RÈGLE XI
Apris iToir considéré iiituitiTem«nf quoique» proposition» simples, si nons u eoaduouâ qnslqui autri, il tst uliU de lés jorcourir touUs par un moBT». msQt oontina de la pensée, de riiéchir à leurs motueU rapporU, et d'ea eencefoir distincUraent à la fois le i>lus grand nombre posaible; car e'est ainsi que notre science acquiert l>Macoap plis de MrUtade, tt Mtrt esprit beaucoup ploa d'étendue.
Ceit ici l'occasion d'exposer plut clairement ce que nous avons déjà dit de l'intuiUon aux règles troisième et septième. Dans l'une nous l'avons opposée à la déductioD; dans l'autre seulement à l'énuraération, que nous avons définie une collection de conséquences tirées de plusieurs choses séparées, tandis que nous avons dit que la simple opération de déduire um cIkm d'une autrt se fàisoit par l'intuition.
Il a dû en être ainsi, parce que nous exigeons deoi ooDditioni pour l'intuition, savoir : que la proposition soit claira et diitincU, et qu'on la comprenne tout entière à la fois et non successivement La déduction, au contraire, ai nous en examinons la formation comme dans la régie troisième, ne paroît pas s'opérer tout entière à la fois ; mais ail* implique un certain mouvement de notre esprit inférant une choee d'une autre; aua avons- noua eu raison de la distinguer da l'intuition. Mais ai nous la considérons comme faîte, d'après ca que nous avctu dit à la règle septième, elle ne désigne ploa aucun mouvement mais le terme d'un mouvement; c'est pour cela que nous supposons la voii par intuition quand elle est simple et claire, mais mm quand elle est multiple et enveloppée; mus faii avons alors donné le nom d'énumération ou d'indvctiMi, parce qu'elle nt fMt Kra Mmpiiaa toul «miènà k toiê fu l'istêUisanot^ tt
PO0H LA DIl!!5CT:0!f DE l*BSPRIT 33^
que sa certitude dépend en quelque sorte de la inémoire, qm doit retenir les jugements portés sur chacune des parties de l'énuméralion, pour tirer de tous ces jugements un jugement anique.
Toutes ces distinctions étaient nécessaires pour Kapplication de cette règle; la neuvième a traité de l'intuition, la dixième de rénume^ration; celle-ci explique de quelle manière ces deux opérations s'aident et se complètent mutuellement, au point de paroitre se confondre en une seule, en vertu d'un certain mouvement par lequel la pensée considère avec attention chaque objel et passe en même temps à un autre.
Cette marche présente le double avantage de nous faire connoître avec plus de certitude la conclusion que nous cherchons. et de rendre notre esprit plus apte à en découvrir d'autres ; cai h mémoire , dont nous avons dit que dépend la certitude des conclusions trop complexes pour être embrassées par une seule intuition, la mémoire étant fuj^itive et foible doit être renouvelée et raffermie par ce mouvement continu et répété de la pensée; comme, par exemple, si par plusieurs opérations je découvre d'abord quel rapport existe entre une première et une seconde gran.leur, puis entre la seconde et une troisième, puis entre la troisième et une quatrième, et enfin entre la quatrième et une cinquième, je ne vois pas pour cela que. rapport existe entre la première et la cinquième, et je ne puis le déduire des rapports déjà connus si je ne me les rappelle tous; c'est pourquoi il m'est nécessaire de les parcourir de nouveau dans ma pensée, jusqu'à ce que je passe du premier au dernier assez rapidement pour paroître, presque sans le secours de la mémoire, en embrasser toute la suite d'une seule intuition.
Il n'est personne qui ne voie que cette méthode remédie à la lenteur de l'esprit et en augmente l'étendue. Il faut remarquer en outre que la plus grande utilité de cette règle consiste en ce que, à force de réfléchir à la dépendance mutuelle des proposilions simples, nous acquérons l'habitude de distinguer sur-le-
338 RÈOLia
chimp quelles sont les choses plus ou moini relatives, tt paf quels degrés on l«s ramène à l'ibsolu. Si, par ciemple, je parîours quelques grandeurs en proportion continue, je considérerai que l'est par une conception pareille, et ni plus ni moini licile, que je mconnois le rapport de la première à la deuxième, de la deuxième à la troisième, de il troisième à la quatrième, tl ainsi de suite, Undis que je ne puis concevoir avec la même facilité dans ^clîe dépendance est la seconde à l'égard de la pm- 'nière et de ta troisième à la fois, et qu'il m'est encore betacoup plus difficile de concevoir dans quelle dépendance est la seconde à Tégard de la première et de la quatrième, et ainsi des autres. Par là j'arrive à comprendre pourquoi, si on ne me donne que la première et it seconde, je puis facilement trouver à troisième, la quatrième et les autres, parce que cela se fait au moyen de conceptions ptrticuUères et distinctes; mais si on ne me donne que la première et la troisième, je ne reconnoltral pu ii facilement la moyenne, cela ne se pouvant que par une conception qui embrasse à la fois les deux grandeurs données. Si on ne me donne que la première et la quatrième, encore plus difficilement pourrai-je trouver les deux moyennes, parce qu'il faut embrasser à la fois trois conceptions. Conséquemmcnt, Il paroltroit plus difficile encore , étant données la première et la cinquième grandeur, de découvrir les trois moyennes; mais il y i une autre raison pour qu'il en arrive autrement : c'est que, bien que dans ce dernier exemple U y ait quatre concepaoïis jointes ensemble, on peut néanmoins les séparer, puisque le nombre quatre se divise par un autre nombre. Ainsi je peux cherclier d'abord U troisième grandeur au moyen de la première et de la cinquième; puis la seconde au moyen de la première et de la troisième, et ainsi de suite. Celui qui s'est accoutumé à réfléchir sur ces matières et autres semblables, toutes les fois qu'il examine une question nouvelle, rcconnoît aussitôt U cause 4e la difûculU qu'elle renferme et le mode le plus simple pour k résoudre, oe fui est du plus graad secours dans U recberciM di la vérité.
>0!îR LA DIRICTION Dl L'UFRIT
BÈGLE XII
iSûfll u hnt employer tontes les re.sourc. <!• l'.nfllig«e#, d« rim«fe..uat:on, «e. «ti^s et ri« la mémoirt, soit pour atoir nm intuitiou distinct* de. prop... •it|MM s.mplM, soit ponr comparer oonTtnal^l.meiit ce qri'on cherche avec ce îo on connoît, afl„ de le découvrir par ce moyen, wit encore ponr -ronref Iw chose, qui demandent à être am« comparée! entre elles; en «n moi il but ne négliger aucui des moyens qui sont an pouToir de l'homme.
Cette règle renferme tout ce qui a été dit plus ham, et démontre en générai ce qui devoit êtie expliqué en particulier.
