‹ Œuvres choisies de DescartesChapitre 20 sur 109 · RECUEILLIES PAR LE R. P. MERSENNE · texte numérisé non relu

RECUEILLIES PAR LE R. P. MERSENNE

I. C'est par une fiction que vous avez rejeté les apparences des corps; vous ne pouvez donc conclure de là qu'en réalité la pensée n'est pas le mouvement de quelque corps.

II. L'idée d*un être souverain peut dériver des perfections que vous voyez en vous et dans les autres, il n'est pas, besoin que toutes les perfections de J^effet soient dans la cause : les mouches et les plantes sont produites par l'action du soleil, de la pluie et de la terre, qui n'ont point de vie. L'idée de la souveraine perfection vous vient de l'éducation, de l'idée des choses corporelles (car vous ne nous avez pas indiqué le moyen de nous former Tidée de quelque chose d'incorporel), et entin de la généralisation.

III. Puisque vous n'êtes assuré d'une vérité qu'à la condition d'être certain de l'existence de Dieu, vous ne savez pas encore certainement que vous êtes une chose qui pense, au moment où vous vous appuyez sur ce principe. Un athéQ.£on£oiX.£lairement les propositions géométriques, quoiqu'il nie Dieu. La présence du mal et la pluralité ides êtres sont en contradiction avec l'hypothèse d'un être intini et parfait, lequel exclut non-seulement tout mal, mais encore toute autre existence que la sienne; car si quelque chose exist,eayec lui, il n'est pas infini.

IV. Quelques scolastiques admettent, contre votre opinion, que Dieu peut être trompeur, comme lorsqu'il annonce dans l'Écriture des événements qui cependant n'arrivent pas, lorsqu'il endurcit le cœur de Pharaon, et qu'il met l'esprit de mensonge dans les prophètes. Ne peut-il pas tromper les honmies pour leur bien, comme un père ses enfants, comme un médecin ses malades? D'ailleurs l'erreur ne peut-elle pas venir de votre nature? La clarté n'est pas une preuve devéïité, puisqu'on s'est trompé souvent en des choses qui paroissent plus claires que le soleil.

V. Si la volonté ne pèche qu'en s'atlachant aux conceptions confuses et obscures de l'entendement, les infidèles ne pèchentils pas en embrassant la rehgion catholique, dont ils ne connoissent pas clairement la vérité?

VI. La question est de savoir si l'existence de Dieu n'est pas en contradiction avec son essence. De plus, nous ne connoissons pas assez clairement la nature de Dieu pour en rien conclure ; vous avouez vous-même que vous ne concevez l'infini qu'imparfaitement.

FAITES CONTRE LES MÉDITATIONS, ETC. i49

VII. Les Méditations ne contiennent aucune démonstration de l'iramortalité de l'âme, ni même de la distinction de Tâme et du corps. 11 seroit fort utile de présenter à la suite des réponses une série de définitions, de postulats, d'axiomes et de démonstrations selon la méthode géométrique.

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