EN LUI ENVOYANT LODE CONTRE LES DÉTRACTEURS DE LA POÉSIE D'IMAGES
VJuand je défends la poésie, A toi seul, poète charmant, J'ose offrir son apologie :
A toi, peintre du sentiment, Qui des sons connois la magie :
A toi, mélodieux amant Des déesses de l'harmonie.
Déjà tes pinceaux enchanteurs , Dont l'art savant t'immortalise, Ont fait passer dans tous les cœurs Les intéressantes douleurs Et de Caliste et d'Héloïse ; Déjà l'on t'a vu, d'une main Libre à la fois et circonspecte, Embellir le Temple divin Dont Montesquieu fut l'architecte.
Au milieu des plus doux concerts,
294 A M. CGLARDEAU.
Ta muse brillante et rapide A cueilli les roses de Gnide , Qui refleurissent dans tes vers.
Même on t'a vu, des sombres rives Interrogeant les longs échos , Evoquer les ombres plaintives Que du Styx enchaînent les eaux; Et parcourant ces bords nouveaux , Unir ta guirlande légère A la couronne funéraire Qu'Young ravit sur les tombeaux.
Chantre aimable et mélancolique , Qu'ils sont loin de toi ces rimeurs , Au ton plaisamment despotique , Qui lassent jusqu'à leurs prôneurs Qu'a démentis la voix publique ; Ces petits Tantales si vains , Dont l'audace toujours active Touche la palme fugitive Qui toujours échappe à leurs mains!
Souffre en paix leur sotte arrogance Et gardant ta sérénité, Vois-les pâlir en ta présence Du remords de leur nullité. Dans le dédale des intrigues Ils quêtent des admirateurs; Et par la honte de leurs brigues Ils ramperont jusqu'aux honneurs.
Toi, chéris ton indépendance; Goûte ses paisibles douceurs , Sans fiel , quoique sans récompense ; Mais avant tout, sans protecteurs.
Par cent motifs.... que l'on devine, On se fait à leur abandon.
Les succès furent pour Pradon, Et les lauriers sont pour Racine.
J'ai, pour moi-même, exécuté Tous les conseils que je te donne :
D'utites soins m'ont écarté Du champ où l'adresse moissonne Et répand la stérilité.
Loin de nous l'inquiète ivresse, Celle au moins qui peut tourmenter :
Mêlant l'étude et la paresse , Laissons les sectes s'agiter.
Le calme est fait pour la sagesse.