Pour arriver à connoître, il n'y a que deux choses à considérer ; nous (|ui connoissons, et les objets qui doivent être counus. 11 n'y a en nous que quatre facultés propres à cet usage, «voir : rintelligence, l'imagination, les sens et la mémoire. L'intelligence seule peut percevoir la vérité; elle doit cependant s'ai.ler de l'imagination, des sens et de la mémoire, pour ne laisser inutile aucun de nos moyens. Quant aux objets, il suffit de considérer trois choses : d'abord ce qui se présente spontanément à nous, puis comment on peut coimoUre une chose par une autre, et enfin quelles déductions on peut tirer de chaque chose. Cette énumération me paroU être complète, et ne rien omettre de tout ce que les facultés humaines peuvent atteindre. M'arrêUnt donc sur le premier point, je voudrois exposer ici ce que c'est que l'esprit de 1 homme, ce que c'est que le corps comment l'un est formé par l'autre ; quelles sont, dans ce tout composé, les facultés qui servent à l'acquisition des connoissances, et ce que sont chacune d'elles ; mais ce chapitre me paroît trop resserré pour contenir tous les préliminaires qu'il faut émettre avant que la vérité de ces choses puisse être évidente aux yeux de tous; car je désire écrire toujours de manière à n'affirmer rien sur les questions controversées si je n'ai préalablement exposé les raisons qui m'ont conduit à mon opinion, et par If si.uelles je pense que les autres aussi peuvent être persuadés. Mais puisque l'espace me manque, U me suffira d'cxpliquei
iî'
340 RÈÔLËS
le plus brièvement possible quelle manière de concevoir toutei celles de nos facultés qui sont propres à l'acquisition des connoissances est la plus utile à mon dessein. Vous êtes libre de ne pas croire que les choses soient ainsi ; mais qui empêche que vous n'adoptiez les mêmes suppositions , s*il est évident qu'elles n'altèrent en rien la vérité^ mais qu'elles rendent seulement tout plus clair T C'est ainsi qu'en géométrie vous faites sur une quantité des suppositions qui n'infirment en rien la force des démonstrations, quoique souvent en physique vous ayez une autre idée de la nature de cette quantité.
11 faut donc concevoir d'abord que tous les sens externes, en tant qu'ils font partie du corps, bien que nous les appliquions aux objets par une action, c'est-à-dire par un mouvement local, ne sentent proprement que passivement, de It même manière que la cire reçoit l'empreinte d'un cachet ; et il ne faut pas croire que cela soit dît par analogie, mais il faut comprendre que la forme extérieure du corps qui sent est réellement modifiée par l'objet, de la même manière que la superficie de la cire est modifiée par le cachet ; et cette modification n'a pas lieu seulement lorsque nous touchons un corps qui a une forme, et qui est dur et âpre, mais encore lorsque par le tact nous avons la perception de la chaleur ou du froid. Ainsi des autres sens : la première partie de l'œil, celle qui est opaque, reçoit la figure qu'y imprime le rayon lumineux revêtu de diverses couleurs ; et la peau des oreilles, des narines et de la langue, d'abord impénétrable à l'objet, emprunte aussi une ligure nouvelle du son, de l'odeur et de la saveur.
Concevoir ainsi toutes ces choses aide beaucoup, puisque rien ne tombe plus parfaitement sous les sens qu'une figure ; car on la touche et on la voit, et de cette supposition, pas plus que de toute autre, il ne résulte rien d'erroné ; la preuve en est que la conception d'une figure est si commune et si simple qu'elle est renfermée dans tout objet sensible. Supposez, par exemple, que la couleur ^oit tout ce qu'il vous plaira, cependant vous ne Bières pas qu'elle ne soit quelque chose d'étendu et par consé-
PODB LA DIRECTION DB l'ESPBIT 34|
quenl de flguré. Or, quel seroit l'inconTénient, pour n'admettre
leur, n a.s de ne la considérer quen tant que figurée et d. o^ncevo. la différence qui existe entie le LncfTble .
NKM\
On en peut dire autant de toutes choses, puisqu'il est certain que la nmltitude inlinie des figures suffi, pour exprimer iLÏ lérences des objets sensibles.
En second lieu, il faut concevoir que, Undis que le sens ex terne est mis en mouvement par l'objet, la ligure qu'il recoi, est transportée vers une autre part., lu corps appelée le L commun, et cela dans le même instant et sans quaucu» «tre passe réellement dun point à un autre ; entièrement de la même m»n,ere que maintenant, tandis que j'écris, je comprends qu'au mémo mstant où chaque caractère est tracé sur le papier „„„ seule„.ent la partie inférieur de ma plume «,. en mouvemem ma,s encore qu'elle ne peut nK^voir le moindre monv m m sans qu .1 se communique en même temps à toute la plumH que la parue supérieure de la plume décrit en l'air les mêmes .nouvements que la partie inférieure, bien que je conçoive «ue nen de réel ne passe d'une extrémité à l'autre Or, ZZ croire qu .1 y ait moins de connexion entn, les partie; du Zl l.«.nam qu'entre celles d'une plume, et que plurroit-on Ï giner de plu, simple pour exprimer cette connexion î
.u Ï»'*".^'''*"" ""'' '"""''"' ''"« '« «"^ «"".mun agit .un imagination comme le cachet sur la cire, et qu'il y i„,prim. les h,uies ou m, qui nous viennent pures et iLylrZZ
in
342 RBOLKS
wni externes; que cette imagination est nne TtritaMe partie (h iwps, et d'une grandeur telle que ses diverses p.irties peuvent i-evêtir plusieurs figures distinctes l'une de l'autre, et qu'habituellement elles les gardent longtemps ; et alors c'est ce qu'on nomme la mémoire.
En quatrième lieu, il faut concevoir que la force motrice ou que les nerfs eux-mêmes prennent naissance dans le cerveau, oA M trouve l'imagination, qui les meut de mille sortes, comme le sens externe meut le sens commun, ou comme la partie inférieure de la plume meut la plume tout entière. Cet exemple nous montre encore comment l'imagination peut être la cause d'un grand nombre de mouvements dans les nerfs, sans que les images en soient empreintes en elle , pourvu toutefois qu'elle renferme certaines autres images dont ces mouvements puissent être la suite ; en effet, toute la plume n'est pas mue comme sa parti* inférieure, bien plus, elle paroitdans sa partie supérieure suivre un mouvement tout à fait contraire. On comprend par là comment peuvent avoir lieu tous les mouvements des autrei animaux, quoiqu'on n'admette en eux aucune connoissance dei ihoses, mais seulement une imagination purement corporelle; et aussi comment se fout en nous-mêmes toutes ces opéialion* que nous percevons sans le concours de la raison.
