DAMIS, DORINE
DAMIS, à part.
Comment interpréter... Je tremble...
DORINE
Quel nuage...
DAMIS, haut , et affectant un air serein.
Je dois récompenser, Dorine, un tel message.
DORINE
Vous moquez-vous?
DAMIS, lui donnant sa bourse.
Prenez.
DORINE
Soit: mais en vérité, Vous pouviez être ingrat avec sécurité.
Je hais ce vice-là.
DORINE
Vous êtes magnifique.
Ce procédé, monsieur, est vraiment héroïque. Je n'imaginois pas (voyez le préjugé ! ) Qu'à prix d'or quelquefois on payât un congé.
COMEDIE. i65
D A M I S , surpris.
Comment ?
DORINE
Vous le tenez.
DAMIS
Je soutiens...
DORINE
Je proteste.,.
L'argent est bien donné... quitte à prouver le reste.
DAMIS
Un congé, dites-vous ?
DORINE, gaiment.
Oui , bien clair et bien net.
J'ai vu , n'en doutez pas , composer ce billet ; J'ai vu, j'ai lu, relu le congé qu'il renferme. Tant pis, si votre orgueil est offensé du terme.
DAMIS, après une pause , avec un dépit concentré et une gaité contrainte.
Je voulois de Mélise , en cette occasion , Couvrir l'étourderie et l'indiscrétion :
A ce qu'il me paroît, ce zèle est inutile. Votre maîtresse en moi trouve un ami docile, Soumis, respectueux, qui n'a point hésité Pour souscrire à l'arrêt que son cœur a dicté.
DORINE
J'admire le biais dont vous prenez la chose. Ainsi vous acceptez la loi qu'on vous impose > Et ne murmurez pas d'un arrêt si soudain ?
DAMIS, avec une gaîté feinte.
L'a-t-elle écrit gaîment ?
DORINE, l'observant.
Sans gaîté, sans chagrin, D'un air indifférent.
DAMIS
Indifférent ?
DORINE
Sans doute.
Pour écrire autrement, on sait ce qu'il en coûte.
DAMIS, avec un peu de vivacité.
Mais au fait, savez-vous le fin de tout ceci ?
DORINE
Je sais que cette nuit on a très-mal dormi.
DAMIS
Ah, voilà contre moi ce qui la détermine!
DORINE
Mais ne diroit-on pas que ce n'est rien !
DAMIS
Dorine Approuve sa maîtresse?
dorine.
Eh, ne le dois-je pas?
DAMIS
Surtout quand elle fait de semblables éclats. La prudence le veut.
DORINE
J'aime la remontrance!
Econduire un amant, c'est blesser la prudence, C'est bouleverser tout.
DAMIS
Un amant est fort bon !
DORIIE.
Ce titre-là vous choque ?
DAMIS
Et c'est avec raison...
Mais brisons là-dessus. Quoi que Mélise fasse, Je saurai constamment endurer ma disgrâce; Et puisqu'une insomnie a causé mon malheur, Je juge le motif, pour calmer ma douleur. Ces événements-là n'ont plus rien qui m'étonne. Le caprice m'exclut , l'amitié lui pardonne. L'indulgente amitié n'a jamais de fureurs, Et ne connoît point l'art de contraindre les cœurs*
DORINE
Oh, vive l'amitié! qu'elle est calme et soumise! Vous êtes surprenant. Je vais dire à Mélise Avec quelle douceur et de quel air serein On accueille chez vous ses billets du matin.
( Elle sort. )