L OR ET LE FER
U m lingot d'or, mais lingot d'importance , Près d'un morceau de fer par hasard se trouvoit; Et son compagnon , qu'il bravoit , Gardoit un modeste silence.
Quel caprice, dit le premier Avec un ton plein d'insolence, A donc pu nous associer, Toi vil métal, et moi que partout on encense? Quand je parois, tu devrois te cacher.
J'anime et gouverne le monde :
Dans les obscurs filons de la mine profonde Le soleil me mûrit; l'homme vient m'y chercher. Au fond d'un noir réduit Danaé se lamente;
Acrise à tous les yeux dérobe ce trésor :
Jupiter tombe en gouttes d'or, Et sous cet or fluide il obtient son amante. Les mystères sacrés par moi n'étoient qu'un jeu; Les druides souvent m'ont reconnu pour maître;
En fascinant les yeux du prêtre,
Je dictois l'oracle du dieu. Que peux-tu m'opposer? Le meurtre, le ravage, La guerre aux bras sanglants, et dont tu sers la rage.,, Je ne me vante point , répond l'humble métal ; Demande aux laboureurs le bien que je puis faire. De l'homme, il est trop vrai, l'égarement fatal Me façonne en poignard, me forge en cimeterre: Mais , malgré cet abus , ta morgue et mes affronts , Aux mortels, plus que moi , tu fus toujours contraire.
Je les détruis... tu les corromps.
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