‹ uvres choisies de DoratChapitre 102 sur 142 · LE NAIN D ATHENES · texte numérisé non relu

LE NAIN D ATHENES

A. la fin d'un banquet céleste, Minerve un jour étoit de belle humeur.

Son teint sembloit plus vif, et son propos plus leste.

Momus avoit caché son gantelet vainqueur,

Son héroïque armure , et sa lance funeste ;

Vulcain déraisonnoit, on me croira de reste,

Et la grave Pallas rioit d'assez bon cœur. Des dieux la maligne offïcière Entretenoit ce joli ton, Et tant de fois pencha l'aiguière, Que tout bientôt fut de saison; Car les dieux ont cela de bon, Que, grâce au nectar salutaire, Ils perdent parfois la raison; Et c'est, dans leur condition, Tout ce qu'ils ont de mieux à faire.

Quoi qu'il en soit, de discours en discours, Aux Athéniens on arrive.

Minerve dit : Je les aime toujours,

J'en atteste l'arbuste à qui l'on doit l'olive.

Ils sont ingénieux, ils chérissent les arts,

Et l'active industrie embellit leurs remparts.

Mais ils sont orgueilleux , et j'abhorre ce vice ;

Dans leur premier chaos il peut les replonger Il faut que, pour les corriger, Je m'avise d'un artifice.

Elle dit, se lève, et soudain De son talon s'élance un nain.

Malgré sa petite stature, A peine éclos, notre bambin Nargue la déesse et Jupin, Par la fierté de son allure.

Il est présomptueux et vain.

C'étoit mon but , dit la déesse.

Sans préjudice pour l'espèce, Il faut en faire un écrivain.

On vous le jette dans Athènes, Bien ridicule, bien gourmé, Au chant défiant les sirènes, Et de gloriole affamé.

Quelques succès l'enflent encore; N'ayant plus ni pudeur ni frein , Il prit querelle, un beau matin, Avec le chien de Pythagore, Chien philosophe, plein de sens, Armé, dit-on, jusques aux dents, Des bons principes de son maître, Et distinguant les vrais savants

D'avec les sots qui croyoient l'être.

Après ce burlesque accident ,

Le voilà chu de l'empyrée :

Mais bientôt au port de Pirée

On vit débarquer un géant.

Le peuple y court : d'une ardeur curieuse,

On voit aussi trotter mon nain.

Dans la foule tumultueuse

Il se glisse et s'ouvre un chemin.

Près du colosse altier, de l'œil il le mesure , Lui grimpe à la cheville , et d'efforts en efforts ,

Parvenant au quart de son corps,

S'accroche aux plis de sa ceinture.

Plus que jamais enorgueilli,

Il menace, il outrage, il raille

Tout ce qu'à peine il voit sous lui,

Et déjà mesure sa taille

A la hauteur de son appui.

Plus on est élevé, plus prochaine est la chute : Le géant éternue, et le nain culebute,

Honni, sifflé, mais n'en valant pas mieux. Pallas ainsi triomphe, et son vœu s'exécute. La vanité punie est vile à tous les yeux. Le peuple réfléchit, son humeur est changée.

Plus modeste, il fut plus heureux;

Et dans Athènes corrigée, Hors quelques sots , on vit peu d'orgueilleux,

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