LIVRE PREMIER
Avant que ta présence eût inspiré œs crimes , Plutus y long-temps voisin de Fempire des morts, Sous des rochers épais , dans les flancs des abymes , Avoit reculé ses trésors.
Hais nos avides mains que lavarice inspire , Et ce fer, qui devoit n ouvrir que les siUons , De Gybéle en courroux perçant le vaste empire, Pénétrent ces gouffres profonds.
Sous les coups redoublés qui troublent son silence , Plutus de ses palais voit crouler les lambris : U se lève , il menace , il frémit , il s'élance Du fond de ses riches débris.
U voit, il voit son or, jadis inaccessible , Tressaillir sous les pas des avides brigands. De Tabyme étonné Fécho sombre et terrible Répéta ces cris menaçants :
« Quoi ! vous osez , mortels , jusqu'au centre du monde • Enlever mes trésors et troubler mon séjour I « Vous osez, du Tartare ouvrant la nuit profonde, « Montrer le Styx au dieu du jour !
« Mais que ne tente pas cette audace efiBrénée l « Elle a percé FÉrébe; elle atteindra les cieux ;
« Ils la yerront peut-être à Faigle oonstemée « Ravir les tonnerres des dieux.
« Ah ! dans ces gouffres même , et sous vos mains avides , « Entendez-vous mugir le courroux des enfers, « Et du Styx indigné tous les monstres livides « Remplir œs abymes ouverts ?
n Voyez les noirs Soupçons , l'Eflroi, la pâle Envie , « La Trahison nocturne , et les Meurtres sanglants « S'attacher à cet or, et menacer la vie M De ses ravisseurs insolents.
« Oh ! que , mêlant vos pleurs à ces trésors funestes , « Vous expierez un jour vos coupables larcins ! « Jamais le feu ravi dans les foyers célestes < Ne fut si fatal aux humains.
« Recevez dans cet or les dons de ma vengeance, « Vous, riches des forfaits qu'enfantent les trésors ! « Indigents de vertus , de mœurs et d'innocence , « Chaînés de faste et de remords !
« Vous qui dérobez 1 or, que For soit votre chaîne ! « Qu'il soit la coupe affreuse où vous boirez les pleurs ! « Tison de la discorde , et flambeau de la haine, « Qu'il dévore ses ravisseurs !