Onquièmement enlin, il faut concevoir que celte force par laquelle nous cuunoissuns proprement les clioses est purement spirituelle, et n'est pas moins distincte de tout le corps que le sang des os ou la main de l'oeil, et qu'elle est une, soit que de concert avec l'imagination elle reçoive les figures que lui envoie le sens commun, soit qu'elle s'applique à celles que garde la mémoire, soit qu'elle en forme de nouvelles qui s'emparent tellement de l'imagination que souvent elle ne suffit pas k recevoir en même temps les idées que lui apporte le sens commun, ou à les transmettre à la force motrice, selon le mode convenable de dispensation. Dans tous ces cas, la force qui connott est parfois passive «t parfois active ; tantdt c'est le cachet, tantôt c'est la ■N au'dtti iaii* ; oompaiaiaon ftt'il faut néuimoius ne |ir«adr«
fODR LA DIBKCTION DE L'ESPRIT m
W que .omme une simple analogie, car dans les cho es corno. « le on ne trouve rien qui soi, entièrement semi:a„ " TZ f cullé Ce nés, qu'une seule et môme force qui si eL s'il pl-que de concert avec l'imaginaUon au se„. ciur Î di !' voir, toucher, etc. ; si elle s'applique à l'imagi, Z'seu e e„ tant que cette dernière es. revêtue de figures divers es, L
Si e. agit l: : ;;;: ; :«- ss^Ài^ùr-
guea.en. en son lieu comment se produit cetÏ eS,. ':;Ïr Uon. Auss, la force dont nous parlons se no.nme.t-elle à Ï de ces fonctions diverses : iuleliiKence nnr. 7 *"
moire, sens. .I,e se -ommepi XuS, ZdT; ""■ .nouvelle, idées dans l'imagiLtion, ou^d .;;:;:
à ceUe, qu, jr sont déjà formées, et que nous la cotSl, comme apte à œs différentes opérations • il rZ^li , -ite. observer ,a distincUon de 1 no.ns. To te et lÏÏ: ! fois conçues de la sorte, le lecteur attentif jugera M men quds sont les secout. qu'il doit attendre de cl aJune de 1 . cultes, et lusqu'où l'art peut s'étendre pour supull ! T manque à l'esprit de l'homme. ^^ ' " "ï"'
Car comme l'intelligence peu, être mue par l'imaginalion ,.,. .u contraire agir sur elle ; que de mê.ne l'imaginât în^ .ur es .ns par la force motrice, en les appliqï 3,?" et que les sens, à leur tour, peuvent agir sur Hmagination en J P«gna„. .es images des corps; comme en outre a S celle au mo.ns qui est corporelle et semblable à celle des M^' »>ste„ nen disUnCe de l'ia.agination, i, suit de U qu si"î' Wl.genc. .'occupe d'objets qui n'aient rien de cor!o«l J 1 ^mblable au corps, elle ne peu. être aidée par ce, Cl S ' même pour qu'elle ne soi. pas empêchée par elles, 0 fa . ^ . ««sens et dépouiller, autant que possible, l'imaginatiTde ^ute .mpre^ion disUncte. Mais si l'inte.ligen; se pro^ d-« mmer une choee que l'on pui«e rapporter au corp,,X d." > .mag.„«.o„ qu'eu. .'« doit former l'idée la pluJî^ '^
RÈQLES
siWe. Pour rendre cette tâche plus facile , il ft^ut montrer aux sens externes la chose même que cette idée représente. La pluralité des objets ne peut faciliter pour Tintelligence l'intuition distincte de chaque objet; mais pour extraire quelque individu de cette pluralité, ce qu'il faut souvent faire, on doit retrancher des idées qu'on a sur les choses tuut ce qui n'exige pas présentement l'attention, afin que la mémoire puisse retenir plus facilement le reste ; et de la même manière , il ne faut pas alors présenter les choses mêmes aux sens externes, mais en offrir seulement des figures abrégôes, pourvu qu'elles suffisent à nous garder de Terreur ; plus elles sont courtes, meilleures elles sont. Quiconque observera bien tous ces préceptes n'omettra rien, je crois, de tout ce qui se rattache à la première partie de la question qui nous occupe.
Passons à Texamen de la seconde partie, et distinguons avec soin les notions des choses simples des notions que l'on peut avoir sur les choses composées ; voyons quelles sont celles où l'erreur peut être, pour nous en garder, et quelles sont celles dont nous pouvons avoir une connoissance certaine, pour nous attacher à elles seules. Ici, comme dans nos études précédentes, il faut admettre certaines propositions dont peut-être tout le monde ne convient pas; mais peu importe qu'on ne les croie pas plus vraies que les cercles imaginaires dans lesquels les astronomes tracent leurs phénomènes, pourvu que, par leurs secours, on distingue de quels objets on peut avoir une connoissance vraie ou fausse.
Nous disons donc premièrement que ces choses doivent être considérées autrement quand nous les examinons par rapport à notre intelligence que lorsque nous en parlons par rapport à leur existence réelle. Considérons, par exemple, quel(|ue coi ph étendu et figuré ; nous avouerons bien que c'est en soi-même quelque chose d'un et de simple ; car dans ce lens on ne pourroit le dir€ composé de la corporéité, de l'étendue et de la figure, ces parties n'ayant jamais existé distinctes Tune de l'autre ; mais par rapport à notre intelligence, nous appelons ce corps un composé de
î»ODR LA DIRECTION DE L'ESPRIT 345
ces trois natures, parce que nous avons perçu chacune d'elles séparément avant d'avoir pu juger qu'elles s<; trouvent tontes trois réunifis dans un seul et même sujet. Ainsi, ne traitant ici des choses qu'autant qu'elles sont perçues par l'intelligence, nous n'appelons simples que celles dont la connoissance est si claire et si distincte que l'esprit ne les puisse diviser en un plus giand nombre dont la connoissance soit encore plus distincte : telles sont la figure, l'étendue, le mouvement, etc. ; et toutes les autres, nous les concevons comme étant en quelque sorte composées de celles-ci ; ce qui doit s'entendre d'une manière si générale que nous n'exceptions pas même les choses que nous absUiyons parfois des choses simples, comme il arrive quand nous disons que la figure est la limite de l'étendue, concevant par limite quelque chose de plus général que la figure, parce qu'on peut dire la limite de la durée, du mouvement, etc. Car alors, bien que la noUon de limite soit abstraite de la notion de figure, elle ne doit pas néanmoins paroître plus simple que celieci ; mais plutôt, comme on l'attribue en outre à d'autres choses essenUellement diflérentes de la figure, telles que la durée, le mouvement, etc., U a fallu l'abstraire aussi de ces choses | ei ccnséquemment, c'est un composé de plusieurs natures entièrement diverses, auxquelles elle ne s'applique qiie par équivoque. En second lieu, les choses que nous appelons simples, par rapport à notre intelligence, sont ou purement intellectuelles, ou purement matérielles, ou communes. Sont purement intellectuelles les choses que l'intelligence connolt par une lumière innée et sans le secours d'aucune image corporelle ; car il en existe certainement quelques-unes de ce genre; et il nous est impossible d'imaginer aucune idée corporelle qui nous représente ce que c'est que la connoissance, le doute, l'ignorance, l'action de la volonté, qu'on me permettra d'appeler volition, et autres choses semblables, que cependant nous connoissons réel- ■ lement et si facilement qu'il nous suffit pour cela d'être doués de raison. Sont purement matérielles les choses qu'on ne connoît que dans les corps, comme la figure, l'étendue, le mouve-
tl
tm''
t4ê RÈGLES
menl, etc. Enûii il faut nom mer communes celles qui s'appliquent indii^tinclement soit aux choses matérielles, soit aux spiriluelles, comme l'existence, la durée, l'unité et autres semblables. A cette dusse doivent être rattachées ces notions communes qui sont comme de certiiins liens pour joindre entre elles différentes natures simples, et sur l évidence desquelles repose toute conclusion : par exemple, cette proposition : Deux choses égales à une troisième sont égales entre elles ; et cette autre : Deux choses qui ne peuvera être rapportées de la même manière à une troisième ont aussi entre elles quelque différence, etc. ; or, ces notions communes peuvent être connues ou par Tintelligence pure, ou par lintelligence examinant intuitiveuient Timage des objets matériels.
