LE DELIRE
ue je me plais dans ce séjour!
J'y suis auprès de ma maîtresse.
Quelle clarté vaudroit ce demi-jour!
Ces berceaux , ces gazons , ici tout m'intéresse ; Je ne veux, je ne vois, je ne sens que l'amour.
Belle Thaïs, ô toi que j'idolâtre, Dans tes bras amoureux quand je tombe éperdu,
Et qu'à tes épaules d'albâtre, Entrelaçant les miens, je reste suspendu; Quand nos haleines se confondent, Que., par des murmures confus, Nos cœurs s'appellent, se répondent, Et qu'un soupir tient lieu de la voix qui n'est plus ;
Quand sur ton sein mes caresses plus vives De la pourpre et du lis mélangent les sillons , Et que mille baisers croisent leurs aiguillons,
j4 les baisers.
Renvoyés tour-à-tour par nos lèvres actives;
Mon ame alors, ivre de son bonheur, Et me quitte et s'écoule , à force d'être émue ; Tu l'attires d'un souffle, ainsi qu'une vapeur
Autour de toi brûlante et répandue.
Elle renaît , expire tour-à-tour , S'épanche , se résout comme un léger nuage , Aux plus secrets appas s'ouvre un heureux passage ,
T'enveloppe de mon amour; Elle humecte tes yeux aux paupières mourantes, Que presse mollement le doux poids du baiser , Vient séparer ta bouche en deux roses naissantes, Et, descendant toujours, cherche où se reposer.
Alors je renais et m'écrie :
L'Amour soumet la terre, assujettit les cieux, Les rois sont à ses pieds , il gouverne les dieux , Il mêle en se jouant des pleurs à l'ambroisie, Il est maître absolu : mais Thaïs aujourd'hui L'emporte sur les rois, sur les dieux, et sur lui.
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VIIe BAISER.