‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 166 sur 177 · A MADAME DE SÉNAC · texte numérisé non relu

A MADAME DE SÉNAC

Qui m avoit promis un baiser pour chaque injure que je lui dirois en vers.

Une belle a promis de payer elle-même, Pour chaque injure, un doux baiser, Sans retenue et sans dixième.

Sur la foi de Sénac je dois me reposer ;

En si douce monnoie on ne peut Tépuiser; Et le trésor du rai très du^tien» très fidèle

(Dût Neckre l'économiser ),

A des fonds moins sûrs quWe belle.

Petits vers louangeurs, étemels madrigaux ,

Style amoureux, style des sots,

Oh 1 pour le coup je vous abjure !

Dieu de la raillerie, aiguise tes bons mots : Faisons à Tamour-propre une vive blessure; Piquons, égratignons; la récompense est sûre.

Ses rivales Tout dit: Sénac a cent défauts;

Elle a même les yeux trop beaux.

On n'a point ces yeùx-là sans être trè^ friponne , Sans faire des heureux. . . des malheureux. . . « Tant mieux ^ « Dit Fenfant de Paphos; quitter des ennuyeux

« Est un péché que je pardonne^

« Et, pour dire plus, que j'ordonne. « Tourne ailleurs du bon mot le trait maUcieux. »

Ah ! puisque TAmour en murmure , Taisons-nous; c'est le tour le plus injurieux. Malgré le doux baiser promis par de beaux yeux, Us n'étrenneront pas seulement d'une injure.

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