AU ROI DE DANEMARCR
\J u o i ! dans la saison de l'ivresse Et des prestiges séducteurs , Lorsque le trône et ta jeunesse Pourroient excuser tes erreurs.
Par toi sur tes pas enchaînée, La raison guide tes projets; Et l'arrachant de ton palais, Malgré les soupirs d'hyménée, Malgré les pleurs de tes sujets, Tu viens parmi nous comme un sage Sans étiquette, sans flatteurs, N'ayant de garde à ton passage Que ta bienfaisance, tes mœurs, Et les grâces de ton bel âge !
Du tableau que t'offrent ces lieux Ta prompte et vive intelligence Saisit la mobile nuance, Et s'instruit même par nos jeux.
Plein d'une aménité charmante,
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Tu souris à tous nos talents, Et tu voyages à vingt ans , Comme le czar fit à quarante.
Que dis-je! lorsqu'en nos climats Il chercha des secrets utiles, Et qu'il recueillit dans nos villes De quoi féconder ses états , Je ne sais quelle ombre funèbre Sembloit obscurcir son laurier; Ce n'étoit qu'un héros célèbre, Un politique meurtrier; Sa main de sang déjà rougie, Avoit pesé sur les mortels.
Détestant ses excès cruels , On n'admiroit que son génie.
Ainsi, sous un ciel orageux, Une comète menaçante Fixe les regards curieux Du vulgaire qu'elle épouvante.
Qu'un prix plus noble t'est bien dû!
Tout séduit en toi, rien ne blesse; Par aucun retour de tristesse Notre hommage n'est combattu, Et cet encens que l'on t'adresse Est aussi pur que ta vertu.
Absolu, tu sais être juste:
Le fier despotisme à tes yeux N'est, dit-on, que le droit auguste
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De faire à ton gré des heureux.
A l'infortuné qui t'implore Ta bonté laisse un libre accès.
Tous ces héroïques forfaits Que de si beaux noms on décore, Ton cœur les hait ou les ignore.
Ta main ne s'est ouverte encore Que pour répandre des bienfaits.
Tu n'as point encor sur le trône Eprouvé ces fatals instants Où de ses rayons foudroyants Un roi doit armer la couronne; Tous ceux dont l'éclat t'environne , Sont les doux rayons du printemps :
Tel le jour en naissant colore L'univers dans l'ombre engourdi.
Et renouvelle à son aurore Les champs qu'il brûle à son midi.
Voilà d'où vient notre délire:
Protecteur de l'humanité, On aime en toi ce qu'on admire.
Loin des limites emporté, Peut-être aussi que notre zèle Importune ta majesté, En voulant s'épuiser pour elle.
Mais attentif aux grands objets, Tu n'as point jugé les François Par ces ardeurs trop indiscrètes,