qu'il cliercheroit, mais seulement la ligne qui pourroil rendre compte de sa supposition.

Mais si un homme qui ne s'occupe pas seulement de mathématiques, et qui désire connoUre, d'après la première règle, la ▼érité sur tout ce qu'il rencontre, vient à tomber sur la même difficulté, il ira plus loin et trouvera que le rapport entre les angles d'incidence et les angles de réfraction dépend du changement apporté dans la grandeur respective de ces angles par la difl'érence des milieux; que ce changement à son tour dépend du milieu parce que le rayon traverse la totalité du corps diaphane ; que la connoissance de la propriété de pénétrer un corps suppose connue la nature de Faction de la lumière, et qu'enfin, pour comprendre l'action de la lumière, il faut savoir ce que c'est en général qu'une puissance naturelle, dernier terme et le plus absolu dans toute cette série de questions. Lors donc que par riiituillon il aura clairement vu c^s propositions, il repassera par les mêmes degrés, selon U règle cinquième, et si au lecond degré il ne peut découvrir tout d'abord la nature de Taclion de la lumière, il énumérera par la règle septième toutes les autres puissances naturelles, afin que de la connoissance de quelqu'ime d'entre elles il puisse au moins déduire par analogie la connoissance de celle qu'il ignore. Cela fait, il cherchera de quelle manière le rayon traverse la totalité du corps diaphane, et il poursuivra ainsi par ordre l'examen des autres propositions jusqu'il ce qu'il arrive enfin à l'anaclastique môme cherchée en vain jusqu'à ce jour par beaucoup de philosophes; et cependant je ne vois rien qui puisse empocher celui qui se serviroit parfaitement de notre méthode de découvrir cette ligne.

Mais donnons l'exemple le plus noble de tous. Si quelqu'un se propose cette question , d'examiner toutes les vérités à la ( onnoissance desquelles la raison humaine suffit, examen que doifent faire, ce me semble, une fois dans leur vie, tous ceux qui feulent sérieusement arriver à la sagesse, il trouvera certaine-

lOUK Ik DIRECTION DE L'ESPRIT

ment, à l'aide des règles que j'ai données, qu'on ne peut rien connoltre avant do connoître l'iiilelligence, puisque la connoissance de toutes les choses dépend d'elle, et non pas elle de cette connoissance; puis, après avoir examiné tout ce qui vient immédiatement après la connoissance de l'intelligence pure, il énumérera tous les autres moyens de connoître que nous possédons outre l'intelligence; et il trouvera qu'il n'y en a que deux, l'imagination et les sens. Il emploiera donc tous ses soins à distinguer et à examiner ces trois moyens de connoUre, et voyant que la vérité et l'erreur, à proprement parler, ne peuvent être que dans rintelligence, mais que souvent elles ne tirent leur origine que de l'imagination des sens, il s'appliquera soigneusement à connoUre toutes les choses qui peuvent l'égarer afin de s'en garder, et il comptera exactement toutes les voies qui sont ouvertes à l'homme vers la vérité afin de suivre la bonno. Car elles ne sont pas si nombreuses qu'il ne les trouve facilement toutes par une énumération suffisante; et ce qui paroUra étonnant et incroyable à ceux qui n'en ont pas faU l'expérience, aussitôt qu'il aura distingué les connoissances qui ne font que remplir ou orner la mémoire d'avec celle qui constitue le vrai savant, distinction facile à faire (il y a ici une lacune)... il restera pleinement convaincu que s'il ignore quelque chose, ce n'est faute ni d'esprit ni de capacité, et qu'un autre ne peut rien savoir qu'il ne soit lui-même capable de connoUre, pourvu qu'il y applique convenablement son intelligence. Et, bien que souvent on puisse lui proposer beaucoup de questions dont notre règle lui interdise de chercher la solution, cependant il comprendra clairement qu'elles dépassent la portée de l'esprit humain ; il ne se croira pas pour cela plus ignorant, mais la certitude même qu'il aura que nul ne peut rien savoir de la question proposée satisfera largement sa curiosité, s'il est raisonnable.

Or, pour ne pas être toujours incertain sur ce que peut notre esprit, et de peur qu'il ne se fatigue mal à propos et inutilement, il faut une fois dans sa vie, avant d'aborder l'étude de chaque chose en particulier, avcnr cherché soigneusement quelles

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sont la connoissincei que peut atteindre la raison humaine. Pour mieux réussir dans cette recherche, il faut tou|ours, entre deux choses également aisées, commencer par la plus utile.

Cette méthode est semblable à ces arts mécaniques qui se suffisent à eui-mêmes, c'est-à-dire qui donnent à celui qui les exerce les moyens do fabriquer les instruments dont U a besoin. En effet , si quelqu'un foulait exercer Vun de ces arU , l'art du forgeron, par exemple, et qu'il fût prité de tout instrument, il seroit d'abord forcé de prendre pour enclume une pierre dure ou quelque masse de fer, pour marteau un caillou, de disposer deux morceaux de bois en forme de pinces, et de recourir, selon le besoin, à d'autres matériaux semblables. Ces préparatifs achetés, il n'iroit pas se mettre aussitôt à forger, pour l'usage des autres, des éi-ées ou des casques, ou tout autre instrument de fer; mais atanl tout il se fabriqueroit des marteaux, une enclume, des pinces, et tous l^s autres outils qui lui seroient utiles à lui-même.

