SCÈNE XXXIV
MONSIEUR HARDOUIN , MADAME BERTRAND, MONSIEUR RE- NARDEAU, MADAME DE GHEPY, MADEMOISELLE BEAULIEU, MONSIEUR DE SURMONT , un Laquais.
(Le laquais présente un billet à H. Hardouin, qui le lit et le déchire
avec humeur.)
MADAME DE CHEPY. — Je gage qu'il est de la dame Servin, et que ma prédiction est accomplie. J'en suis enchantée.
MONSIEUR RENARDEAU. — Et ma chaisc à porteurs?
MONSIEUR HARDOUIN. — Vous l'aurez ; mais à la condition que monsieur Tavocat de Gisors se mettra dans ce grand fauteuil à bras, et nous jugera tous.
MONSIEUR RENARDEAU. — J'y conscus. Mademoiselle, je vous constitue huissière-audiencière : appelez les parties.
MADEMOISELLE BEAULIEU, à la veuvc. — Madame, paraissez. Quels sont vos griefs? De quoi vous plaignez-vous?
MADAME BERTRAND. — De cc que monsicuT, que voilà, se dit père de mon enfant.
MONSIEUR RENARDEAU. — L'est-il?
MADAME BERTRAND. — Nou; et de cc quc, SOUS ce titre usurpé, il sollicite une pension pour cet enfant.
MONSIEUR RENARDEAU. — L'obtieut-ll ?
MADAME BERTRAND. — Oui.
MONSIEUR RENARDEAU. — Coudamnous la susdite dame à restituer la façon.
MADEMOISELLE BEAULIEU, à madame de Chepy, — A vous, madame.
MONSIEUR RENARDEAU. — Jc sais IWaire. Renvoyés dos à dos, sauf à se retourner en temps et lieu.
Vous, monsieur, qui avez fait la pièce qu'on ne jouera pas, condamnons celui qui l'a demandée à une amende de six louis, applicables aux cabalistes du parterre de la Comédie-Française, sans compter le salaire du chef de
meute , à la première représentation de celle que vous ferez, et qu'on jouera.
Il faut, pour cette fois, que je sois juge et partie. Pardonnons au sieur Hardouin, à la condition de nous mettre, sous huitaine, en possession certaine d'une chaise à porteurs, et le condamnons en deux mois de retraite à Gisors, pour n'y rien faire, ou pour y faire ce que bon lui semblera.
MADEMOISELLE BEAULiEU. — Et moi douc, mousieur le juge, est-ce qu'il ne sera rien statué sur ma pudeur alarmée par la lecture d'un vilain rôle ?
MONSIEUR RENARDEAU. — Goudamnous le sieur de Surmont, poète indécent, à s'observer à l'avenir; et, pour le moment, à prendre la main de mademoiselle, sans la serrer, et à là présenter à l'amie de sa maîtresse, pour en obtenir quelque grâce, s'il y échoit.
TOUS ENSEMBLE. — Bravo ! bravo I bravo I
MADEMOISELLE BEAULIEU, en même temps. — Paix là ! paix là! paix là!