QUELQUES HEURES AVANT DE QUITTER DIJON
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\Jue le vol du temps est rapide!
Je te vois depuis un moment, Et déjà le sort qui me guide M'enlève à ce loisir charmant Où, dans le doux épanchement De la tendresse la plus pure, Je serrois si tranquillement Un nœud formé par la nature.
Déjà hennissent dans ta cour Les coursiers dont l'impatience Va m'arracher à ce séiour.
Que leur fatale diligence À de fois affligé l'amour !
Sans vouloir lui faire une offense, L'amitié ressent comme lui Le vide affreux, le sombre ennui, Et tous les tourments de l'absence.
Mais pourquoi vais-je t'attrister, En m'arrêtant sur cette image?
Tout ici-bas n'est qu'un passage, Et l'on s'unit pour se quitter.
Liqueur céleste et bienfaisante, Toi qu'on voit mûrir sur ces monts, Qui sur les coteaux bourguignons As puisé ta sève odorante; Toi qui vas par-delà les mers Egayer les penseurs de Londre, Les Russes prêts à se morfondre, Si tu n'échauffois leurs hivers; Les bâchas à deux ou trois queues, En tuniques vertes ou bleues, Te fêtant dans leurs belvéders; L'iman , le bonze , le bracmane ; Surtout cet auguste sultan, Qui, las de la pompe ottomane, Envoie au diable le turban, Pour te humer en bon profane, Boit, jure avec ses icoglans, Et laisse violer ses femmes Par de petits eunuques blancs, Qui poussent auprès de ces dames Ce qu'ils ont de beaux sentiments :
Etourdis-moi , liqueur chérie ; j'ai besoin d'un moment d'erreur.
Qu'un sage à la raison se fie,
J'implore ta douce vapeur Qui vaut bien la philosophie.
De tes brouillards couvre mes yeux, Et sauve mon ame attendrie De l'amertume des adieux.
Du moins , 6 ma plus sûre amie , Je te laisse en des lieux charmants.
Parmi vous la coquetterie N'a pas éteint les sentiments, Et de la bonne compagnie Yous avez tous les agréments, Sans avoir sa superficie, Ses éternels raffinements, Et sa brillante perfidie.
Vos époux sont accommodants; Je ne dirai rien des amants :
Mesdames, votre fantaisie Fit leur valeur dans tous les temps.
Combien de belles sous les armes, Méditant les plus doux combats !
L'enfant ailé, fier de leurs charmes, Sonne la charge sur leurs pas.
, Honneur à notre jeune Achille (*)! Lorsque paisible et désarmé, Il vient goûter dans cet asyle Le plaisir de se voir aimé,
(*) Le prince de Conde.
Que ce cortège doit lui plaire C'est l'aiglon qui sort de son aire , Va nourrir ses jeunes ardeurs Dans le foyer de la lumière, Et las de porter le tonnerre, Revient s'abattre sur des fleurs.
Dijon, que je te dois d'hommages!
J'ai vu dans tes murs florissants Des cœurs vrais, de jolis visages, Et des grâces et des talents, La parure de tous les âges, Le charme de tous les instants.
Auprès d'une Vénus nouvelle ( * ) J'ai vu les amours embellis Lier Thémis , grave immortelle , Avec la ceinture des ris , S'accoutumer à sa présence, Armer ses mains de leur flambeau, Lever un coin de son bandeau, Et se jouer dans sa balance.
J'ai vu ce célèbre Cîteaux, Où quelques pieux personnages Sont abreuvés du vin du clos, Si digne d'enivrer des sages, Et des gourmets, et des dévots.
Qu'entends-je?.. On m'appelle, on me presse,
(*) La première présidente.
Chère sœur : voici le moment.
Adieu : dans cet embrassement, Reçois ma fidèle promesse De t'aimer éternellement.
Je te jure qu'à ma maîtresse Je n'oserois en dire autant.