‹ uvres choisies de DoratChapitre 141 sur 142 · LES OMBRES · texte numérisé non relu

LES OMBRES

Vj rois-moi, j euneThaïs, la mort n'est point à craindre; Sa faux se brisera sur l'autel des Amours. Va, nous brûlons d'un feu qu'elle ne peut éteindre. Est-ce mourir, dis -moi, que de s'aimer toujours? Nos âmes survivront au terme de nos jours; Pour s'élancer vers lui par des routes nouvelles , Le Dieu qui les forma leur prêtera des ailes. De ce globe échappés, nous verrons ces jardins Ouverts dans l'Elysée aux vertueux humains. Là , tout naît sans culture : en cet aimable asile La terre d'elle-même épanche ses présents; D'un soleil tempéré la lumière tranquille A ce qu'il faut d'ardeur pour fixer le printemps.

Ce sont de toutes parts des sources jaillissantes, Dont le cristal retombe et fuit sous des lauriers; Zéphir murmure et joue à travers les rosiers, Fait ondoyer des fleurs les moissons odorantes , Disperse leurs parfums, et dans ce beau séjour Souffle avec un air pur les chaleurs de l'amour.

4a LES BAISERS.

Là , des tendres amants les ombres se poursuivent; Ces amants ne sont plus, et leurs flammes revivent; Là se joue en tout temps la douce illusion; Didan y tend les bras au fugitif Énée ; La sensible Sapho n'y quitte plus Phaon ; L'ombre deLycoris, de pampres couronnée, Danse, rit et folâtre autour d'Anacréon. Racine y soupirant aux accords de sa lyre, Le front ceint d'un cyprès de fleurs entremêlé , De l'amour et des vers sent le même délire, Et baigne encor de pleurs le sein de Champmeslé. Alcibiade y suit la volage Glycère; César y contvaant ses amoureux exploits : L'ombre enfin de Henri, cette ombre auguste et chère, De la nymphe d'Anet semble adorer les lois Dans ce bosquet riant et presque solitaire, Où les ordres du ciel ont placé les bons rois. Ces champs à ton aspect s'embelliront encore; Le jour qui les éclaire en deviendra plus doux ; On n'aura jamais vu tant de myrtes éclore; Le cercle des heureux s'ouvrira devant nous; Nous leur demanderons le prix de la tendresse ; Amants ainsi que nous , ils liront dans nos yeux , Et, pleins du même amour dont ils sentoient l'ivresse, Le même sort nous garde une place auprès d'eux.

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XXe BAISER.

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