‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 43 sur 153 · SAINT-ALBIN, CÉCILE, LE PÈRE DE FAMILLE · texte numérisé non relu

SAINT-ALBIN, CÉCILE, LE PÈRE DE FAMILLE

(Saint- Albin marque d'abord de l'impatience, à l'approche de ton père; ensuite

il reste immobile.)

LE PÈRE DE FAMILLE* — Tu me fuis, et je ne peux t'abandonnerl... Je n'ai plus de fils, et il te reste toujours un pèrel... Saint-Albin, pourquoi me fuyez-vous? Je ne viens pas vous affliger davantage, et exposer mon autorité à de nouveaux mépris... Mon fils, mon ami, tu ne veux pas que je meure- de chagrin... Nous sommes seuls. Voici ton père, voilà ta sœur; elle pleure, et mes larmes attendent les tiennes pour s'y mêler... Que ce moment sera doux, si tu veux I

Vous avez perdu celle que vous aimiez, et vous l'avez perdue par la perfidie d'un homme qui vous est cher.

SAINT-ALBIN, m levant les yeux au ciel avec fureur, — Ah!

LE pÊRÉ DE FAMiLilE. - — Triomphcz de vous et de lui ; domptez une passion qui vous dégrade; montrez-vous digne de moi... Saint-Albin, rendez-moi mon fils. {Satnt- Albin s* éloigne; on voit qu'il voudrait répondre aux sentiments de son pèrCy et qu'il ne le peut pas. Son père se méprend sur son action^ et dit en le suivant :) Dieul est-ce ainsi qu'on accueille un père! il s'éloigne de moi... Enfant ingrat, enfant dénaturé I Ehl où irez-vous que je ne vous suive?... Partout je vous suivrai; partout je vous

redemanderai mon fils*... {Saint-Albin s'éloigne encore, et son père le suit en lui criant avec violence :) Rends-moi mon filsl rends-moi mon fils. [Saint-Albin va s'appuyer contre le mur , élevant ses mains et cachant sa tête entre ses bras; et son père continue :) Il ne me répond rien , ma voix n'arrive plus jusqu'à aon cœur : une passion insensée Ta fermé. Elle a tout détruit ; il est devenu stupide et féroce. {Jl se renverse dans un fauteuil, et dit :) 0 père malheureux! le ciel m'a frappé. Il me punit dans cet objet de ma faiblesse... j'en mourrai... Cruels enfants I c'est mon souhait... c'est le vôtre...

CÉCILE, s' approchant de son père en sanglotant, — Ah !... ah I...

LE PÉRB DE FAMILLE. — Consolcz-vous... VOUS ne vcrrcz pas longtemps mon chagrin... Je me retirerai... j'irai dans quelque endroit ignoré attendre la fin d'une vie qui vous pèse •.

CÉCILE, avec douleur et saisissant les mains de son père. — Si vous quittez vos enfants, que voulez-vous qu'ils deviennent ?

LE PÈRE DE, FAMILLE , après un momcut de silence. — Cécile, j'avais des vues sur vous.. Germeuil... Je disais, en vous regardant tous les deux : Voilà celui qui fera le bonheur de ma fille... elle relèvera la famille de mon ami. ....

CÉCILE, surprise, — Qu'aJ-je entendu?

SAINT-ALBIN, sc retournant avec fureur.. — Il aurait épousé ma sœuri je l'appellerais mon frère, luil

LE PÈRE DE FAMILLE. — • Tout m'accablc à la fois... il n'y faut plus penser.

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