Au nombre des natures simples il convient encore de compter leur privation et leur néf^ation, en Unt que nous les comprenons, parce que la connoissance qui me fait voir ce que c'est que le néant, l'instant, le repos n'est pas moins vraie que celle qui me fait comprendre ce que c'est que l'existence, la durée, le mouvement. Cette manière de concevoir nous aidera dans la suite à pouvoir dire que toutes les autres choses que nous connoîtfons sont composées de ces natures simples; comme si je juge qu'une figure n'est point en mouvement, je dirai que ma pensé* est en quelque sorte composée de la figure et du repos^ et ainsi des autres.
Nous disons, en troisième lieu, que ces natures simples sont toutes connues par elle.>-mêmes et ne contiennent rien de faux ; ce que nous varrons facilenjent si nous distinguons cette faculté par laquelle l'intelligence voit et connolt les choses, de la faculté par laquelle elle juge affirmativement ou négaUvement. Car il peut arriver que les choses que nous connoissons réellement, nous pensions les ignorer ; connne, par exemple, si nous soupçonnons qu'il y a en elles, outie ce que nous voyons et ce que nous atteignons par la pensée, quelque chose qui nous est caché, et que notre soupçon ne soit pas fondé. Il est donc évident que Dous nous trompons si nous jugeons ne paa conooltrt tout t d-
>OCR LA 9I1I0TI0M Dl L'BIFRIT 347
fiera quelqu'une de ces natures simples ; car si notre esprit acquiert la moindre notion sur elle, ce qui est absolument nécessaire, puisqu'on suppose que nous portons sur elle un jugement quelconque, il faut conclure de cela même que nous la connoissons tout entière ; car autrement on ne pourroit pas dire qu'elle •st simple, mais composée de ce que nous en percevons et de ce que nous croyons en ignorer.
Nous disons, en quatrième lieu, que la liaison des choses simples entre elles est ou nécessaire ou contingente. Elle est nécessaire quand une chose est mêlée si intimement à une autre que nous ne pouvons concevoir distinctement Tune des deux si nous les voyons séparées l'une de Tautre; c'est ainsi que la ligure est unie à l'étendue, le mouvement à la durée ou au temps, etc., parce qu'il est impossible de concevoir la figure privée d'étendue et la mouvement privé de durée ; ainsi encore, si je dis : Quatre et trois font sept, la liaison des éléments qui composent ce dernier nombre est nécessaire, car nous ne concevons pas distinctamant le nombre sept sans y renfermer d'une manière confuse le nombre trois et le nombre quatre. Par la même raison, tout ce qui est démontré sur les figures ou sur les nombres est nécessairement lié à la chose sur laquelle porte l'aflirmation. Cette liaison nécessaire ne se trouve pas seulement dans les choses sensibles; si, par exemple, Socrate dit qu'il doute de tout, la conciusioi. de ces paroles est nécessairement : 11 comprend donc au moins qu'il doute ; et encore : Donc il sait qu'il y a quelque chose de vrai ou de faux, etc. Car ces conclusions sont nécessairement liées à la nature du doute. La liaison est contingenta ffuand les choses ne sont point liées entre elles d'une maniera inséparable, comme lorsque nous disons * Le corps est animé, l'homme est vêtu, etc. Il y a encore un graiid nombre de propositions eiitr^ lesquelles règne souvent une liaison nécessaire, et que pourtant la plupart comptent parmi les contingentes, paroa qu'ils n'en remarquent pas la relation; comme cette proposition : i« suis, donc Dieu est ; at cetta autre : Je comprends, donc j'ai ui asprit distinct da non oorpi» aie. Enfin il faut notar qu'il aat
un grand nombre de propositions nécessaires, qui, renversées, sont contingentes; ainsi, par exemple, bien que de mon exis-' tence je conclue avec certitude l'existence de Dieu , cependant de ce que Dieu est, je ne puis affirmer que j'existe.
Wous disons, en cinquième lieu, que nous ne pouvons rien comprendre au delà de ces natures simples et des natures composées qui s'en forment; souvent même il est plus facile d'en c xaminer à la fois plusieurs jointes ensemble que d'en séparer une des autres. Ainsi, par exemple, je puis connoître un tiiangle, bien que jamaig je n'aie remarqué que dans cette connoissance se trouve contenue celle de l'angle, de la ligne, du nom bre trois, de la figure, de l'étendue, etc., ce qui cependant n'em|»è€lie pas que nous ne disions que la nature du triangle est composée de toutes ces natures, et qu'elles sont mieux connues que ce triangle, puisque ce sont elles-mêmes que l'on comprend en lui. Dans le même triangle, en outre, sont peutêtre renfermées beaucoup d'autres choses qui nous échappent, comme la grandeur des angles, lesquels sont égaux à deux droits, et les np|.orts innombrables qui existent entre les cAtéa et les angles, ou la capacité de l'aire, etc.
Nous disons, en sixième lieu, que les natures que noub ai»pe- /ons composées nous sont connues, soit parce que l'expérience nous montre qu'elles sont telles, soit parce que nous les composons nous-mêmes. Nous connoissons par expérience tout ce que nous percevons par les sons, tout ce que nous apprenons des autres, et généralement tout ce qui arrive à notre entendement, soit du dehors, soit de la contemplation de l'entendement par lui-même. 11 faut noter ici que renferidement ne peut être trompé par aucune expérience s'il se borne à lintuition précise de l'objet tel qu'il le possède, soit en lui-même, soit dans l'imagination; si de plus il ne croit pas que l'imagination représente fidèlement les objets des sens, et que les sens revêtent lai figures véritables des choses, et enfin que les objels eil^rkur s sont toujours tels qu'ils nous apparoissent, car dana Umm <>« choses nous sommes sujeU à l'erreur, comme, p«i *Xâ*«j)i^
iorsiju'on nous raconte une fable et que nous croyons que la chose a eu lieu, ou lorsque, attaqués de la jaunisse, nous voyons tout en jaune parce que nous avons les yeux de cette couleur ou enfin lorsque, pris de mélancolie, nous regar.lons comme dei réalités les fantômes de notre imagif.ation blessée. Mais ces mêmes choses ne tromperons pas l'intelligence du sage parce que tout en reconnoissant que ce qu'il recevra de l'imagination y a été empreint réellement, néanmoins il n'affirmera jamai. que l'image est venue tout entière et sans altération des objets extérieurs aux sens, et des sens à l'imagination, avant de s'en être assuré par quelque autre moyen. Nous composons nousmêmes les objets que nous comprenons, toutes les lois que nous croyons qu'il y a en eux quelque chose que sans aucune expénence notre esprit perçoit immédiatement; ainsi,quand l'homme attaqué de la jaunisse se persuade que ce qu'il voit est jaune sa pensée est composée de ce que son imagination lui représente' et de ce qu'il tire de lui-même, savoir : que tout lui paroît jaune, non par un défaut de son œil, mais parce que les choses qu'il voit sont réellement jaunes. D'où il faut conclure (jue nous ne pouvons être trompés que lorsque nous composons nousmêmes les notions que nous admettons.
