A M. DE PEZAI, ÉPITRE V
Et que Dieu fît à son image.
Que penses- tu de ces beaux lieux Où ce Calvin ingénieux Vit prospérer son hérésie; De ce séjour de l'industrie, Berceau d'un cynique fameux, Savourant loin de sa patrie Le plaisir d'être malheureux, Et le tout par philosophie ?
Quel est ce Mont -Jura vanté, D'où l'œil, sous un ciel qui s'épure, Aime à contempler la nature Souriant avec majesté; D'où l'on voit la magnificence Du dieu qui mûrit les moissons , Le cercle éternel des saisons, Et les gerbes de l'abondance S'accumuler dans les vallons? , Ce mont, inaccessible aux vices, Et voisin des hauteurs des cieux, Ne semble -t- il pas orgueilleux De dominer sur les Délices?
Mais de quoi vais-je te parler! * Le peintre adoré de Zaïre A quitté ce paisible empire ; C'est à Ferney qu'il faut voler.
A Médine en pèlerinage On va religieusement
i$i A M. DE PEZAI, ÉPITRE V.
Y visiter le monument D'un imposteur soi-disant sage, Qui mériteroit nos mépris, Malgré la secte qui lui reste, N'étoient les vierges bleu-céleste Dont il meubla son paradis.
Or, ce Mahomet qu'on révère, Et de qui la cendre est si fière D'occuper dans l'air un tombeau, Qu'est-ce auprès de notre Voltaire, Riche seigneur d'un bon château?
L'un, content d'être formidable, Fut un charlatan sans gaîté.
L'autre est un enchanteur aimable, Qui du fard brillant de la fable Enlumina la vérité; A notre foiblesse inquiète Montre toujours les cieux ouverts, Et ne se sert de sa baguette Que pour embellir l'univers.
Il obtint la palme immortelle Que l'autre ravit en tyran; Et, dusse -je offenser le zèle De quelque entêté musulman, Le paradis de l'Alcoran Vaut-il l'enfer de la Pucelle?
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J Je ton agreste solitude Je vais donc quitter le repos.
Adieu ces tranquilles berceaux , Où je consacrois à l'étude Des jours plus sereins et plus beaux : Adieu cet inculte ermitage , Coupé de limpides canaux, Où la nature un peu sauvage Sort d'une forêt de roseaux , Pour sourire aux vertus d'un sage.
Je ne verrai plus sur les eaux Se jouer tes cygnes fidèles, Mêlant l'albâtre de leurs ailes Au vert naissant des arbrisseaux.
Je n'entendrai plus les marteaux Dans tes forges retentissantes, Frappant des coups toujours égaux , Soumettre aux flammes jaillissantes Le plus indompté des métaux.
Lassé des cbampêtres tableaux,
J'errois sous la voûte obscurcie,
Où Vulcain , d'une main noircie ,
Lui-même attise tes fourneaux.
Souvent j'y devançois l'aurore;
Eh ! peut-on voir avec ennui
Un feu pétillant et sonore
Chercher, dans le fer qu'il dévore ,
Un aliment digne de lui;
Du métal vaincre la rudesse,
A cent formes l'assujettir,
D'un fil lui donner la souplesse ,
Ou le forcer de s'arrondir?
Ah ! que dans nos plaines fertiles
Par lui nos socs soient façonnés !
Qu'il se courbe en serpes utiles
Par qui nos grains soient moissonnés1
Que pour le dieu de la tendresse
Il forge les heureux verrous
Qui garantissent des jaloux
L'amant et sa jeune maîtresse!
Mais qu'il ne compose jamais
Les gonds , les barreaux détestables
De tous ces cloîtres formidables
Ou la beauté , dans les regrets ,
Maudit enfin ces vœux coupables
Qui nous dérobent ses attraits!
Qu'il n'arme point la barbarie
De ces cohortes de brigands
Qui courent prodiguer leur vie Pour désennuyer leurs tyrans !
Sous la hache du despotisme Ne tranche point notre destin, Et n'aille pas de sang humain Baigner l'autel du fanatisme!
O mon ami! tels sont mes vœux.
Toi , demeure dans ces asyles , Où, simple, obscur et vertueux, Tu ris du faste de nos villes En voyant la pompe des cieux.
Près de ta respectable mère, Tu mets à profit tes beaux jours , Et j'ai vu leur paisible cours S'embellir du soin de lui plaire.
La raison réglant tes désirs Sous la zone de la jeunesse, Enchaîne aux pieds de la vieillesse Tes passions et tes plaisirs.
Tu peux, sans redouter le blâme, Rendre compte de tes moments :
La nature enrichit ton ame De ce qu'elle enlève à tes sens.
Pour moi, je ne sais quelle ivresse Emporte et promène mon cœur; C'est en regrettant la sagesse , Que je cours embrasser l'erreur.
Oui, déjà tout mon sang bouillonne :
Les trésors parfumés des champs,
De Cérès les nouveaux présents, L'amitié même , hélas ! pardonne , Rien ne maîtrise les élans D'un cœur trompé qui s'abandonne A la fougue de ses penchants. »
Fatigué du jour qui m'éclaire, Je vais, dans mon aveuglement, Errer de chimère en chimère, Offrir un culte involontaire Aux illusions du moment; Acheter par de longues peines Une étincelle de bonheur; Crier liberté dans les chaînes, Et rire au sein de la douleur; Dans une pénible mollesse Consumer chaque triste jour, Et surtout livrer ma foiblesse A tous les rêves de l'amour.
Ah! sans lui, qui pourroit nous plaire? Sans cet heureux enchantement, Que resteroit-il à la terre?
L'ennui de vivre et le néant.
Tu vois trop quel est mon délire.
Ami , je ne puis le cacher :
L'amour lui seul peut m'attacher ; C'est sa flamme que je respire.
Ce sexe, orné de mille attraits Que son adresse multiplie, Nous tient enchaînés à la vie
ÉPITRE VI. s57
Par d'imperceptibles filets , Dans ses défauts trouve ses armes, Nous plaît en nous tyrannisant , Et n'est jamais si séduisant Qu'alors qu'il fait couler nos larmes.
Toujours absous par nos désirs, Il a tout, puisqu'il a les charmes Et qu'il dispense les plaisirs.
Que dis-je! une fougue imprudente Sans doute égare mes esprits :
La jeunesse toujours ardente A ce bonheur met trop de prix. Ils viendront ces jours de lumière Où l'homme, en soupirant, s'éclaire Sur les vrais moyens d'être heureux.
Alors battu par les orages, Digne du moins de ta pitié, J'irai, fuyant d'autres naufrages, Chercher un port dans l'amitié.
Sous la plus épaisse verdure Du bosquet le plus retiré , Je pourrai, loin de l'imposture, Reposer mon œil épuré Sur les tableaux de la nature.
Alors il faudra vous quitter, Douces erreurs de notre aurore....
Mais nous en parlerons encore, Ne pouvant plus en profiter.
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A ZEMIS,