A MADAME DE SÉNAC
Qui m avoit promis un baiser pour chaque injure que je lui dirois en vers.
Une belle a promis de payer elle-même, Pour chaque injure, un doux baiser, Sans retenue et sans dixième.
Sur la foi de Sénac je dois me reposer ;
En si douce monnoie on ne peut Tépuiser; Et le trésor du rai très du^tien» très fidèle
(Dût Neckre l'économiser ),
A des fonds moins sûrs quWe belle.
Petits vers louangeurs, étemels madrigaux ,
Style amoureux, style des sots,
Oh 1 pour le coup je vous abjure !
Dieu de la raillerie, aiguise tes bons mots : Faisons à Tamour-propre une vive blessure; Piquons, égratignons; la récompense est sûre.
Ses rivales Tout dit: Sénac a cent défauts;
Elle a même les yeux trop beaux.
On n'a point ces yeùx-là sans être trè^ friponne , Sans faire des heureux. . . des malheureux. . . « Tant mieux ^ « Dit Fenfant de Paphos; quitter des ennuyeux
« Est un péché que je pardonne^
« Et, pour dire plus, que j'ordonne. « Tourne ailleurs du bon mot le trait maUcieux. »
Ah ! puisque TAmour en murmure , Taisons-nous; c'est le tour le plus injurieux. Malgré le doux baiser promis par de beaux yeux, Us n'étrenneront pas seulement d'une injure.