Cet exemple nous apprend que ce n'est pas à notre début, lorsque nous n'avons encore pu découvrir que des règles peu éclaircies, et qui semblent plutôt nées dans notre esprit que le fruit de l'étude, que nous devons lâcher avec leur aide de terminer les débaU des philosophes et de résoudre les problèmes des mathématiciens , mais qu'il faut s'en servir pour chercher avec le plus grand soin tout ce qui est nécessaire à l'examen de la vérité , d'auUnt plus qu'il n'y a aucune raison pour que cela soit plus difficile à trouver que la solution d'aucune dee questions qu'on a coutume d'agiUr en géométrie, en physique ou dans les autres sciences.

Or ici aucune question n'est phis imporUnte à rtioudie que celle de savoir ce que c'est que la connoissance humaine, et jusqu'où elle s'éUnd; c'est pourquoi nous réunissons cette double étude dans une seule question que dom pensons devoir examiner la première d'après les règles poaées plos haut; c'est ce que doit faire une fois dans sa vie quiconque aime Unt soit pe« Il vérité, parce que cette lecherche cookknt ke mis moyest de

POUR LA niHi.CTMKN DE L'KshKiT 32»

lavoir et toute la méthode. Mais rien ne me semble plus absurde que de disputer audacieusement sur les mystères de la nature, snr l'influence des astres, sur les secrets de l'avenir, et autres choses semblables, comme font beaucoup de pens, et de n'avoir jamais cherché si la raison humaine peut approforïdir ces matières. Et il ne doit pas nous sembler difficile de détcrmin^T les limites de l'esprit que nous sentons en nous-mêmes , puisque souvent nous n'hésitons pas à porter un jugement sur des choses qui sont hors de nous et qui nous sont totalement étrangères. Ce n'est pas non plus un travail immense que de vouloir embrasser par la pensée tout ce qui est contenu dans l'univers , pour reconnoUre comment chaque objet est soumis ï l'examen de notre esprit; car il n'y a rien de si multiple ou de si épars que l'on ne puisse, au moyen de l'énumération dont nous avons parlé, circonscrire dans des limites fixes et ramener à un certain nombre de chefs. Pour en faire l'expérience dans la question posée plus haut, divisons en deux parties tout ce qui s'y rat- Uchc; en effet, on doit la rapporter soit à nous, qui sommes capables de connoître, soit aux choses mêmes qui peuvent être connues. Discutons séparément ces deux points. Et d'abord nous remarquons bien qu'en nous l'intelligence seule est capable de connoître, mais qu'elle peut être aidée ou empêchée par trois autres facultés, qui sont : l'imagination , les sens et la mémoire. Il faut donc voir par ordre en quoi chacune de ces ^acuités peut nous nuire, pour nous en garder ou nous être utile, pour en employer toutes l«^s ressources; ce premier point sera donc complètement traité au moyen d'une énumération suffisante, comme la règle suivante le démontre.

Il faut ensuite passer aux choses mêmes et ne les envisager qu'autant qu'elles sont à la portée de notre intelligence; soui ce rapport, nous les divisons en nmples et en complexes oi composées. Les simples ne peuvent être que spirituelles ou corporelles, ou spirituelles et corporelles à la fois; les composées sont de deux sortes : Tintelligence apprend de l'expérience que les iinei sont Ulles, avant de pouvoir porter sur elles aucun «u-

gement positif; elle compose elle-même les autres, opération 4» sera plus amplement exposée dans la règle douzième , où l'on (léinoiitrera que l'erreur ne peut se trouver que dans les chose» composées par l'intelligence; c'est pourquoi nous divisons encore ces deux dernières en deux espèces : celles qui se déduisent des choses les plus simples et connues par elles-mêmes, nous en traiterons dans le livre suivant; et celles qui en présupposent d'antres que l'f>\périence nous apprend être composées, nous leur consacrerons tout le troisième livre.

Dans tout ce traité nous tâcherons de rechercher avec tant de soin et de rendre si faciles toutes les voies ouvertes à l'homme vers la connoissance de la vérité, que quiconque se sera profondément pénétré de cette méthode , quelle que soit d'ailleurs la médiocrité de son esprit , voie qu'aucune étude ne lui est plus interdite qu'aux autres, et que s'il ignore quelque chose, ce n'est faute ni d'esprit ni de capacité. Mais toutes les fois qu'il appliquera son esprit à la connoissance de quelque chose, ou il y atteindra pleinement, ou il découvrira que la réussite dépend d'une expérience qu'il n'est pas en son pouvoir de faire, et alors i] n'accusera pas son esprit, bien qu il soit forcé de s'arrêter là; ou enfin il démontrera que la chose cherchée surpasse tous les eiïorls de l'esprit humain, et parta.Jt il ne s'en croira pas plus ignorant, parce que ce dernier résultat est une science qui n'est inférieure à aucune autre.

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