DAMIS , GERMAIN
GERMAIN
Lisimon est, dit-on, chez Mélise.
DAMIS, avec humeur.
Il suffit.
(Il lit le billet et le chiffonne. )
GERMAIN, à part.
Ce diable de billet lui tourmente l'esprit.
D A. M I S , se promenant toujours, et à part.
Vous me chassez ! Fort bien.
GERMAIN, à part.
Fort mal.
DAMIS, à part.
A la bonne heure.
Rien n'est encor perdu , mon secret me demeure.
GERMAIN
Pauvre avoir que cela !
DAMIS, à part , et parcdurant le théâtre.
De l'éclat et du bruit, Des soins trop prodigués c'est l'orgueil qui jouit. Il faut un autre frein à votre humeur légère; Je vous ai fait parler, j'ai bien fait de me taire. On distrait votre cœur..,, il faut le ranimer,
Et punir la coquette en la forçant d'aimer. Mais ce cruel billet !.. gardons-nous de m'en plaindre. J'ai dû le désirer, beaucoup plus que le craindre; C'est quelque chose au moins... qu'est-ce que je prétends? Fixer un cœur volage. Il résiste , et j'attends... J'attendrai. Ce billet m'a rendu l'espérance. Heureux d'être aujourd'hui l'objet d'une imprudence ! Trop heureux d'occuper! Pour qui s'y connoît bien , Un dépit... un congé vaut toujours mieux que rien.
GERMAIN, s'approchant par degrés de Damis, qui marche toujours avec la même action.
Monsieur. . .
13 À M 1 S, brusquement.
Hein!..v
GERMAIN
Vous voulez me cacher votre flamme; Je ne suis plus admis aux secrets de votre arae,
DAMIS
Après ?
GERMAIN
Epargnez-vous ces inutiles soins; Ce qu'on ne me dit pas , je ne le sais pas moins.
DAMIS
Si je le laisse aller, il va , par complaisance , De mes propres amours me faire confidence.
GERMAIN, avec intrépidité .
Oui, monsieur; cet air froid qui cache votre feu, Vos discours, votre ton, tout cela n'est qu'un jeu.
i7o LA FEINTE PAR AMOUR,
DAMIS
Très - scrupuleusement gardez vos conjectures : S'il venoit jusqu'à moi les plus légers murmures... Vous m'entendez?...
GERMAIN
Ces mots sont significatifs.
DAMIS
C'est que je n'aime point les esprits inventifs.
GERMAIN
Moi, je n'invente rien. Vous n'aimez pas Mélise? Sa main par Lisimon ne vous est pas promise ? Ce portrait que tantôt vous observiez...
Eh bien ?
GERMAIN
Me direz-vous aussi que ce n'est pas le sien ? D'après son grand tableau, lorsqu'elle fut sortie, Vous fîtes l'autre jour tirer cette copie.
DAMIS
Motus, encore un coup, ou gare...
GERMAIN
Avec ce ton, Vous obtenez des droits sur ma discrétion.
DAMIS
Prévenez là-dedans qu'à me suivre on s'apprête.
( à part. )
Qu'on ne s'éloigne pas. Ma surprise est complète!
(On entend chanter, faire du bruit derrière le théâtre.)
Qu'est-ce que ce train-là ? Va-t'en voir à l'instant.
GERMAIN
C'est monsieur Floricourt , qui s'annonce en chantant. Il est votre rival...
DAMIS
Lui?
GERMAIN
Déclaré.
Quel conte l