LIVRE PREMIER. 3i
Phidias ! ton ciseau sublime A d^omère emprunté sans crime Les traits du monarque des dieux !
Jupiter est inaccessible ; Et l'esprit seul nous rend visible Ce que jamais n^ont vu les yeux.
Mais pour cette foule d mages , Dans tous les lieux , dans tous les âges. Toujours offerte à nos crayons , Puisons-les dans leur source pure; Osons les voir dans la nature, Et peindre ce que nous voyons.
Loin des mers un crayon stérile Traduit Forage dont Virgile Sut nous £Edre un brûlant tableau.
Quand Vemet peignit la tempête, Neptune , écumant sur sa tète , Admira les traits du pinceau.
0 nature ! celui qu'embrase Ta sublime et rapide extase N'entend plus les cris de ScyUa , Ni des mers la rive ébranlée , Ni les flots hurlants de Malée , Ni les feux tonnants de l'Etna.
O nature ! ouvre-moi ce temple Où IWthousiasme contemple Tes inaltérables beautés i Là, Pindare, ton interprète, Sur sa lyre d*or me répète Ces vers que toi seule aa dictés.
« Viens, me dit41, cœur magnanime I
« Vois la nature qui t'anime
« A tenter un noble hasard :
« Loin d'ici le mortel profane
« Que son timide instinct condanme
« Et plie aux entraves de Fart.
« La nature &it les Homères ; « L'art fiedt les poètes vulgaires ; « Et ses élèves impuissants , « Vils corbeaux , déclarent la guerre « Au ministre ailé du tonnerre, « Par leurs murmures croassants.
« Brave les serpents de TEnvie ; « C'est par eux que fut poursuivie « La mère du dieu de Claros :
« Suis-la dans son Ile flottante; « Et des dieux la feveur constante « Sous tes pas fixera Délos.