‹ uvres choisies de Jean RacineChapitre 100 sur 132 · LA PIETE · texte numérisé non relu

LA PIETE

Du séjour bienheureux de la divinité,

Je descends dans ce lieu *, par la grâce habité.

L'Innocence s'y plaît, ma compagne éternelle,

Et n'a point sous les cieux d'asile plus fidèle.

Ici, loin du tumulte, aux devoirs les plus saints

Tout un peuple naissant est formé par mes mains.

Je nourris dans son cœur la semence féconde

Des vertus dont il doit sanctifier le monde.

Un Roi qui me protège, un Roi victorieux,

A commis a mes soins ce dépôt précieux.

C'est lui qui rassembla ces colombes timides,

Eparses en cent lieux, sans secours et sans guides.

Pour elles, à sa porte, élevant ce palais,

Il leur y fit trouver l'abondance et la paix.

Grand Dieu, que cet ouvrage ait place en ta mémoire !

due tous les soins qu'il prend pour soutenir ta gloire

Soient gravés de ta main au livre où sont écrits

Les noms prédestinés des rois que tu chéris !

Tu m'écoutes ; ma voix ne t'est point étrangère :

Je suis la Piété, cette fille si chère,

GLui t'offre de ce roi les plus tendres soupirs.

* La maison de Saint-Cyr.

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