‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 48 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

« De la crédule Europe ont trop séduit les yeux.

« Mer terrible 1 ah ! qu'au moins ton utile fîirie « S je n ai pu, vivante, aborder ma patrie, « fify rende pour jamais par im naufrage heureux : c Jette Europe mourante au bord qui la vit naître ;

« Prompte à m'y reconnoître , « Ma mère attend de toi ce présent douloureux.

« Mais quelle lie soudaine ofire au loin ses rivages ? « Ah ! s'il est sur ces bords quelques monstres sauvages , « Qu'ils viennent de mes jours terminer les horreurs ; « Avant qaun noir chagrin me sèche et me dévore,

« Puissè-je, belle encore, c Des tigres afiamés repaitre les fru^urs ! »

Telle Europe fendoit le sein des mers profondes ; Tels ses cris égarés finappoient les vastes ondes ; Ses blonds cheveux épars flottoient au gré des airs ; Et les fleurs qu^en son voile elle avoit amassées ,

Sur les flots dispersées , Vont servir de guirlande aux déesses des mers.

Un nuage de pleurs cache à ses yeux timides Ces Tritons, accourus de leurs grottes humides. Qui tous la contemploient d'un œil respectueux ; Tandis qu'un dieu vainqueur, plein d'amour et de joie. Bondissant sous sa proie.

Vers la Crète s*âaiioe à pas impétueux.

A peine il y touchoit ; 6 flierveille suprême!

Ce taureau quin eat plus, c^est Jupiter lui-même !

G est le dieu qui préside aux lambris étoiles ;

Qui y des sommets d'Olympe au centre de la terre.

Fait rouler son tonnerre, Ou calme d'un regard tous lés cieux étxranlés.

Mais toujours la grandeur eut des soins trop austères ; Toujours la majesté nuit aux tendres mystèves ! Jupiter aime : il veut ne paroitre qu'amant; Sa foudre, ses édairs, cette pompe terrible

Fuit de son front paisible , Et n'y laisse briller qu'un feu doux et charmant.

« Belle Europe , dit-il, pourquoi gémir encore? « Contemple à tes genoux Jupiter qui t'adore, tt Heureux d'être immortel pour t'adorer toujours! a Je n ai point fui l'Olympe : il n est qu'où tu respires ;

a Même quand tu soupires , <c Je sens que ta douleur embellit les amours.

tt Conçois un noble orgueil , mortelle fortunée! « Cède au maître des dieux; cède à la destinée tt Qui réserve à ta race un immortel honneur : ff Je veux de nos soupirs consacrer la mémoire ; « Que l'excès de ta gloire

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