Nous disons, en septième lieu, que cette composition peut se faire de trois manières: par impulsion, par conjecture ou par déducUon. Ceux-là composent par impulsion leurs jugements lur les choses, qui se portent d'eux-mêmes à croire quelque chose sans être persuadés par aucune raison, mais déterminés seulement soit par quelque puissance supérieure, soit par leur libre volonté, soit par une disposition de leur im.igifiation. Le premier moteur ne trompe jamais, le second rangent, le troisième presque toujours; mais le premier n'appartient' pas à ce traité, parce qu'il ne tombe passons les règles de l'art. La composition se fait par conjecture quand, de ce que l'eau, plus éloignée du centre que la terre, est aussi d'une substance plus ténue, et de ce que l'air, plus élevé que l'eau, est aussi moins dur, noua conjecturons qu'au-dessus de l'air il n'y a rien qu'unt
M* it«Lii
Kibsttnc* ëlhérée, très-pure, et beaucoup plus ténue que Tiii lui-même, etc. Les notions que nous composons de cette manière ne nous trompent pas, il est vrai, pounru toutefois que nous ne les regardions que comme des probabilités, et que jamais nous n'affirmions qu'elles sont justes; mais aussi elles ne nous font pas plus savants.
Il ne reste donc que Tinduction par laquelle nous puissions composer des notions sur la justesse desquelles nous n'ayons aucun doute; et ce pendant elle peut être défectueuse sous plus d'un rapport; comme il arrive, par exemple, quand, de ce qu'il n'y a rien dans l'espace de l'air que nous puissions percevoir par la vue, le Uct ou tout auUe sens, nous concluons que cet espace est vide, joignant mal à propos la nature du vide à celle de l'espace. Or, il en est ainsi toutes les fois que, d'une chose particulière ou contingente, nous croyons pouvoir déduire quelque chose de général et de nécessaire. Mais il est en notre pouvoir d'éviter cette erreur; c'est de ne jamais joindre plusieurs choses entre elles sans avoir reconnu que leur liaison est entièrement nécessaire; comme, par exemple, quand nous concluons de ce que la figure est nécessairement liée à l'étendue, que rien ne peut être figuré qui ne soit étendu, etc., etc.
De tout cela il résulte premièrement que noui a?oni exposé clairement, et je pense par une énumération suffisante, ce que d'abord nous n'avions pu démontrer que confusément et sans art, savoir : qu'il n'y a d'autres voies ouvertes à l'homme pour arriver à la "onnoissance certaine de la vérité que l'iiituitiott évidente et la déduction nécessaire; et, de plus, ce que sont cet natures simples dont nous avions parié dans la règle hnirième. Il est évident que l'intuition s'applique, et à ces natures et aux liaisons nécessaires qui les unissent entre elles, et enfin à toutes les autre» choscf que rentendement trouve par uneeipérieiue précise, soit en lui-même, soit dans l'imagination Quant à la dé»!uction, nous tm traiterons plus au long dans les règles suivantes.
Il en résulte secondement qu'il ne faut se donner aucune peine pour connoitre 1m nilurei ainples» parce qu'elles aon^
POOfl LA DIRICTION Dl L'IgpRlt dgf
•sseï connues par elles-mêmes; mais qu'il faut s'appliquer seulement à les distinguer les unes des autres et à les consi-!érer avec attention chacune séparément. Car il n'est personne d'un •«prrt asseï obtus pour ne pas concevoir que, lorsqu'il est assis 1 diffère en quelque chose de lui-même lorsqu'il est debout' Ma.s tous n'éUblis«ent pas une distinction aussi nette entre la nature de la position et le reste de ce qui se trouve contenu dans cette pen^; tous enfin ne peuvent affirmer que la seule différence est le changement de la position. Et ce n'est pas inutilement que nous en faisons ici la remarque, pnrce que le. M^anu sont d'habitude assez ingénieux pour trouver le moyen de se rendre aveugles, même dans les choses qui sont évidentes par elles-mêmes et que savent les ignorants; c'est ce qui leur amve toutes les fois qu'ils tentent d'exposer par quelque chose de p us évident des choses connues par elles-mêmes. En effet, ou Ils expliquent autre chose, ou ils n'expliquent rien du toutcir quine conçoit pas parfaitement le changement quelcon^iué qm s opère lorsque nous changeons de lieu, et quel est celui qui concevra la même chose si on lui dit : U lieu est la superL du con>s ambiant, puisque cette superficie peut changer, moi demeurant immobile et ne changeant pas de place, ou, au contraire, se mouvoir avec moi, de telle sorte que, bien qu'entouré par la même superficie, je ne sois cependant plus dans le même Ueu? Ne vous paroissent-Ui pas proférer des paroles magiques qui ont une vertu occulte tt au-dessus de la portée de l'esprit humain, ceux qui disent que le mouvement, chose connue de tout le monde, est CacU dune puissance, en tant qu'elU «g puissance? Car qui comprend ces mots ? Quel homme ignore et que c est que le mouvement, et qui n'avoue pas que ces philoaophes ont cherché un ncwid sur un brin de jonc?
Disons donc qu'il ne faut expliquer par aucune définition les choses de cette nature, dans la crainte de prendre le simple pour le composé; mais qu'a faut stoiement les séparer de toutes les •utres et lea examiner tour à tour tf te soin, selon les lumièrei «• son esprit.
Il résulte troisième ment que toute science humaine consiste seulement à voir distinctement comment ces natures simpU^s concourent ensemble à la composition des autres choses, remarque très-utile à faire; car toutes les fois qu'on propose quelque difticnité à examiner, la plupart s'arrêtent sur le seuil, incertains à quelles pensées ils doivent livrer leur esprit, et {)ersuadés qu'il leur faut chercher quelque nouvelle espèce d'être qui leur est inconnue. Que, par exemple, on leur demande qutille est la nature de l'aimant : aussitôt, augurant que la chose est difficile et ardue, ils éloignent leur esprit de tout ce qui est évident pour l'appliquer à ce qu'il y a de plus difficile, et, errant çà et là dans l'espace vide des causes, ils regardent si par hasard ils n'y trouveront pas quelque chose de nouveau. Mais celui qui pense qu'on ne peut rien connoltre dans l'aimant qui ne soit composé de certaines natures simples et connues par ellesmêmes, sûr de ce qu'il doit faire, rassemble d'abord avec soin toutes les expériences qu'il peut avoir sur cette pierre ; puis il tâche d'en déduire quel doit être le mélange nécessaire de natures simples pour produire tous les elTets qu'il a reconnus dans l'aimant. Ce mélange une fois trouvé, il peut affirmer hardiment qu'il a découvert la véritable nature de l'aimant, autant que riiomme peut la trouver au moyen des expériences duimées.
