TROISIÈME PARTIE
pouvoir le plaisir des autres, et ils ont ordinairement le teint plombé^ c'est-à-dire mêlé de jaune et de noir et comme de sang meurtri : d'où vient que Tenvie est nommée livor en latin ; ce qui s'accorde fort bien avec ce qui a été dit ci-dessus des mouvements du sang en la tristesse et en la haine ; car celle-ci fait que la bife jaune, qui vient de la partie inférieure du foie, et la noire, qui vient de la rate, se répandent du cœur par les artères en toutes les veines ; et celle-là fait que le sang des veines a moins de chaleur et coule plus lentement qu'à l'ordinaire, ce qui sufiit pour rendre la couleur livide. Mais pour ce que la bile, tant jaune que noire, peut aussi être envoyée dans les veines par plusieurs autres causes, et que l'envie ne les y pousse pas en assez grande quantité pour changer h couleur du teint, si ce n'est qu'elle soit fort grande et de longue durée, on ne doit pas penser que tous ceux en qui on voit cette couleur y soient enclins.
Art. 185. De la pitié.
La pitié est une espèce de tristesse mêlée d'amour ou de bonne volonté envers ceux à qui nous voyons souffrir quelque mal duquel nous les estimons indignes. Ainsi elle est contraire à l'envie à raison de son objet , et à la moquerie à cause qu'elle les considère d'autre façon.
Art. 186. Qai sont les plus pitoyables.
Ceux qui se sentent fort foibles et fort sujets aux adversités de la fortune semblent être plus enclins à cette passion que les autres, à cause qu'il se représentent le mal d'autrui comme leur pouvant arriver; et ainsi ils sont émus à la pitié plutôt par l'amour qu'ils se portent à eux-mêmes que par celle qu'ils ont pour les autres.
Art. 187. Gomment les pins généreux sont touchés de cette passion.
Mais néanmoins ceux qui sont les plus généreux et qui ont
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