SUR LE PRINTEMPS
L^afiBreux hiver expire, et Faimable printemps,
Vainqueur des aquilons, renaît sur nos rivages.
Il nous ramène encor les beaux jours, les ombrages.
Et ces jeunes gazons si connus des amants.
Sur nos champs refleuris il étend ses conquêtes,
U caresse les airs , il endort les tempêtes.
Il éveille FAurore, il épure les cieux.
Et prête au dieu du jour un char plus radieux.
Il rend aux Naïades tremblantes
Le folâtre ai^nt des ruisseaux.
Leur tendre ramage aux oiseaux,
A Zéphyr ses ailes briUantes , A Flore ses coideurs , aux Amours leurs flambeaux , Et Talcyon paisible à Tempire des eaux;
Mais , hélas ! sa douce présence Rendra-t-elle jamais, à mon coeur désolé.
Ce repos, cette indi£Férence
Que mon amoureuse imprudence
Égara dans les yeux d'Églé ?
A M. DE BDFFON,
Qui avoit pleuré à la lecture dune ode de t auteur.
Quand de ta jeune épouse, errant dans TÉlysée^ . Je chantois iombre en pleurs et d'amour embrasée , De rhorrible Atropos embrassant les genoux.
Et ses pleurs conjurant les aimes Qui déjà menaçoient les jours de son époux, A ces cris si touchants pleins d*amour et de charmes,
Buffon, j ai vu couler tes larmes ; Le génie a pleuré : quel suffrage plus doux I Muse I qui dois ta gloire à ces douces alarmes , Étale bien ces pleurs à mes rivaux jaloux.