Œuvres choisies de Lebrun
Les OEuTres de Lebrun , réunies en quatre volumes , ont paru pour la première fois à la fin de i8i i, précédées d'une notice sur Lebrun, écrite par Ginguené, son ami. Tai profité de cette notice au moins pour les faits , qui ne sont ni très nombreux ni très importants.
Ponce- Denis-Écouchard Lebrun naquit à Paris en 1 739. Ses parents étoient attachés au service du prince de Gonti. Des vers de leur fils encore enfant méritèrent Fattention et les premiers bienfaits du prince.
Lebrun fit des études brillantes au collège Mazarin. En sortant de rhétorique il récita publiquement, à la distribution des prix, un discours en vers qui fut regardé non seulement comme le présage, mais comme le garant assuré d'un grand talent.
En 1748 FAcadémie françoise proposa, pour sujet du prix de poésie, l'amour des François pour leurs rois, consO' crépar les monuments publics. Lebrun concourut, fit d'assez beaux vers , et ne fut point couronné ; mais son ode eut le suffrage de Louis Racine, et ce prix-là valoit peutêtre la médaille de l'Académie. Racine désira de connoltre Lebrun, ^accueillit, et l'encouragea. Le jeune poète, comme on peut le croire, n'eut rien plus à cœur que de
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fortune Loub Racine n'exista plus que pour le pleurer.
Ces afFreux événements inspirèrent à Lebrun deux odes qui parurent à peu d'intervalle l'une de l'autre. Nous nV Yons inséré que la seconde dans le volume des Œuvres choisies y parcequ'on y retrouve le même fonds d'idées , les mêmes tableaux, que dans la première, et que la mort du malheureux Racine répand sur les dernières strophes un intérêt plus touchant.
Lebrun n'a voit que vin^-six ans , et se montroit déjà d'une manière assez brillante pour être remarqué par l'envie ;. ce n'étoient ni sa déférence aux conseils de la critique ni sa modestie qui pouvoient la désarmer.
Il eut à se féliciter d'une bonne inspiration lorsqu'il fit connoitre à Voltaire une jeune et malheureuse héritière du nom de Corneille, réduite à l'auméne des comédiens françoîs. Lebrun sut prêter à Corneille un langage dig^ne de lui , non pas toutefois lorsque ce grand homme dit à s^ nièce dans cette ode :
Et mes lanrien émus ont pleuré tes ennuU,
mais lorsqu'il ajoute :
Un rival de mon nom, si quelqu'un le peut être , Voilà le protecteur que tu dois reconnoitre :
11 est digne en effet de venger tes malheurs, etc.
Voltaire étoit trop sensible à la gloire pour ne pas répondre à cet appel. Il adopta M"^ Corneille, la fit élever chez lui, prit de son éducation trop négligée des soins tout paternels, et la maria. Mais, par un motif que les uns attribuèrent à son économie , les autres h sa délicatesse , il voulut que ce fût son grand-oncle qui la dotât lui-même ; et sa dot fut prise en effet sur le produit du
SUR LEBRUN. vij
semble Tagrëable carrière, et se berçoient d'une cëlëbrîtë «{u'ik sa vouroient cPaTance. Un frère de madame Racine fit évanouir en grande partie ces beaux rèvts : c'étoit un de ces bommes sérieux et froids qui demandent à quoi sert un poëte, et ce que prouve Iphigénie. Celui-ci désapprouva le projet qu'annonçoit son neveu de se livrer exclusivement à la littérature, et combattit son idée de tous les ai^ guments de la raison contre Penthousiasme. Il lui rappela que Corneille , au milieu de sa gloire, avoit connu le besoin et la gène; que le premier des fabulistes n'avoit eu d'autre asile que celui que Pamitié lui prétoit ; que son aïeul enfin, que Racine, aimé de Louis XIV, et riche un moment de ses bienfaits, avoit laissé sa veuve dans une situation difficile. R en conclut que la poésie n'enricbissoit pas ceux même qu'elle immortalisoit , et que le seul moyen qu'eût Racine de s'ouvrir un chemin à la fi>rtune étoit d'appliquer son intelligence aux spéculations du commerce.
Ce jeune homme se laissa persuader. Bientôt après il partit pour Cadix, recommandé par des négociants français à la maison la plus accréditée de cette capitale. On ne lui laissa pas même le temps d'écrire à Lebrun, et de Fen informer. Craignoit-on qu'il ne lui dit, comme Horace à Septimius :
Septimi, Gades aditurê nueum, «te.
Lebrun s'affligea de ce départ : mais quelle fut sa douleur lorsqu'il apprit l'affreux désastre du i*' novembre 1755 et la déplorable fin d'un ami qu'il chérissoit > ? L'in-
* Sa voiture , qui c^toyoit la rive , fut entraînée par le gonflement subit de la mer de Cadix.