‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 108 sur 145 · LES PRISONS ET LES PRIERES · texte numérisé non relu

LES PRISONS ET LES PRIERES

Pleurez! comptez les noms des bannis de la France; L'air manque à ces grands cœurs où brûle tant d'espoir; Jetez la palme en deuil au pied de leur souffrance, Et passons : les geôliers seuls ont droit de les voir! Passons : nos bras pieux sont sans force et sans armes; Nous n'allons point traînant de fratricides vœux; Mais, femmes, nous portons la prière et les larmes, Et Dieu, le Dieu du peuple, en demande pour eux. Voyez vers la prison glisser de saintes âmes. Salut! vous qui cachez vos ailes ici-bas! Sous vos manteaux mouillés et vos pâleurs de femmes Que de cendre et de boue ont entravé vos pas! Salut! vos yeux divins rougis de larmes vives Reviennent se noyer dans ce monde étouffant. Vous errez, comme alors, au Jardin des Olives; Car le Christ est en peine, et Judas triomphant. Oui, le Christ est en peine, il prévoit tant de crimes! Lui dont les bras cloués ont brisé tant de fers, Il revoit dans son sang nager tant de victimes, Qu'il veut mourir encor pour fermer les enfers! Courez, doux orphelins, montez dans la balance, Priez pour les méchants qui vivent sans remords, Rachetez les forfaits des pleurs de l'innocence, Et dans un flot amer lavez nos pauvres morts! Et nous, n'envoyons plus à des guerres impies

Nos fils adolescents et nos drapeaux vainqueurs. Avons-nous amassé nos pieuses charpies Pour les baigner du sang le plus pur de nos cœurs! Pitié! nous n'avons plus le temps des longues haines : La haine est basse et sombre; il fait jour! il fait jour! O France! il faut aimer, il faut rompre les chaînes, Ton Dieu, le Dieu du peuple, a tant besoin d'amour!

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