MARCIE, AMILCAR
AMILCAR
Madame, pardonnez; mon aspect dans ces lieux Peut-être en ce moment importune vos yeux. Mais un grand intérêt a pu seul m'y conduire; Et pour Rome, et pour vous, j'ai dû vous en instruire.
1^4 RÉGULUS
MARCIE
Rassurez mes esprits.
AMILCAR
J'estime votre époux, Et viens pour le sauver.
MARCIE
Comment ? expliquez-vous.
AMILCAR
Vous connoissez Carthage et ces haines cruelles Qu'attisèrent long-temps nos sanglantes querelles. Elle est prompte à punir, ardente à se venger. J'ai souvent plaint nos mœurs , sans pouvoir les changer. Si Régulus trompoit les vœux de ma patrie...
MARCIE
11 ne dépend plus d'elle.
AMILCAR
Ecoutez-moi, Marcie.
MARCIE
Eh bien ?
AMILCAR
Ne croyez point qu'aux seuls devoirs lié, J'affecte les dehors d'une fausse pitié. Quels que soient les débats entre Carthage et Rome, Je ne serai jamais l'ennemi d'un grand homme. Je sers même l'Afrique, en servant Régulus: Craignez-le plus que moi.
MARCIE
Tous mes sens sont émus.
TRAGÉDIE. j25
Quelle infortune encor l'attend sur ce rivage ?
AMILCAll.
Et si, dès ce jour même, il retourne à Cartilage...
MARCIE
O ciel !
AMILCAR
De nos captifs le sort lui fut remis ; On demande un échange, il est libre à ce prix; Mais contre cet échange il a parlé lui-même.
MARCIE
Qu'entends-je ! Régulus ! et c'est ainsi qu'il m'aime ! Mais je m'alarme en vain; le sénat le chérit : A son zèle barbare il n'aura point souscrit.
AMILCAR
Le sénat est trompé.
MARCIE
Se peut-il ? quel mystère !
Achevez... je frémis.
AMILCAR
Cette horrible lumière....
MARCIE
Mon cœur en a besoin.
AMILCAR
Je vais le déchirer.
MARCIE
Le doute est plus affreux; parlez sans différer.
AMILCAR
Hé bien, connoissez donc l'épouvantable abîme
ii6 RÉGULUS,
Où se jette aujourd'hui votre époux magnanime^ Connoissez Régulus ; il conseille aux -Romains De ne point accepter l'offre des Africains : Si le sénat l'écoute, il rentre en esclavage; Mais il cache au sénat, qu'il entraîne ou partage, Qu'un supplice inouï, par la haine inspiré, S'il revient sur nos bords, est pour lui préparé.
MARCIE
Cieux, tonnez sur Carthage, et sauvez sa victime! Quel que soit, Amilcar, le soin qui vous anime, D'un avis important je rends grâce au destin. De Rome et du sénat cet asile est voisin, Un moment y conduit; j'y cours, à l'instant même, Attendrir tous les cœurs pour un héros que j'aime» Dieux justes, dieux vengeurs, faites valoir ses droits ; Inspirez son épouse , et parlez par sa voix !