LES BAISERS COMPTES
uous ces tilleuls qui nous prêtent leur ombre, Tu me promis cent baisers l'autre jour;
Tu me les as donnés, mais sans passer leur nombre ;
Eh! quel nombre, dis-moi, peut suffire à l'Amour? Lorsque Cérès enrichit la nature,
i8 LES BAISERS.
Sait-elle donc, trop avare Thaïs, Le compte de tous les épis Dont elle orne sa chevelure?
Flore au hasard va semant ses bouquets , Ces moissons de parfums sur son passage écloses ; Et Zéphyr ne tient point registre pour les roses Qu'il fait naître dans nos bosquets.
Du haut de la brillante voûte, Lorsque Fonde du ciel s'épanche dams nos champs,
Distille-t-elle goutte à goutte?
Jupiter quelquefois la verse par torrents; Et sur la plaine reposée Quand l'Aurore, aux douces couleurs, Laisse onduler ses rayons bienfaiteurs; Dans ses présents froide et symétrisée, La voit-on mesurer aux fleurs L'émail transparent de ses pleurs Et les perles de la rosée?
Et les biens et les maux, les dieux sur l'univers Répandent tout avec largesse; Et toi , Thaïs , qui nous peins la déesse Qu'une conque d'azur promène sur les mers, Ainsi que les faveurs tu bornes la tendresse! L'enfant ailé te combla tour-à-tour De tous ses dons, et ta froideur le blesse! Et c'est Thaïs qui compte avec l'Amour! Ah! cruelle, ai-je donc calculé mes alarmes, Et mes tourments et mes soupirs?
Ah! compte donc les maux, en comptant les plaisirs.
Mais va; confondons tout, les baisers et les larmes. Viens; laisse-moi dévorer tes beautés;
Viens, ne m'afflige plus par tes refus coupables, Et donne- moi des baisers innombrables Pour tant de pleurs... que je n'ai pas comptés.
IXe BAISER.
-ig. 6>€E€*aBi—