LIVRE SECOND
Ainsi la nymphe tFansfbrmëe En chrysalide inanimée ^ Que voilent de sombres couleors , Prépare ces brillantes ailes Et ce front paré d'étincelles, Qu adore la reine des fleurs.
Ce vieillard qui charmoit la Grèce , Cet Anacréon si vahté , Dans la coupe de Talégresse Sut boire Timmortalité.
Jeune de verve et de pensée , Sa vieillesse fiit caressée Par les muses et les Amours; Son hiver eut des fleurs écloses ; Son front se couronna de roses ^ Et ces roses vivent toujours.
Mais du chanttv heureux de Bathylle
La verte et brillante saison
Ne fut qu'une suite stérile
De printemps obscurs et sans nom.
Lui-même voila son jeune âge.
Sur de Fimmortel badinage
Dont il ménageoit le flambeau ;
Il sut reculer sa mémoire ,
Et sembla naître pour la gloire
Aux portes même du tombeau.
Ainsi y quand la prodigue Flore A vu flétrir ses doux présents y Dons fragiles qu'en vain TAurore Humectoit de pleurs bienfeisants, La sage et tardive Pomone Ose confier à lautomne.
Voisin des farouches hivers , Ces fruits dont la riche corbeille Brave les larcins de l'abeille Et le soufiQe glacé des airs;
Ou tel des grappes colorées Le feu Uquide et pétillant Vieillit , loin des coupes dorées , Au sein pur d'un cristal brillant.
Loin que son âge le consume, Riche du temps qui le parfume , Il devient ce jus précieux > Cette hqueur à qui tout cède , Même celle dont Ganyméde Gouronnoit la coupe des dieux.