‹ uvres choisies de DoratChapitre 45 sur 142 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

FLORICOURT, MÉLISE.

FLORICOURT

On vous rencontre enfin ! Mais vous êtes charmante De disparoître ainsi, de tromper mon attente. Qu'elle est belle !

MÉLISE.

Oh ! laissez ce ton complimenteur.

FLORICOURT, du ton le plus étourdi.

Non, madame; avec vous ce ton -là part du cœur.

MÉLISE, riant.

Du cœur! y songez-vous ? vous, léger î vous, frivole !.. Recueillez-vous, marquis: est-ce là votre rôle?

FLORICOURT

Sans doute.

MÉLISE.

Encore un coup, supprimons la fadeur; Sinon, je vous le dis, j'aurai beaucoup d'humeur, Et je vous ennuîrai.

FLORICOURT, avec galanterie et légèreté.

Non , cela ne peut être.

Je cherche le plaisir, et vos yeux le font naître : Mais depuis près d'un mois , disons la vérité , Dans quelle solitude avez-vous végété ?

C'est se conduire mal ; tout le monde en murmure. Plus de bals, de soupers, pas la moindre aventure! Vous avez de l'humeur; on n'en est pas surpris. Vous prenez un travers, je vous en avertis. Comment donc ? belle , aimable, à la fleur de votre âge, S'enterrer chez un oncle , et s'ériger en sage ! Mais vous n'y pensez pas; il faut absolument Vous rendre à vos amis , vous remettre au courant. Je vous offre mes vœux, qui sont flatteurs peut-être; Mon nom, ce que je suis, et ce que je dois être, Une existence enfin. Allons, ouvrez les yeux; Le temps vole, il échappe, il emporte les jeux. Ressuscitez ; sortez de cette nuit profonde , Et paroissons tous deux sur la scène du monde.

MÉLISE.

Mais vous devenez fou !

FLORICOURT, de l'air le plus évaporé.

Non, je ne le suis pas.

C'est trop ensevelir de si brillants appas, Faits pour orner, madame, un plus décent asile Que des cercles obscurs et l'ombre de la ville. Ecoutez-moi: je viens d'apprendre en ce moment, J'en ai l'avis sur moi, que je dois sûrement Hériter, avant peu, d'une tante éternelle!... Qui me remet toujours.

MÉLISE.

Cette dame est cruelle.

FLORICOURT

Elle ne finit pas. Mais, pour cette fois-ci, Il paroît cependant qu'elle a pris son parti. Elle a quatre-vingts ans, c'est l'âge des retraites. J'envahis sa fortune ; elle est des plus complètes. Le tout vous est offert. Nou«s mêlerons nos biens , Et l'opulence encor va serrer nos liens.

MÉLISE.

L'opulence ! et le cœur ? Est-il un autre empire ? Le trésor d'un amant c'est l'amour qu'il inspire. Est-il riche, on l'ignore... on songe à ses vertus. Est-il pauvre, on le venge, en l'aimant encor plus : Voilà mes sentiments.

Je vous en félicite.

Vous bravez la fortune, et cédez au mérite. Ce sacrifice est noble, et surtout bien placé. Je savois à quel cœur je m'étois adressé.

MÉLISE.

Par exemple, marquis, permettez-moi de rire. Quoi, vous prenez pour vous ce que je viens de dire ?

FLORICOURT, avec la plus grande gaîté.

Eh, comment s'y tromper ? Le détour est charmant!

MÉLISE.

Encor ?

FLORICOURT, hors de lui.

Vous me voyez dans un enchantement!...

Je suis las d'espérer. Décidez-vous, de grâce.

Écoutons la raison, et laissons la grimace.

( Il tombe à ses pieds. )

Ah ! je vous le demande au nom de nos beaux jours, Faisons à tout Paris envier nos amours.

MELISE.

Trêve donc, s'il vous plaît, à la plaisanterie...

Il extravague... On vient. Levez-vous, je vous prie.

FLORICOURT

Non. Je lis dans vos yeux, dans ce tendre embarras, Que mon hommage a pris, et ne vous déplaît pas.

( Damis entre dans ce moment. Il est aperçu de Mélise , et non de Floricourt. )

C'est à moi d'affermir mon bonheur qui s'apprête. Tout me sert, et je cours assurer ma conquête.

( Floricourt , en sortant , rencontre Damis , et lui fait des signes d'un air triomphant. )

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