‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 14 sur 177 · LIVRE PREMIER. ai · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. ai

Pleurer avec Junie et Monime , tes soeurs ! Infidèle à ton nom , infidèle à tes larmes , Quel bien te vaudra ces douceurs ?

Je demeure ; et tu pars ! comme un tilleul paisible Qui borne ses destins à de riants vallons , Quand le pin hasardeux fend la vague terrible , Et s'abandonne aux aquilons.

0 combien ton aïeul frémit au sombre empire De voir qu'impatient des trésors du Bœtis , Son fils, son doux espoir, sur un frêle navire, Se livre aux fureurs de Téthys !

Malheur à qui des mers franchit la borne antique , Pour se désaltérer dans les sources de lor, Et revint sillonner Focéan Atlantique , Ivre d'un coupable trésor !

Chez les mortels égaux Tor rompit l'équilibre : Le luxe , enfent de For, asservit l'univers : Mortel , qui que tu sois , tu serois encor libre Si For ne t'eût donné des fers.

Que sert d'un vain métal l'indigente richesse? L or peut-il assouvir ou la soif ou la feim ? Et voit-on de Plutus la briUante largesse Chasser les ombres du chagrin ?

L'Ibère qui t'appelle en ses plaines oisives, Indolent possesseur de son or vagabond , Quand Gérés et Bacchus enrichissent nos rives, N'étale qu'un luxe infécond.

Trop pareil à ce roi dont l'avare imprudence Obtint de tout changer en métal précieux, Pâle d'or et de iaim , il maudit l'abondance De ses trésors fallacieux.

L'or n a qu'un vil éclat entre des mains avares : L'or n'a qu'un son frivole en de prodigues mains : Satisfait d'assouvir des caprices bizarres , Fait-il le bonheur des humains ?

Cet or prendroit en vain les formes de Protée ; Il seroit moins changeant que nos rapides vœux. La soif de nos désirs , par lui-même irritée , Benait sans cesse de ses feux.

Il est plus dévorant que la triple Chimère : Il dédiire les cœurs dont il fut caressé : Des coupes de Plutus l'ivresse est plus amère Que les breuvages de Gircé.

Or, poison radieux dont l'édat nous consume, Toi seul guidas Cortès aux bords américains ; Et toi seul as souillé du sang de Montézume Le fer, vainqueur des Mexicains.

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