‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 83 sur 153 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

MONSIEUR HARDOUIN, MADEMOISELLE BEAULIEU, avec un faisceau de fleurs à la main et un bouquet à son côté.

MADEMOISELLE BEAULIEU. — Jc VOUS l'avais bien dit : madame est d'une humeur empestée. J'ai cru que je ne viendrais jamais à bout de la coifiTer. Et vous, monsieur, où en êtes-vous ?

MONSIEUR HARDOUIN. — G'cst fait.

MADEMOISELLE BEAULIEU. — Fort bien. Jc vicns de sa part vous casser aux gages et vous prévenir qu'elle ne veut absolument rien de vous. Vous dirai-je le reste?

MONSIEUR HARDOUIN. — Ditcs, mademoiselle.

MADEMOISELLE BEAULIEU. — Elle a ajojiité qu'elle n'au-

rait pas de peine à trouver un aussi mauvais poète, et qu'elle en aurait encore moins à trouver un homme plus honnête.

MONSIEUR HARDouiN. — Mademoiselle, vous aurez la honte de lui répondre de ma part que j'aurais le plus grand plaisir à me conformer à ses derniers ordres, mais qu'ils arrivent trop tard ; qu'au reste, il est plus aisé de brûler une pièce que de la faire.

MABEMOiSELLE BEAULiEu. — Vrai, elle est faite?

MONSIEUR HARDOuiN. — Non *, elle se fait. Qu'est-ce que cet énorme bouquet-là? Il est beau, très beau; mais toutes ces roses ne vaudront jamais la touffe de lis ouïe seul bouton qu'elles nous cachent.

MADEMOISELLE BEAULIEU. — S'il UOUS faut dcS COUplctS,

il nous faut aussi des bouquets ; et nous sommes allés tous mettre au pillage les parterres de M. Poultier. Comme il n'est jamais sûr de son temps, et que les affaires pourraient l'arrêter à Versailles le jour de la fête de madame de Malves, il est venu présenter son hommage d'avance.

MONSIEUR HARDOUIN. — Il est ici ?

MADEMOISELLE BEAULIEU. — Jo crois quo je l'entcnds descendre.

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