EN LUI ENVOYANT MA TRAGEDIE DE PIERRE- LE-GRAND
Ami, je hais les dédicaces
Et le ton des adulateurs :
Je demande un sourire aux grâces,
Rien au faste des protecteurs.
Jamais par le moindre acrostiche
Je n'ai flatté l'orgueil des rangs.
Les sots, que le hasard fit grands.,
Pourroient bien transir dans leur niche ,
Sans que j'y brûle un grain d'encens.
Je ris de l'opulence altière ,
Qui de sa triste oisiveté
Prétend que l'on soit tributaire.
Ma maîtresse et la vérité
Sont les rois à qui je veux plaire.
A. l'aspect du vice fêté ,
Ma muse, d'un œil irrité,
Se rejette, toujours plus fière, Dans les bras de la liberté.
Par sagesse ou par imprudence, Je fuis tout succès mendié, Et du sein de l'indépendance J'offre mes vers à l'amitié.
Jette les yeux sur la peinture De ce guerrier législateur, Qui par son souffle producteur Dans le Nord changea la nature; Rassembla les germes épars Des talents et de l'industrie; Et, se créant une patrie, Fit luire le soleil des arts Sur les neiges de Sibérie.
Pour de pareils coups de pinceaux , Je suis sans doute encor novice :
Ami, je me borne à l'esquisse, Et te laisse les grands tableaux.
On nous parle de l'ancien Pierre, Qui , de la foi seule appuyé , Jadis marcha sur l'onde amère, Sans se mouiller le bout du pié.
Ce Pierre-ci, plus terre à terre, Seroit, je crois, bientôt noyé, S'il étoit par moi renvoyé Sur les flots bruyants du parterre.
Pour toi , brave cet océan ;