Enfin, il résulte quatrièmement de ce que nous avoos dit qu'aucune connoissance ne doit être regardée comme plus obscure qu'une autre, puisqu elles sont toutes de la même nature et consistent dans la seule composition des choses connues par elles-mêmes, ce que personne ne remarque; mais prévenus de l'opinion contraire, les plus présomptueux se permettent de donner leurs propres conjectures comme des démonstrations réelles, et dans les choses qu'ils ignorent entièrement ils s'imaginent voir, comme à travers un nuage, des vérités souvent obscures qu'ils ne craignent pas de mettre en avant, enveloppant leurs conceptions de certaines paroles à l'aide /'quelles ik ont coutume de discourir longtemps et avec suite jais que réellement ni •ux-mêmes ni leurs auditeurs ne comprenneoU
Quant aux plus modestes, il est un grand nombre de questions faciles et très-importantes pour la vie que souvent ils s'abstiennent d'examiner, pai' la seule raison qu'ils les croient au-dessus de leur portée, et comme ils pensent qu'elles peuvent être comprises par de plus grands esprits, ils embrassent les opinions de ceux dans l'autorité desquels ils ont le plus de confiance.
Nous disons, en huitième lieu, qu'on ne peut déduire que les clioses des paroles, la cause de l'effet, l'effet de la cause le même du même, les parties ou le tout lui-même des parties. {Le reste mangue.)
Au reste, pour que personne ne perde de vue l'encliaîr.emenl de nos préceptes, nous divisons tout ce qui peut être connu en propositions simples et en questions. Pour les propositions simples nous ne donnons pas d'autres préceptes que ceux qui préparenî 1 entendement à voir un objet quelconque plus distinctement •t à I étudier avec plus de sagacité, parce que ces propositions doivent se présenter d'elles-mêmes et ne peuvent être cherchées; c'est là l'objet de nos douze premières règles, dans lesquelles nous croyons avoir montré tout ce qui, selon nous peut faciUter de quelque manière l'usage de la raison. Parmi Im questions, les unes se comprennent parfaitement quoique la solution en soit ignorée : nous ne traiterons que de celles-là dans les douze règles suivantes; les autres enfln ne se comprennent pas parfaitement : nous les réservons pour douze autres règles. Cette division n'a pas été faite sans dessein; nous l'avons établie, tant pour nêlre pas contraint de rien dire qui présupposât la connoissance de ce qui suit, que pour enseigner d'abord ce que nous regardions comme préalablement nécessaire à étudier pour la culture de l'esprit. Il faut noter que, parmi les questions qui se comprennent parfaitement, nous ne posons que telles où nous percevons distinctement ces trois choses, savoir • à quels sigi.es ce qu'on cherche peut-il être reconnu lorsqu'il le présente T de quoi devons-nous précisément le déduire et comment faut-il prouver que ces deux choses dépendent teV
lËGLES
ment Tune de l'autre que l'une ne peut changer quand Tautr^ ne change pas? De la sorte nous aurons toutes nos prémisses, et il ne nous restera plus qu'à enseigner la manière de trouver la conclusion, manière qui consiste non pas à déduire une chose quelconque d'une chose simple (car nous avous déjà dit que cela pouYoit se faire sans préceptes), mais à dégager avec tant d'art une chose dépendant de beaucoup d'autres mêlées ensemble qu'en aucun cas il ne soit besoin d'une plus grande capacité d'esprit que pour la plus simple conclusion. Comme de semblables questions sont abstraites pour la plupart et ne se rencontrent guère que dans l'aritlimétique ou dans la géométrie, elles paraîtront peu utiles à ceux qui ne connoissent point ces sciences; je les avertis néanmoins qu'il faut s'appliquer et s'exercer lonf;temps à apprendre cette méthode si l'on désire posséder parfaitement la partie suivante de ce traité, dans laqutUe I3as nous occuperons de tuutes les autres questions.
RÈGLE XllI
Onand nous compreDons iiarfaiteiuom uue question, il faut raUtrairt d« touU (■'«•«eptiou supeiflue, la réduire à tes plus simples éléiuents, et b subdiviser «1 taUut de parues po5»ibUo, au mojeu du l'éiiuiuéiaiioD.
Nous imitons les dialecticiens en cela seul que, coiuine (tour •nseigner les formes des syllogismes ils supposent que les termes ou la matière en est connue, de même nous exigeons ici avant tout que la question soit parfaitement comprise ; mais nous ne distinguons pas comme eux deux termes extrêmes et un moyen. Nous considérons la chose tout entière de cette àçon : d'abord dans toute question il y a nécessairement quelque chose d'inconnu, car autrement la question seroit inutile ; secondement, c«t inconnu doit être désigné d'une manière quelconque, autrement nen ne nous détermineroit à chercher telle chose plut^ que telle autre ; troisièmement, il ne peut être désigné que par quelque cltoie àê connu. Tout cela se Uouve même dans le»
POUR LA DIRECTIOM DE L'BSFRIT )5|
questions imparfaites; comme, par exemple, si l'on demande • quelle est la nature de l'aimant? ce que nous entendons par ces deux mots aimant et nature est connu ; c'est ce qui nous détermine à chercher cela plutôt qu'autre chose, etc. Mais de plus, pour que la uuesUon soit parfaite, nous voulons qu'elle soit en ' tièrement déterminée, en sorte que nous ne cherchions rien de plus que ce qui peut se déduire des notions données ; comme, pas exemple, si quelqu'un me dcnjande ce qu'on peut inférei sur la nature de l'aimant, précisément d'après les expériences que Gilbert prétend avoir faites, qu'elles soient vraies ou fausses ; de même si l'on me demande mon avis sur la nature du son] précisément d'après cette donnée que les trois cordes A, B, C,' rendent un son égal, la corde B étant supposée deux fo'is plus grosse que la corde A, mais d'une même longueur et tendue par un poids double, et la corde C n'étant pas plus grosse que la corde A, mais deux fois plus longue et tendue par un poids quatre fois plus lourd, etc. ; on conçoit très-bien, d'après ces exemples, comment toutes les questions imparfaites peuvent être ramenées à des questions parfaites, ainsi que nous l'exposerons plus longuement en son lieu ; on voit en outre de quelle manière il faut observer cette règle pour dégager de toute conception superflue la difticulté bien comprise, pour l'abstraire enfin au point de ne plus penser que nous étudions tel ou tel objet, mais seulement en général des grandeurs à comparer entre elles. Car, par exemple, après que nous nous sommes déterminés à n'examiner que telle ou telle expérience sur l'aimant nous n'avons plus aucune difliculté à éloigner notre pensée de toutes les autres expériences.
