SUR LA COMPLAISANCE QUIL A DÉCRIRE A TOUT LE MONDE
X u nous mis l'histoire en tableaux, La morale en contes pour rire.
Tu fis expirer quelques sots Sous les verges de la satire Et sous le tranchant des bons mots. Tes drames ont charmé la France; De la scène ils sont l'ornement.
Ils manquent un peu d'ordonnance ; Mais, toujours pleins de sentiment, De pathétique et d'éloquence, On les attaque vainement; Ils ont nos larmes pour défense.
Pour t'égayer dans tes ennuis, Tu poursuivis, sans conséquence, Et La Beaumelle et Maupertuis; Je les mets sur ta conscience.
Ton cœur, dit -on, fut entiché
A M. DE VOLTAIRE, EPITRE IV. i^ D'un tant soit peu de vaine gloire :
Je n'ai pas de peine à le croire; Et ce n'est pas un grand péché.
Aujourd'hui, vainqueur de l'envie, A ton siècle donnant le ton , Tu tiens le sceptre du génie , Et le flambeau de la raison.
Volage amant de la sagesse Dont tu ressuscitas les droits, Tu reprends encor quelquefois Tous les hochets de ta jeunesse.
Par toi , par ton heureuse adresse Le Pactole plus illustré Vient rouler son or égaré Parmi les ondes du Permesse.
Les amants t'adressent leurs vœux, Ils accourent dans ton asile; Tu dotes la beauté nubile, N'en pouvant rien faire de mieux, Ta plume est le fléau du vice :
Avec courage elle a vengé L'honneur d'un vieillard égorgé Par le glaive de la justice.
Tu consoles l'humanité Qu'on afflige, qu'on déshonore; Et quand le sage est tourmenté, Voltaire est l'appui qu'il implore.
Enfin, dans toi sont réunis
Le philosophe qui disserte
Sans jamais effrayer les ris,
Et l'auteur qui tient table ouverte ,
Fait peu commun aux beaux-esprits.
Mais, dis -moi, par quelle indulgence, Ou bien par quels motifs secrets, Soutiens -tu la correspondance De ces innombrables roquets , Qui fatiguent ta patience Par leurs petits vers indiscrets, Et dont l'Apollon à grands frais T'ennuie avec persévérance, Quoique flatteur avec excès?
Rien, à mon gré, n'est si risible Que leur air, leurs tons empesés, Et leur mérite imperceptible , Dont tu les as seul avisés.
Si leur sièele les contrarie, Tout est perdu , goût , équité ; Us font, plaignant la barbarie, Appel à la postérité.
Ta missive, qu'ils ont en poche, Leur sert de lunette d'approche, Pour lorgner l'immortalité.
Bardus paroît, et pour stupide D'une voix il est proclamé; Mais Bardus nous montre l'égide Dont par toi-même il fut armé :
Contre nos traits il se rassure, Lisant l'écrit consolateur Où le fat, par ta signature, Est désigné ton successeur.
Ta louange, bien dispensée, Doit, pour échapper aux railleurs, Etre semblable à la rosée Qui féconde le sein des fleurs :
Non à cette pluie abondante Qu'un sombre nuage produit, Et qui, courbant la jeune plante, Souvent la noie et la détruit.
Toujours jaloux de renommée, Car c'est le vice des grands cœurs , Peut-être contre tes censeurs Prétends -tu lever une armée, Et t'y soudoyer des prôneurs ?
Mais crains du moins leur maladresse ; Ils sont d'un gauche à t'effrayer :
Toujours prompts à s'extasier, Ils te nuisent par leur ivresse.
Croirois-tu bien qu'on les entend, Oubliant tout ce qui t'honore, Louer ta Prude obstinément Et vanter intrépidement Samson, tes odes, et Pandore?
Dans ton commentaire charmant Depuis qu'il t'a pris fantaisie
De persifler si lestement Le grand peintre de Cornélie, Qui, sublime tout bonnement, Ne sut persifler de sa vie; Ne voilà -t-il pas tous nos sots Qui vont étayant ton système, Et sont de ton nouveau blasphème Les infatigables échos ?
Que ces bouffons, ces froids copistes, Ces mirmidons religieux, Soient tes* martyrs, si tu le veux, Mais non pas tes panégyristes.
Converse avec les Diderots, Les d'Alembert et les Duclos.
Du haut des sphères qu'il mesure , Buffon brigue ton entretien :
Le confident de la nature A mérité d'être le tien.
Las de te perdre dans les nues, Ris avec ce folâtre abbé Dont les peintures ingénues Nous ont offert les grâces nues Dans maint roman très -prohibé.
Du jour apprends l'historiette Par ce fou volage et charmant, Qui va de toilette en toilette Décréditer le sentiment, Comme contraire a l'étiquette;
Et qui, daignant éparpiller Les trésors de son portefeuille, De chaque fleurette qu'il cueille Voit sortir un nouveau laurier.
Mais par tes billets circulaires N'enhardis plus l'essaim bruyant De ces insectes éphémères Qui vont assiéger ton couchant, Ainsi , dans les plaines de Flore , Sur le déclin des jours brûlants, L'œil surpris voit soudain éclore Tous ces moucherons bourdonnants Qui de l'aurore qui doit suivre Ne reverront pas le réveil, Et viennent se hâter de vivre Aux derniers rayons du soleil.
Adieu. De ce vain badinage Ne va point te formaliser.
Un fou peut -il blesser un sage, En ne voulant que l'amuser?
Ne cherche pas qui je puis être.
Je donne un conseil à mon maître f Dont j'idolâtre les talents.
Sous le voile qui m'enveloppe, J'osai rire quelques instants ; Et je vais pleurer à Mérope.
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A M. DE PEZAI