‹ uvres choisies de DoratChapitre 46 sur 142 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

DAMIS, MÉLISE.

D A M T S , du fond du théâtre.

Fort bien ! Le tête-à-tête est un peu hasardé. Est-ce pour ce tableau que vous m'avez mandé ? 11 est touchant !

MÉLISE.

A-t-il le bonheur de vous plaire?

DAMIS, avec une gaîté contrainte.

Beaucoup.

MELISE, ironiquement.

Il me parloit de son ardeur sincère.

DAMIS

Et vous daigniez répondre à des transports si doux ? C'est l'usage au surplus.

MÉLISE, à part.

(haut.) Mais seroit-il jaloux?

J'étois libre , monsieur, lorsqu'on vous fit descendre.

DAMIS, très-froidement.

Vos ordres sont sacrés, j'ai volé pour m'y rendre.

(à part. )

L'entretien sera vif.

MÉLISE.

M'expliquez-vous enfin Les propos que mon oncle a tenus ce matin ? Qu'est-ce que cet hymen, ce refus, cet outrage Dont il vous accusoit ?

DAMIS

Quand tout vous rend hommage, Madame, en vérité, pensez-vous à cela?

C'est une vision que cet outrage-là.

Ne le savez-vous pas ? qui raconte exagère , Et c'est l'art d'embrouiller la chose la plus claire. Votre oncle brusquement vient m'offrir votre main. Je ne m'attendois pas à ce bonheur soudain ; Je n'avois ni le droit, ni l'orgueil d'y prétendre;

C'est en m'appréciant que j'osai m'en défendre. Voilà tout.

M É L I S E , d'un ton ironique.

Voilà tout ?

DAMIS, se rapprochant.

Mais vous, madame, vous, M'expliquez-vous enfin quel est ce grand courroux, Cet étonnant billet qui de chez vous me chasse ? Comment me suis-je donc attiré ma disgrâce ?

Ma lettre vous l'apprend, sans rien dissimuler. Je suis lasse, monsieur, d'apprêter à parler. Je suis jeune, on m'observe, on censure, on raisonne; Et, pour fuir les amants, je ne vois plus personne.

DAMIS

Est-ce à titre d'amant que je suis renvoyé?

MÉLISE, très-vite.

Point de détail.

DAMIS

Je vois qu'on m'a calomnié.

Quand on aime, on s'échappe, on se trahit. Madame, Vous ai-je dit un mot qui fît croire à ma flamme?

MELISE, avec vivacité.

Et quand cela seroit ?

DAMIS

Oui : mais... cela n'est pas.

MÉLISE, avec chaleur.

Quoi, votre empressement à suivre tous mes pas,

COMÉDIE. 2o3

Cette assiduité que tout Paris a vue, Et votre jalousie avec art retenue, N'annonçoient pas assez un homme qui prétend, Et semble, pour le dire, aux aguets d'un instant?

DAMIS

Ah î ne confondons point : tout cela vouloit dire Qu'on rencontre chez vous ce que mon cœur désire, Des grâces, des talents...

Vous m'impatientez.

DAMIS

Un commerce divin, cent belles qualités.

Cela signifioit que votre esprit enchante,

Qu'on se plaît à vous voir, que vous êtes charmante.

Enfin...

MÉLISE.

Parlez.

DA.MIS

Cela, je le dis sans détour, Prouvoit tous vos attraits , sans prouver mon amour.

MÉLISE.

Soit, soit. Eh , que me fait votre amour, je vous prie?

DAMIS

Vous m'accusez; il faut que je me justifie.

MÉLISE.

De quoi donc ? Il m'outrage à chaque mot.

DAMIS

De quoi ?

De l'amour prétendu qui vous révolte en moi.

Vous me haïssez donc \ monsieur ?

DAMIS

Qui ? moi , madame ?

MÉLISE.

Répondez.

DAMIS

Mieux que moi vous lisez dans mon ame, Et c'est trop prolonger mon cruel embarras. Comment, lorsqu'on vous voit, dire qu'on n'aime pas ? Un tel aveu pour vous seroit tout neuf peut-être; Il pourroit vous fâcher , mais vous l'auriez fait naître. Car enfin, si vos lois n'en veulent qu'aux amants, Pourquoi m'envelopper dans vos ressentiments ? Pourquoi , prompte à risquer un arrêt qui m'accable, Si je suis innocent, me traiter en coupable?

MÉLISE.

Allez, monsieur, allez, vous m'êtes odieux.

DAMIS

Vous ne fûtes jamais plus aimable à mes yeux.

MÉLISE.

Eloignez-vous des miens.

DAMIS

D'où vient cette colère ?

J'obéis, et je sors, de peur de vous déplaire.

COMÉDIE. 2o5

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