ACOMAT, OSMIN
ACOMAT
Demeure. Il n'est pas temps, cher Osmin, que je sorte.
OSMIN
GLuoi, jusque-là, Seigneur, votre amour vous transporte*? N'avez- vous pas poussé la vengeance assez loin ^ Voulez- vous de sa mort être encor le témoin î
■ ACOMAT
due veux-tu dire 1 Es-tu toi-même si crédule, Glue de me soupçonner d'un courroux ridicule 1 Moi, jaloux 1 Plût au Ciel, qu'en me manquant de foi, L'imprudent Bajazet n'eût offensé que moi !
OSMIN
Et pourquoi donc, Seigneur, au lieu de le défendre...
ACOMAT
Et la sultane est-elle en état de m'entendre 1 Ne voyais-tu pas bien, quand je l'allais trouver, due j'allais avec lui me perdre ou me sauvera Ah ! de tant de conseils événement sinistre ! Prince aveugle ! Ou plutôt trop aveugle ministre ! Il te sied bien d'avoir, en de si jeunes mains, Chargé d'ans et d'honneurs, confié tes desseins; Et laissé d'un visir la fortune flottante, Suivre de ces amans la conduite imprudente !
OSMIN
Eh ! laissez-les entre eux exercer leur courroux. Bajazet veut périr, Seigneur, songez à vous. Glui peut de vos desseins révéler le mystère, Sinon quelques amis engagés à se taire ï Vous verrez, par sa mort, le sultan adouci.
ACOMAT
Roxane, en sa fureur, peut raisonner ainsi.
Mais moi qui vois plus loin, qui, par un long usage,
Des maximes du trône ai fait l'apprentissage j
Gtui, d'emplois en emplois, vieilli sous trois sultans, Ai vu de mes pareils les malheurs éciatans; Je sais, sans me flatter, que de sa seule audace Un homme, tel que moi, doit attendre sa grâce ; Et qu'une mort sanglante est l'unique traité Glui reste entre l'esclave et le maître irrité,
OSMIN
Fuyez donc.
ACOMAT
J'approuvais tantôt cette pensée.
Mon entreprise alors était moins avancée. Mais il m'est désormais trop dur de reculer. Par une belle chute il faut me signaler ; Et laisser un débris, du moins, après ma fuite, dui de mes ennemis retarde la poursuite. Bajazet vit encor. Pourquoi nous étonnera Acomat de plus loin a su le ramener.
Sauvons-le, malgré lui, de ce péril extrême, Pour nous, pour nos amis, pour Roxane elle-même. Tu vois combien son cœur, prêt à le protéger, A retenu mon bras trop prompt à la venger. Je connais peu l'amour ; mais j'ose te répondre Qu'il n'est pas condamné, puisqu'on le veut confondre ; due nous avons du temps. Malgré son désespoir, Roxane l'aime encore, Osmin, et le va voir.
OSMIN
Enfin, que vous inspire une si noble audace % Si Roxane l'ordonne, il faut quitter la place. Ce palais est tout plein...
ACOMAT
Oui, d'esclaves obscurs,
Nourris, loin de la guerre, à l'ombre de ses murs. Mais, toi, dont la valeur d'Amurat oubliée, Par de communs chagrins à mon sort s'est liée, Voudras-tu jusqu'au bout seconder mes fureurs 1
OSMIN
Seigneur, vous m'offensez. Si vous mourez, je meurs.
AOOMAT.
D'amis et de soldats une troupe hardie
Aux portes du palais attend notre sortie.
La sultane, d'ailleurs, se fie à mes discours.
Nourri dans le sérail, jJen connais les détours.
Je sais de Bajazet l'ordinaire demeure.
Ne tardons plus. Marchons. Et, s'il faut que je meure,
Mourons : moi, cher Osmin, comme un visir ; et toi,
Comme le favori d'un homme tel que moi.
FIN DU atJATRIEME ACTE.