‹ uvres choisies de Jean RacineChapitre 108 sur 132 · MARDOCHÉE · texte numérisé non relu

MARDOCHÉE

Gluoi lorsque vous voyez périr votre patrie, Pour quelque chose, Esther, vous comptez votre vie ? Dieu parle, et d'un mortel vous craignez le courroux'? due dis-je : votre vie, Esther, est-elle à vous ? N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue ? N'est-elle pas à Dieu, dont vous l'avez reçue? Et qui sait, lorsqu'au trône il conduisit vos pas, Si, pour sauver son peuple, il ne vous gardait pas? Songez-y bien : ce Dieu ne vous a pas choisie Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Asie, Ni pour charmer les yeux des profanes humains: Pour un plus noble usage il réserve ses saints. S'immoler pour son nom et pour son héritage, D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage. Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours î

Et quel besoin son bras a-t-il de nos secours 1 due peuvent contre lui tous les rois de la terre 1 En vain ils s'uniraient pour lui faire la guerre ; Pour dissiper leur ligue, il n'a qu'à se montrer ; Il parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer. Au seul son de sa voix la mer fuit, le Ciel tremble; Il voit comme un néant tout l'univers ensemble; Et les faibles mortels, vains jouets du trépas, Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étaient pas. S'il a permis d'Aman l'audace criminelle, Sans doute qu'il voulait éprouver votre zèle. C'est lui qui, m'excitant à vous oser chercher, Devant moi, chère Esther, a bien voulu marcher ; Et s'il faut que sa voix frappe en vain vos oreilles, Nous n'en verrons pas moins éclater ses merveilles. Il peut confondre Aman, il peut briser nos fers Par la plus faible main qui soit dans l'univers ; Et vous, qui n'aurez point accepté cette grâce, Vous périrez peut-être, et toute votre race.

ESTHER

Allez : que tous les Juifs, dans Suze répandus,

A prier avec vous jour et nuit assidus,

Me prêtent de leurs vœux le secours salutaire,

Et pendant ces trois jours gardent un jeûne austère.

Déjà la sombre nuit a commencé son tour :

Demain, quand le soleil rallumera le jour,

Contente de périr, s'il faut que je périsse,

J'irai pour mon pays m'onrir en sacrifice.

Q.u'on s'éloigne un moment.

(Le Chœur se retire vers le fond du théâtre.)

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