‹ uvres choisies de DoratChapitre 39 sur 142 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MÉLISE, LISIMON, DORINE.

MELISE, avec étonnement.

Damis ici?

LISIMON.

Lui-même.

Pourquoi non, s'il vous plaît?

MÉLISE.

Ma surprise est extrême.

Quand nous mariez-vous?

LISIMON.

Je le voudrois en vain :

Vous l'avez trop bien su guérir de ce dessein.

MÉLISE, vivement.

Quoi?...

LISIMON.

Rien.

MÉLISE.

Encore ?...

LISIMON.

Eh bien!...

M«É LISE

Parlez.

LISIMON.

Je vous annonce...

COMÉDIE. i85

MÉLISE.

Mais quoi donc ?

LIS1MON

Que Damis à vos charmes renonce.

De vos airs, de vos tons, il est las à la fin. Il refuse, en un mot, le don de votre main.

MÉLISE.

Il me refuse ?

LISIMON.

Net. Mais cela sans colère , Toujours maître de lui (car c'est son caractère), Si posément enfin, et d'un air si glacé, Que tout autre à ma place en seroit courroucé.

MELISE, avec une gaîté contrainte.

Courroucé ! pourquoi donc ? Le trait est impayable.

LI SIMON

Vous paroît-il plaisant ?

MELISE, avec chaleur , et ne pouvant cacher son dépit.

Damis est admirable!

C'est moi , monsieur, c'est moi , qui , trompant son espoir, Lui mandois ce matin de ne me plus revoir.

LISIMON.

Fable.

DORINE

Rien n'est plus vrai : ma maîtresse est vengée. De l'exécution cette main fut chargée.

MÉLISE.

De sa froideur pour moi vous voilà convaincu ?

LISIMON.

Oh ! oui.

MELISE.

Vous en a-t-il long-temps entretenu?

Félicitez-vous bien , vantez votre conduite ! De vos préventions voilà quelle est la suite.

LISIMOlNf, brusquement.

Moi, j'ai cru que ces nœuds seroient bien assortis.

( affectant de la finesse. )

J'ai même soupçonné que vous aimiez Damis.

M^LISE

Mon oncle, assurément le soupçon est unique. Vous êtes étonnant.

LISIMOK.

Non, je suis véridique.

DORINE

Que monsieur Lisimon a l'esprit clairvoyant ! Rien ne peut échapper à son œil pénétrant. Il lit, sans se tromper, jusqu'au fond de nos âmes; Comme il déchiffre un cœur! comme il connoît les femmes !

lisimon.

Que trop, en vérité. J'ai bien payé cela; On est dupe long-temps avant d'en venir là... Mais, dans ce moment-ci, je m'abuse peut-être, Je ne démêle rien, je ne sais rien connoître...

( à Mélise , avec humeur. )

Que m'importe après tout? Congédiez Damis;

Si vous le voulez même, épousez le marquis. Bel hymen!

MELISE , avec impatience.

Vous l'aimiez dans ces jours de folie Où les gens du bel air étoient votre manie; Quand mon oncle, en projets consumant chaque jour, En poste alloit chercher des chagrins à la cour... De tous ces messieurs-là vous goûtiez l'importance. Leur ton vous paroissoit le ton par excellence.

LI SIMON

Oh ! j'avoismes raisons. Le bien public d'ailleurs... Bref, c'est un autre temps , et je veux d'autres mœurs.

DORINE

Floricourt, au surplus, n'a rien pour vous déplaire.

D'une vieille parente il sera légataire;

Sa naissance est illustre; il est jeune, bien fait.

M É L 1 S E , avec humeur.

Ah ! vous le protégez?...

DORINE

Enfin on s'y connoît.

( à Lisimon. )

Puis, s'il vous revenoit un jour en fantaisie

De vouer à l'état votre rare génie,

Aux airs de courtisan il saura vous plier;

Et c'est un homme, au moins, qui peut vous appuyer.

Quel plaisir de briller, d'étendre un peu sa sphère !

Une fois en crédit , que d'heureux on doit faire !

i88 LA FEINTE PAR AMOUR,

LIS1MON

Tu crois donc qu'on pourroit...

Je vous ai dévoilé.

LISIMOI.

Toi !... comment donc ? par où ?

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