MONSIEUR HARDOUIN, UN LAQUAIS
LE LAQUAIS. — Mousicur, c'est un homme qui a le dos voûté, les deux coudes et les deux genoux en forme de croissants; cela ressemble à un tailleur comme deux gouttes d'eau.
MONSIEUR HARDOUIN. — Au diable !
LE LAQUAIS. — G'cu est uu autrc qui a de l'humeur, et qui grommelle entre ses dents ; il m'a tout l'air d'un créancier qui n'est pas encore fait à revenir.
MONSIEUR HARDOUIN. — Au diable I au diable !
LE LAQUAIS. — C'cu cst UU troisième, maigre et sec, qui tourne ses yeux autour de l'appartement, comme s'il le démeublait.
MONSIEUR HARDOUIN* — Au diablcl au diable! au diable I
* Au lien de « me demailder une de Condé, ou quelque bonne grosse ordure,
ce» facéties, etc., » le premier teitepor- telle que ces dames du Palais-Royal en
tait : « Encore s'il ne tallait qu'une pla- écoutent sans rougir... » (Br.) fitude, comme on en fait à l'hôtel de
et toi aussi... Que fais-tu là, planté comme un piquet ? As-tu comploté avec les autres de me faire devenir fou?
LB LAQUAIS. — C'cst de la part de madame Servin, qui vous prie de ne pas oublier son affaire.
MONSIEUR HARDOuiN. — J'y ai pensé.
LE LAQUAIS. — G'cst uuc femme.
MONSIEUR HARDouiN. — Une femme?
LE LAQUAIS. — Envcloppéc dans vingt aunes de crêpe ; je gagerais bien que c'est une veuve.
MONSIEUR HARDOUIN. — Jolic?
LE LAQUAIS. — Tristc, mais assez bonne à consoler.
MONSIEUR HARDOUIN. — Qucl âge?
LE LAQUAIS. — Entre vingt-sept et trente.
MONSIEUR HARDOUIN. — Fais-la entrer.
LE LAQUAIS. — H y a encore un autre personnage hétéroclite, en bas jaunes, en culotte noire, en veste de basin, et en babit gris : il a passé chez vous, et on l'a envoyé
MONSIEUR HARDOUIN* — G'cst mou avocat bas-normand : dis-lui qu'il attende et fais entrer la veuve.