‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 14 sur 153 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LB PÈRE DE FAMILLE, commc s*il était seul, et en regardant aller Cécile. — Son caractère a tout à fait changé. Elle n'a plus sa gaieté, sa vivacité... Ses charmes s'effacent... Elle souffre... Hélas! depuis que j'ai perdu ma femme et que le Commandeur s'est établi chez moi, le bonheur s'en est éloigné I... Quel prix il met à la fortune

* La marche de cette scène est lente.

qu'il fait attendre à mes enfants !.. Ses vues ambitieuses, et Tautorité qu'il a prise dans ma maison, me deviennent de jour en jour plus importunes... Nous vivions dans la paix et dans l'union. L'humeur inquiète et tyrannique de cet homme nous a tous séparés. On se craint, on s'évite, ; on me laisse ; je suis solitaire au sein de ma famille, et ; je péris... .Mais le jour est prêt à paraître, et mon fils ne vient point I Germeuil, l'amertume a rempli mon âme. Je ne puis plus supporter mon état...

GERMEUIL. — Vous, mousicur I

LE PÈRE DE FAMILLE. — Oui, Gcrmeuil.

GERMEUIL. — Si vous u'êtcs pas heureux, quel père l'a jamais été?

LE PÉRE DE FAMILLE. — Âucun... Mou ami, Ics larmcs d'un père coulent souvent en secret... (// soupire, il pleure,) Tu vois les miennes... Je te montre ma peine.

GERMEUIL. — Que faut-il que je fasse ?

LE PÈRE DE FAMILLE. — Tu pcux, jc crois, la soulagcr.

GERMEUIL. — Ordonnez.

LE PÈRE DE FAMILLE. — Je n'ordonucrai point; je prierai. Je dirai : Germeuil, si j'ai pris de toi quelque soin; si, depuis tes plus jeunes ans, je t'ai marqué de la tendresse, et si tu t'en souviens; si je ne t'ai point distingué de mon fils; si j'ai honoré en toi la mémoire d'un ami qui m'est et me sera toujours présent... Je t'afflige; pardonne, c'est la première fois de ma vie, et ce sera la dernière... Si je n'ai rien épargné pour te sauver de l'infortune et remplacer un père à ton égard ; si je t'ai chéri ; si je t'ai gardé chez moi malgré le Commandeur à qui tu déplais ; si je t'ouvre aujourd'hui mon cœur, reconnais mes bienfaits, et réponds à ma confiance.

GERMEun,. — Ordonnez, monsieur, ordonnez.

LE PÉRE DE FAMILLE. — Ne sais-tu ricu do mou fils?... Tu es son ami ; mais tu dois être aussi le mien... Parle... Rends-moi le repos, ou achève de me l'ôter... Ne sais-tu rien de mon fils ?

GERMEUIL. — Non, mousieur.

LE PÈRE DE FAMILLE. — Tu cs un hommo vrai; et i^"

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