Ajoutons qu'il faut simplifier la difficulté le plus possible, d'après les règles cinquième et sixième, et la diviser d'après la règle septième. Si, par exemple, j'examine l'aimant d'après plusieurs expériences, je les parcourrai séparément l'une après • l'autre. De même si j'étudie la nature du son, comme il a été dit plus haut, je comparerai séparément entre elles les cordes À et B, puis A «t C, etc, afin d'tmbrasser ensuite le tout dus une
356 RÊOL£S
énuiiiération suffisante. Ces trois règles sont les seulas que Pintelii^eiice pure doive observer sur toute proposition, avant d'arriver à la dernière solution^ bien qu'elle ait besoin des onze rè* gles suivantes ; la troisième jturtie de ce traité expliquera plui clairement comment il faut accomplir ces diverses opérations. Du reste, nous entendons par questions toutes les choses dans lesquelles on trouve le vrai ou le faux ; or, il en faut énuniérer les ditîérentes sortes pour déterminer ce que nous pouvons faire sur chacune.
Nous avons déjà dit que dans la seule intuition des choses, soit simples, soit composées, il ne peut y avoir d'erreur ; en ce sens ces choses ne s'appellent pas questions, mais elles prennent ce nom aussitôt que nous voulons porter sur elles un jugement déterminé. En eflet, ce ne sont point seulement les deniandci qui nous sont faites par d'autres que nous comptons au nombre des questions ; car c'étoit une question que l'ignorance même, ou plutôt le doute de Socrate, lorsque, s'interrogeant pour la première fois, il se mit à chercher s'il étoit vrai qu'il doutât de tout, et qu'il l'affirma. Or, nous cherchous soit les choses par les mots, soit les causes par les effets, soit les effets par les causes, soit le tout par les parties, soit d'autres parties par une partie, ioit enfin plusieurs choses par tout cela.
Nous disons qu'on cherche les choses par les mots toutes les fois que la difficulté consiste dans l'obscurité du langage ; à cette classe de questions ne se rattachent pas !»e: dénient toutes les énigmes, telles que celles du sphinx sur l'animal qui d'abord est quadrupède, puis bipède et enfin tripède ; et celle des pêcheurs qui, debout sur le rivage avec leurs lignes et leurs hameçons, disoient qu'ils n'avoient plus les poissons qu'ils avoient pris, mais qu'ils avoient, en revanche, ceux qu'ils n'avoient pu prendre, etc. Outre les précédentes, la plupart des questions sur lesquelles les savants disputent sont presque toujours des questions de mots; toutefois il ne faut pas avoir si mauvaise opinion des grands esprits, que de croire qu'ils ont mal conçu les choses toutes les fois qu'ils ne les expliquent jMtt eo termes assez clairs. Par exempie,
fOUR LA filRECÎION ÛE L'ESPRIT 351
(fiand ils appellent lieu la superficie d'un corps ambiant, ils n'ont pas là une idée fausse, mais seulement ils abusent du mot lieu, qui signifie communément cette nature simple et connue par elle-même, à raison de laquelle on dit qu'une chose est ici ou là, et qui consiste tout entière dans une certaine relatiun de l'objet que l'on dit être en un lieu avec les parties de l'espace étendu ; celle nature, dis-je, que quelques-uns, voyant le nom de lieu donné à une surface ambiante, ont improprement dit être le lieu même pris en soi; et ainsi du reste. Ces questions se rencontrent si fréquemment que si les philosophes s'accordoient toujours sur la significaUon des mots, presque tous leurs débats cesseroient.
On cherche les causes par les effets toutes les fois que, sur une rhose quelconque, on tâche de découvrir si elle est, et ce qu'elle est. {Le reste manque.)
Du reste, comme souvent, lorsqu'on nous propose quelque question à résoudre, nous ne remarquons pas aussitôt de quel genre elle est, ni s'il faut chercher ou les choses par les mots ou les causes par les effets, etc., il me semble superflu d'entrer dans plus de détails à cet égard ; car il sera plus court et plus utile d'examiner par ordre tout ce qu'il faut faire pour arriver à la solution d'mie difficulté quelconque. Ainsi donc, une question quelconque étant donnée, il faut d'abord s'efforcer d'en comprendre distinctement l'objet.
Souvent, en effet, quelques-uns se hâtent tellement dans leurs recherches qu'ils apphquent à la solution des questions proposées un esprit incertain, avant d'avoir remarqué à qutls signes ils reconnoîtront la chose cherchée si elle se présente, non moins ridicules qu'un valet qui, envoyé quelque part par son maître, seroit si empressé d'obéir qu'il se mettroit à courir avant d'avoir reçu ses ordres et sans savoir où on lui ordonne d'aller.
Mais quoique dans toute question il doive y avoir quelque chose d'inconnu (autrement la question seroit inutile), il faut cependant que cet inconnu soit désigné par des conditions si précises que nous soyons entièrement déterminés à chercher telli
dise HÈoLRi
chose {ilulôtqiK! telle aiure. Ce sont ces conditions à l'exaiitefl desquelles noui avons dit qu'il faut d'abord se livrer. Pour cel| il faut que notre esprit s'applique à les bien examiner l'une après l'autre, reclierchant avec soin jusqu'à quel point l'objet de la question est liuiilé par chacune délies ; car lorsqu'il s'agit de dé< terminer une question, l'esprit de l'homme tombe ordinairement dans une double erreur : ou il prend plus qu'il ne lui a été donné, ou, au contraire, il omet quelque chose.
