‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 81 sur 153 · MONSIEUR HARDOUIN, MONSIEUR DE SURMONT · texte numérisé non relu

MONSIEUR HARDOUIN, MONSIEUR DE SURMONT

MONSIEUR HARDOUIN. — Eh ! c'est VOUS, mou ami !

MONSIEUR DE SURMONT. — Pourrait-ou vous demander ce que vous faites ici?

MONSIEUR HARDOUIN. — J'y curage. Et vous, qu'y venezvous faire ?

MONSIEUR DE SURMONT. — Jc u'cu sais rieu. On m'a fait appeler, vite, vite, vite, et j'accours.

MONSIEUR HARDOUIN. — Dicu soit loué ! voilà ma pièce faite. Vous ignorez ce qu'on vous veut? Moi, je vais vous le dire. C'est sous quelques jours la fête d'une amie. On veut la célébrer ; et l'on va vous demander une parade, un proverbe, un petit divertissement, que vous ferez, n'est-ce pas ?

MONSIEUR DE SURMONT. — Et pourquoipas vous?

MONSIEUR HARDOUIN. — Pourquoi? G'ost qu'il m'a semblé que madame de Chepy, l'amie de la maîtresse de la maison, ne vous était pas indifférente, et qu'il eût été bien mal à moi de vous ravir une aussi belle occasion de lui faire la cour.

MONSIEUR DE SURMONT. — Et c'est pour m'obUgcr?*..

MONSIEUR HARDOUiN. — Saiis doute. Aiiisi voilà la chose arrangée : vous ferez la parade, le proverbe, la pièce, ce qu'il vous plaira.

MONSIEUR DE SURMONT. — Je 110 m'entciids guère à cela.

MONSIEUR HARDOUIN. — Tant mioux. Ce que je ferais ressemblerait à tout : ce que vous ferez ne ressemblera à rien.

MONSIEUR DE SURMONT. — Il y aura là des beaux esprits, des gens du monde. Je voudrais bien garder l'incognito.

MONSIEUR HARDOUIN. — Je vais vous mettre à l'aise. Si vous réussissez, le succès sera pour votre compte; si vous tombez, la chute sera pour le mien.

MONSIEUR DE SURMONT. — Ricu dc plus obligeant.

MONSIEUR HARDOUIN. — Mais paycz le service que je vous rends d'un peu de confiance. N'est-il pas vrai qu'avec toutes ses fantaisies, ses caprices, ses brusqueries, madame de Ghepy...

MONSIEUR DE SURMONT. — Je Conviendrai de tout ce qu'il vous plaira; je vous remercierai même, si vous l'exigez.

MONSIEUR HARDOUIN. — Jo u'exigc rieu; je sais obliger sans ostentation et sans intérêt; allons, partez.

MONSIEUR DE SURMONT. — Vorrai-je madame de Ghepy?

MONSIEUR HARDOUIN. — Nou, TLOïi ; écrivcz-lui seulement un billet honnête qu'elle puisse interpréter œmme il lui plaira; et partez, vous dis-je. Surtout que cela soit bien gai, bien fou, et sente tout à fait l'impromptu.

MONSIEUR DE SURMONT. — Mais cncore faudrait-il un peu connaître l'héroïne du jour.

MONSIEUR HARDOUIN. — Loucz, loucz ; la louaugo est toujours bien accueillie.

MONSIEUR DE SURMONT. — Est-onjeuue?

MONSIEUR HARDOUIN. — NoU.

MONSIEUR DE SURMONT, — ; Vieille?

MONSIEUR HARDOUIN. — Nou. Tous Ics charmcs que l'âge ne détruit pas, on les a. Vous pouvez tomber à bras raccourci sur tous les vices, tous les ridicules, sans nous effleurer. Vous pouvez vous étendre à votre aise sur les

qualités de Tesprit et du cœur, sans qu'il y ait un mot de perdu. Insistez surtout sur Fusage du monde, la franchise, la discrétion, la dignité, la décence, et cœtera, et caetera,

MONSIEUR DE SURMONT. — Je la counais peut-être. Ne serait-ce pas par hasard une femme que j'ai vue une fois chez madame de Ghepy, pendant sa maladie, et qui s'appelle madame de...?

MONSIEUR HARDouiN. — Elle OU uue autrc, qu'est-ce que cela fait? Partez. Attendez : écrivez là le billet pour madame de Chepy; je le ferai remettre.

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