‹ uvres choisies de DoratChapitre 129 sur 142 · LE BAISER DEVINE · texte numérisé non relu

LE BAISER DEVINE

U w soir d'été , quand l'astre de Vénus Verse un jour doux sur les fleurs rafraîchies , Joue à travers les rameaux plus touffus, Et sert l'Amour errant dans les prairies; Thaïs , quittant l'ombre de ses berceaux , Court respirer l'air serein des campagnes, Et va chercher ses folâtres compagnes Qui l'attendoient sur le bord des ruisseaux. Un jupon court , un air de négligence , Sans les contraindre, ajoute à leurs appas: On s'entrelace; on croit marcher, on danse: Sur le gazon l'essaim vole en cadence; Leur pied l'effleure, et ne le courbe pas. Leur ame pure aux soucis est fermée.

Les sauts finis, on propose des jeux:

Thaïs attache un bandeau sur ses yeux; Voilà Thaïs en Amour transformée.

On fait silence , on s'approche , et soudain Plus ramassé le cercle l'environne :

i6 LES BAISERS.

Zémis imprime un baiser sur le sein,

Ciane au col , Rosire sur la main :

Chaque baiser tour-à-tour se moissonne,

Et ma Thaïs, qui se dépite en vain,

Doit deviner la bouche qui le donne :

Mais, qu'est-ce, hélas! que ce jeu si charmant,

Si l'on exclut les baisers d'un amant? .

Toujours le piège est près de l'innocence.

Je voyois tout à travers un buisson,

Et je voulois, dans mon impatience,

Cueillir aussi ma part de la moisson.

]\{[on sein palpite, et mon oeil étincelle;

Dans tous mes sens circule un feu nouveau :

J'avance et fuis , me résous et chancelle :

L'Amour me dit; ose, et sois-moi fidèle;

Thaïs toujours n'aura point mon bandeau.

Je crois l'Amour; il m'applaudit de l'aile,

Et je m'élance au milieu du troupeau.

L'éclair moins vite a sillonné la nue.

Belles de fuir; moi de les apaiser.

Je joins Thaïs, et ma bouche éperdue

Brûle son sein par un triple baiser.

Thaïs se trouble, et ne peut s'y méprendre;

Fille jamais n'en donna de pareil;

Le cœur lui bat, son front est plus vermeil :

On l'interroge, et je crains de l'entendre:

Elle est muette : un doux frémissement,

O ma Thaïs ! s'élève dans ton ame ,

Elle s'allume aux rayons de ma flamme , Et ton silence a nommé ton amant.

La nuit survient ; c'est un temps d'indulgence; Son voile sert ma crainte et ta pudeur : Ta voix jura de punir mon offense; Mais le serment vint mourir dans ton cœur. Contre mes feux tes compagnes sévères Vouloient t'armer; leur bouche, en te quittant, Te rappeloit ces baisers téméraires, Et demandoit un exemple éclatant :

Chacune insiste , et chacune , en soi-même , Forme des vœux, pour que celui qu'elle aime,/ Le lendemain, lui veuille en faire autant.

VIIIe BAISER.

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