Il faut se garder de supposer plus de choses et des choses plus positives que celles qui nous ont été données, principalement dans les énigmes et dtns toutes les questions artificieusement inventées pour embarrasser l'esprit^ et même parfois dtns les autres questions, lorsque pour les résoudre on semble poser comme certain quelque chose dont on a été persuadé par une opinion invétérée, et non par aucune raison certain*^ Ainsi, dans rénigme du sphinx, il ne faut pas croire que le mot pied signifie seulement les pieds véritables des animaux ; il faut voir en outre 8 il ne peut pas s'appliquer métaphoriquement à quelque autre chose, comme en effet il s'applique aux mains de l'enfant et au b&ton des vieillards, parce que les vieillards se servent d'un bâton et les enfants de leurs mains comme de pieds pour marcher. De même, dans l'énigme des pêcheurs, il faut prendre garde que l'idée de poissons ne s'empare tellement de notre esprit qu'elle rtmpêche de penser à ces animaux que souvent les pauvres portent partout avec eux sans le vouloir, et qu'ils rejettent quand ils les ont pria. De même tncort si Ton demande comment avoit été construit ce vase que nous avons vu autrefois, et au milieu dnquel s'élevoit uneco onne que surmontoit la statue de Tantale dans l'attitude d'un homme qui vent boire. Or l'eau versée dans ce vase y r»>toit fort bien tant qu'elle n'étoit pas assez haute pour entrer dans la bouche de Tantale, mais à peine étoit-elle parvenue aux lèvres malheureuses qu'aussitôt elle s'échappoil toute. 11 semble au premier abord que tout Tartilice fût dans la construction de la figure de Tantale, figure qui cependant ne détermine en rien la question et n'en e^t que l'accessoire. Toute
>OUR LA DIRECTION Dl L'ESPRIT 3if
ta difficulté ne consiste, au contraire, qu'à chercher comment un vase peut être construit de manière que toute l'eau s'en échappe aussitôt qu'elle est parvenue à une certaine hauteur, et non auparavant. De même enfin si, d'après toutes les observations que nous possédons sur les astres, nous cherchons ce que nous pouvons affirmer de certain sur les mouvements, il ne faut pas admettre gratuitement, comme les anciens, que la terre est immobile et placée au centre de l'univers, parce que dès notre enfance il nous a paru qu'il en était ainsi, mais il faut révoquer cela môme en doute, pour examiner ensuite ce que nous pouvons juger de certain sur ce sujet ; ainsi du reste.
Nous péchons par omission toutes les fois que nous ne réfléchissons pas à quelque condition requise pour la détermination d'une question, soit qu'elle se trouve exprimée dans la question même, soit qu'on puisse la reconnoître d'une manière quelconque ; comme, par exemple, si l'on cherche le mouvement perpétuel, non celui qui se trouve dans la nature, tel que le mouvement des astres ou des sources, mais un mouvement créé par l'art humain, découverte que quelques-uns ont cru possible, songeant, d'une part, que la terre tourne perpétuellement autour de son axe, d'autre part, que l'aimant retient toutes les propriétés de la terre, espérant dès lors découvrir le mouvemepl perpétuel s'ils disposaient cette pierre de façon qu'elle' se mût en cercle, ou du moins qu'elle communiquât au fer son mouvement avec ses autres vertus. Mais quand même ils réussiroient, ce ne serait pas par art qu'ils produiroient le mouvement perpétuel ; ils se serviroient seulement de celui qui est dans la nature, de même que s'ils disposoient une roue dans le courant d'un fleuve en sorte qu'elle tournât toujours. Ils omettroient donc la condition requise pour déterminer la question, etc.
Lorsque la question est suffisamment comprise, il faut voir précisément en quoi consiste la difficulté qu'elle renferme, afin que, dégagée de tout ce qui l'entoure, cette difficulté soit plus facilement résolue.
Il ne suffit pas toujouii de comprendre une question pour sa-
voir où réside la difficulté qu elle renferme ; il faut réflécliir eo outre à chacune des choses qui font Tobjet de cette question» afin que si Ton rencontre quelque chose de facile à trouver, no le laisse de côté, et que la proposition ainsi dégay^ée demeure avec la chose seule que nous ignorons. Ainsi, par exemi^e, dans la question du vase décrit plus haut, nous voyons facilement comment le vase doit être fait, la colonne élevée au milieu, Toiseau peint, etc. Tout cela mis de côté, comme n'important pas à la chose en question, reste la difficulté nue, c'est-à-dire reste à chercher comment il M fait que l'eau contenue d'abord dans le vase s'en échappe tout entière aussitôt qu'elle est parvenue à une certaine hauteur.
Nou? disons donc que la seule opérjition importante ici est de parcourir par ordre tout ce qui e^t contenu dans une question donnée, rejetant ce qui ne nous paroU pas évidemment y servir, retenant ce qui est nécessaire, et remettant ce qui est douteux à on examen plus attentif.
RÈGLK XIV
U mèin« règU doit lti« appliquée i l'éteudae réwlle des corps, et il taut U rei>réseater tout entière à l'imagiuation par des figures uue»; de la sort* ell« sera beaucoup mieux comprise par Tiutelligence.
Pour nous servir aussi du secours de l'imagination, il faut noter que toutes les fois qu'on déduit quelque chose d'inconnu de quehiue autre chose déjà connue, on ne trouve pas pour cela une nouvelle espèce d'être; seulement la connoissance que nous possédions auparavant s'étend au point de nous faire apercevoir que la chose cherchée participe d'une manière ou d'autre de la nature des choses que renferme la proposition. Par exemple, si quelqu'un est aveugle de naissance, il ue faut pas esi)érer que jamais aucun argument lui donnera sur les couleurs les idées vraies que nous avons reçues des sens. Mais si quelqu'un a vu quelquefois les couleurs fondamentales, et qu'il n'ait jamais v«
FOUH LA DtHBCTIOM Dt L'SSPRIt 96i
les couleurs intermédiaires et mixtes, U peut se faire qu'au moyen d'une sorte de déduction il se représente celles mèmet qu'il n'a pas vues, d'après leur ressemblance avec les autres. De la même manière, s'il existe dans l'aimant une sorte d'être qui ne soit semblable à rien de ce que notre intelligence a encore perçu, il ne faut pas espérer le connoîlre jamais au moyen du raisonnement, c^r il nous faudroit ou de nouveaux sens ou une intelligence divine. Mais tout ce que ptMit faire à cet égard l'esprit humain, nous croirons l'avoir fait si nous percevons bien distinctement le mélange d'êtres ou de natures déjà connues qui produit les mêmes effets que l'aimant. Quelle que soit la différence du sujet, c'est par la môme idée que l'on connoU tous ces êtres déjà connus : l'étendue, la figure, le mouvement, et autres semblables qu'il est inutile d'énumérer ici ; et nous n'imaginons pas autrement la ûgure d'une couronne si elle est d'argent que si elle est d'or. Cette idée générale ne passe d'un sujet à un autre qu'au moyen d'une simple comparaison, par laquelle nous affirmons que l'objet cherché est, sous tel ou tel rapport, semblable, identique ou égal à la chose donnée, tellement que dans tout raisonnement ce n'est que parla comparaison que nous connoissons précisément la vérité. Ainsi, par exemple, dans ce raisonnement : Tout A est B, tout B est G ; donc que tout A est C, on compare ensemble la chose cherchée et la chose donnée, c'est-à-dire A et C, sous ce rapport que toutes les deux sont B. Mais comme, ainsi que nous l'avons souvent dit, les formes du syllogisme n'aident en rien pour percevoir la vérité des choses, le lecteur fera bien de les rejeter entièrement et de se persuader que toute oonnoissance qui ne s'acquiert pis par Tintuition pure et simple d'un objet individuel s'acquiert per It comparaison de deux ou plusieurs objets entre eux. Presque toute l'industrie de la raison humaine consiste à préparer cette opération. En effet, quand elle est claire et simple, il n'est besoin d'aucun mh oours de l'art, mais seulement des lumières naturelles, pour per« cevoir la vérité qu'elle nous découvre. Il faut noter que les eomparaisous ue sont dites simples et claires que toutes les fois
KlCaLlEM