LIVRE PREMIER
Dieux 1 tânoins de Toutrage, S*est-ce pas une erreur de vous croire immortels ?
Que vois-je?... ah I œtte main si rapide et si sûre. Qui d'un trait enflammé sut peindre la nature , Se glace , et sent tomber son immortel pinceau ! Et déjà 9 sur ces yeux qu'allumoit le gâiie ,
La fièvre et l'insomnie Ont des pâles douleurs étendu le bandeau.
La nature en gémit : sa voix , sa voix puissante y Dans les airs jette un cri d'amour et d épouvante ; Ce cri vole au Gocyte et fait frémir ses eaux ; Lachésis s*en émeut ; Glotho devient sensible ;
Mais sa sœur inflexible Déjà presse le fil entre ses noirs ciseaux.
C'en étoit fait 1 Soudain par TAmour embrasée , Une ombre , tout en {rfeurs , du fond de TÉly sée S'élance 9 et d'Atropos embrasse les genoux. « Oui, tu vois son épouse, 6 fatale déesse !
« Pardonne à ma tendresse , « Pardonne à ma douleur de suspendre tes coups.
« Ah ! garde-toi de rompre une trame si belle ; « Par le nom d'un époux ma gloire est inunortelle : « Je lui dois mon bonheiu* ; qu'il me doive le jour. « Orphée , en t'implorant , obtint son Eurydice ;
5o ODES.
«I Que ma voix t'attendrisse !
« Sois sensible deux fois aux larmes de l'amour !
a Dès mon aurore , hélas ! plongée aux sombres rives , « Je ne regrette point œs roses fugitives « Dont r Amour couronna mes firagiles attraits ; a O mort 1 combien pour moi ta coupe fut amère !
« J etois épouse et mère ; « Un fils et mon époux font seuls tous mes regrets.
« Ah ! prends pitié d'un cœur qui s'immole soi-même ! ft Qui, par excès d'amour, craint de voir ce qu il aime : « Qu'il vive pour mon fils , c'est vivre encor pour moi ! a O Parque ! ma douleur te demande une vie
« Déjà presque ravie :
« La moitié de lui-même est déjà sous ta loi. »
A peine elle achevoit ; le demi-dieu respire ; La Parque, en frémissant, la regarde et soupire. Tes pleurs, nouvelle Alceste , ont sauvé ton époux ! Tu vois le noir ciseau pardonner à sa proie ;
Un cri marque ta joie; Et du triste Léthé les bords te sont plus doux.
Fuis, noir essaim des maux que déchaîna Pandore;
Olympe , fiiis briUer ta plus riante aurore;
O nature ! le ciel t'a rendu ton amant.
Et toi, dont Tamitié souvent daigna sourire