GERMEUIL
(Sur le devant de la saUe, on'voit le Père de famille qui se promène à pas lents. Il a la tête baissée, les bras croisés, et l'air tout à mit pensif. — Un peu sur le fond, Ters la cheminée qui est à l'un des côtés de la salle, le Gonmiandeur et sa nièce font une partie de trictrac. — Derrière le Commandeur, un peu plus près du feu, Germeuil est assis négligemment dans ^n fauteuil, un liyre a la main. Il en interrompt de temps en temps la lecture, pour regarder tendrement Cécile, dans les moments où elle est occupée de son jeu, et où il ne peut en être aperçu. — Le Commandeur se doute de ce qui se passe derrière lui. Ce soupçon le tient dans une inquiétude qu'on remarque à ses moutrements.)
CÉCILE. — Mon oncle, qu'avez-vous? Vous me paraissez inquiet.
LE COMMANDEUR, en s'agitant dans son fauteuil, — Ce
na'est rien, ma nièce. Ce n'est rien. [Les bougies sont sur
^"' le point de finir ; et le Commandeur dit à Germeuil :)
^ Monsieur, voudriez-vous bien sonner? [Germeuil va son-
. ^ ner. Le Commandeur saisit ce moment pour déplacer son
' fauteuil et le tourner en face ^u trictrac, Germeuil revient ,
\ remet son fauteuil comme il était , et le Commandeur dit
au laquais qui entre : ) Des bougies. [Cependant la partie
de trictrac s'avance. Le Commandeur et sa nièce jouent
alternativement, et nomment leurs dés,)
LE COMMANDEUR. — Six-ciuq.
GERMEUIL. — Il n'est pas malheureux.
LE COMMANDEUR. — Jo couvie de Tuno, et je passe l'autre.
CÉCILE. — Et moi, mon cher oncle, je marque six points d'école. Six points d'école...
LE COMMANDEUR, à GcrmcuH, — Monsieur, vous avez la fureur de parler sur le jeu. ^
CÉCILE. — Six points d'école...
LE COMMANDEUR. — Cela me distrait, et ceux qui regardent derrière moi m'inquiètent.
CÉCILE. — Six, et quatre que j'avais, font dix.
LE COMMANDEUR, toujours à GcrmcuH, — Monsieur, ayez la bonté de vous placer autrement, et vous me ferez plaisir.